jeudi 24 mars 2016

La démocratie face au néo-terrorisme




Les terroristes – pseudo djihadistes - ont horreur de la démocratie, ils sont sanguinaires, barbares, sans foi ni loi. Ils jouissent du mal qu'ils font aux autres et plus on parle d'eux plus leurs commanditaires jubilent...
Notre néo-démocratie n'a toujours pas trouvé ni la méthode ni les moyens pour les neutraliser, les punir, les éradiquer. Elle est encore trop timorée.
Le néo-terroriste, jeune de moins de trente ans, ne réfléchit pas. Il est aveuglé par la haine, avec un visage blafard et une volonté bestiale. Il ne veut plus vivre avec nous, parmi nous, il veut nous détruire tout simplement.
Et nous, comment réagit-on ? Nous, l’Autorité – personnifiée par ses élus, son gouvernement, sa justice, sa police, son armée, etc. -  passe son temps à réfléchir. Elle prend des gants et applique le droit démocratique... Nous, les victimes, on se lamente, puis on passe à autre chose...
La méthode pour extirper le mal est pourtant simple : dès que la Police ou l’Armée identifie ou attrape  un terroriste, pris les armes de la terreur à la main, on doit pouvoir le juger, selon la procédure des flagrants délits, sans trop attendre. Les terroristes identifiés doivent être jugés immédiatement par contumace et, s’ils sont reconnus coupables, doivent être condamnés, eux et leurs complices avérés, à une peine unique et irréductible : la perpétuité.
Face à une situation exceptionnelle,  l’Autorité décide de l’Etat d’urgence, de la contre-lutte armée… Mais nos lois restent celles des situations « ordinaires ». Face au néo-terrorisme, il faut, en plus, changer les lois car les victimes ne peuvent attendre des années avant de voir juger les terroristes.
La nouvelle loi devrait permettre de les passer en jugement sans attendre ceci ou cela, surtout sans leur permettre de louvoyer avec la loi, de la manipuler avec l’aide de leurs avocats... S'est-on jamais inquiété de savoir qui paie et comment les avocats du terroriste ?
Donc, je veux dire que notre Etat se doit d’adapter l'arsenal juridique, dans le respect d'une démocratie bien comprise (après tout, c'est elle qui est visée à travers ce néo-terrorisme). Les terroristes et les apprentis complices doivent, en effet, savoir qu'ils risquent de passer le restant de leur vie en prison.
Notre jeune démocratie doit, en effet, dissuader les jeunes qui souhaitent rejoindre le camp terroriste et leurs complices, de passer à l’action : la sanction sera implacable et immédiate. Depuis deux ou trois, des centaines de terroristes ont été arrêtés. A ma connaissance, aucun d'entre eux n'a encore été jugé ! De quoi alimenter des doutes sur la capacité et le sérieux de notre Etat, de nos procureurs, de notre justice. Tant d’efforts, tant de souffrances de la part de ceux qui les ont arrêtés ne méritent pas cette triste fin.
Bien sûr qu’il y aura des gens, des élus et des droits-de-l’hommistes naifs ou malintentionnés, pour croire que le terroriste a ses droits, celui d’être jugé comme les autres. Mais le terroriste est-il un homme ou une femme comme les autres ? Non. Devrons-nous laisser notre jeune démocratie se noyer dans les procédures judiciaires ? Je vous laisse répondre.
Face à une situation nouvelle et exceptionnelle, il faut une législation anti-terroriste tout aussi exceptionnelle.

lundi 14 mars 2016

La Tunisie marche sur la tête 4



Je poursuis ma série d'articles. A l'occasion du soixantième anniversaire de l'indépendance, le 20 mars 2016, je vais reprendre certains de mes articles écrits et publiés sur le thème du "bilan" et je conclurais, j'espère, avec les chiffres "1956-2016" (bilan des 60 ans). En attendant cette série, je vous livre la suite de mon analyse de la situation actuelle : la Tunisie marche sur la tête...

Après avoir longtemps effectué sa "marche" dans le bon sens, celui du progrès et du développement, la Tunisie, ses dirigeants, son administration, ses syndicats et sa classe politique ont entamé, paradoxalement, une marche en sens inverse, vers un déclin qui semble inexorable. Si personne ne se ravise à temps pour ré-inverser le sens de l'histoire et remettre les pendules à l'heure et les Tunisiens au travail, le déclin se poursuivra fatalement. A moins que...

Contre toute attente, la "Révolution" (fin 2010-début 2011) a aggravé tous les travers de la Tunisie de Ben Ali : corruption, clanisme, inégalités... On a gagné un semblant, je dis bien, un semblant de liberté d'expression et de manifestation, on vit dans un simulacre de démocratie, et c'est tout. La plupart des décisions sont "manipulées" par ceux qui tirent les ficelles, chacun dans un sens : les "islamistes" (qui n'ont rien d'islamiste, parce qu'ils ont prouvé qu'ils n'ont même pas cette morale religieuse qui interdit la tricherie, le mensonge, la spéculation et le gain facile au détriment d'autrui), les "populistes" de gauche ou de droite (qui n'ont de cesse que de prendre ou reprendre le pouvoir pour le garder coûte que coûte), les "élus du peuple" (qui se croient au-dessus des lois, qui échappent à tout contrôle et qui passent leur temps à discutailler sur le sexe des anges au lieu d'accélérer le pas pour sortir le pays de l'ornière : ils palabrent des centaines d'heures sur des textes de loi essentiels pour les libertés, les investissements, les réformes...).

Aujourd'hui, en matière d'autorité, de bonne gouvernance, de transparence, de justice, de sécurité, de productivité, le pays est en net recul par rapport aux années 2000-2010. Face à une nouvelle classe politique, assoiffée de pouvoir et avide d'argent, les Tunisiens se sont abandonnés au laisser-faire, certains en profitent beaucoup, d'autres moins ou pas du tout. J'entends cet islamiste, militant d'Ennadha, me dire d'un air désolé : "Chacun ici fait ce qu'il veut, quand il veut et comme il veut; il roule comme il veut, il construit comme il veut où il veut même sur le trottoir...".


La part de l'économie "parallèle" (clandestine ou informelle) dépasse celle de l'économie officielle... Les hommes d'affaires sont plus riches, et ne s'en cachent plus. On ne peut plus investir en Tunisie, prétendent-ils à cause de l'insécurité et des grèves à répétition. Alors, ils investissent à l'étranger et achètent des biens immobiliers en Europe... En toute impunité, en toute liberté. Comment peut-on s'étonner, dans de telles circonstances, que le chômage augmente (à plus de 15%, et plus de 30% pour les jeunes et les "diplômés"), que les inégalités s'aggravent et que les divers mécontentements populaires mènent les plus fragiles ou les plus ignorants au terrorisme (on prend les armes contre les symboles de l'Etat et les Tunisiens anonymes) ?


La situation de 2016 me rappelle des évènements similaires de l'histoire contemporaine de la Tunisie : la crise "youssefiste" (salafiste, celle de l'arabité contre modernité, des conservateurs contre l'Occident) de 1954-1957. Salah Ben Youssef, son instigateur, voulait bloquer la marche par étapes vers l'indépendance prônée et imposée par Habib Bourguiba (autonomie interne en 1954). Cette crise, avec usage des armes, a heureusement était rapidement neutralisée grâce au soutien de la majorité des Tunisiens (et l'aide de la France). Mais les Youssefistes n'ont pas abandonné leur lutte archaïque pour autant (ils sont revenus en force en 2011).


De cette première crise systémique, la Tunisie moderne est sortie victorieuse avec la proclamation de l'indépendance en 1956, l'adoption la même année de mesures rapides et courageuses (abolition des écoles coraniques et des institutions qui géraient les legs religieux "Habous", adoption d'un code de statut personnel et familial moderne, avec notamment l'interdiction de la polygamie). Et ce avant même la promulgation d'une nouvelle constitution républicaine en 1957 (abolition de la monarchie).


Ces trois années 1954-1957 changèrent la Tunisie, mieux elles la révolutionnèrent au sens vrai du terme, conduisant à des politiques d'intérêt général : éducation gratuite pour tous et partout dans le pays, santé pour tous (dispensaires fixes ou centres de soins mobiles dans les villages les plus reculés, campagnes de vaccination), lancement des premiers plans de développement économique et social (à partir de 1962)... J'ai eu des entretiens avec des responsables qui avaient travaillé à cette époque dans l'administration économique : ils étaient d'une modestie et d'un dévouement extraordinaires. Seul l'intérêt général de la Tunisie primait à leurs yeux. Ils ne comptaient pas le nombre d'heures de travail, ils ne cherchaient pas à s'enrichir.

Dès janvier 1957, on créa la première banque commerciale nationale, la Société tunisienne de banque (STB), suivie rapidement de la création en 1958 de la Banque centrale de Tunisie (BCT, qui deviendra sous la direction de Hédi Nouira un des piliers de la Tunisie moderne, une institution indépendante et respectée). On abandonna le franc français et on le remplaça aussitôt par le dinar tunisien (1 DT = 1 000 FF). En trois ans, de 1956 à 1958, les progrès réalisés par les "hommes et les femmes" de Bourguiba étaient phénoménaux. Les bases d'une nouvelles étaient en place. Il n'y avait en ces temps ni informatique ni internet, tous ces progrès technologiques qui aujourd'hui auraient dû permettre de gagner du temps dans la mise en place des nouvelles lois et institutions en 2011-2012...


En cinq ans de révolution (2011-2016), les reculades sont aussi phénoménales en matière de progrès, de patriotisme, de laïcité et d'intégrité. Les intérêts particuliers et partisans ont pris le dessus sur l'intérêt général. Ce qui a progressé le plus, c'est la corruption, l'irruption de la religion sur la scène sociale et politique, l'incompétence et le nombre de chapelles politiques : en 1956, la Tunisie comptait deux partis (le Néo-destour et le Parti communiste); en 2016, la Tunisie en compte plus d'une centaine !


La deuxième crise systémique connue par le Tunisie est celle de 1984-1987 : elle est l'aboutissement d'une mauvaise gouvernance, celle du Premier ministre Mohamed Mzali, avec son arabisation et sa politique démagogiques. Il voulait succéder à un Bourguiba, très vieillissant et très mal entouré. Mal lui en a pris : pour éviter le gaspillage du pain (largement subventionné par l'Etat), il était parvenu à convaincre Bourguiba de la nécessité d'en doubler le prix d'un seul coup ! Catastrophe, cette mesure brutale provoqua des émeutes du sud au nord du pays (décembre 1983-janvier 1984). Ces "émeutes dites du pain" sont réprimées dans le sang. Pas aveugle, pas sourd, Bourguiba annula le doublement du prix et avoua avoir été mal conseillé. Le peuple applaudît.


Mais cela n'a pas résolu le problème du déficit budgétaire. Mzali se dépatouilla encore plus mal. Les arabisants et les islamistes qu'il courtisait ne l'aidèrent pas, au contraire : né dans la clandestinité en 1981, le Mouvement islamiste tunisien (MTI), actuellement Ennahdha et dirigé par le même Rached Ghannouchi, décida de multiplier les actes de violence et les attentats contre le parti au pouvoir mais aussi contre les Tunisiennes modernes (ses milices s'attaquèrent en particulier aux jeune filles maquillées et portant une mini-jupe avec des jets d'acide sur le visage ou sur les cuisses)...


Cette crise atteint son apogée en 1986 avec le limogeage de Mzali et la nomination d'un technocrate, Rachid Sfar, qui parvient à sortir le pays de la crise financière (avec l'aide du Fonds monétaire international, l'Etat adopte un plan d'ajustement structurel et décide une dévaluation du Dinar). L'économie commence à respirer, mais le MTI ne lâche pas prise en multipliant les agressions physiques et en commettant les premiers attentats contre le tourisme en août 1987 (ceux qui ont dirigé ou orchestré ces attentats font toujours de la direction d'Ennahdha).


Cette montée de l'insécurité contraint Bourguiba, très affaibli et aveuglé par sa haine viscérale des islamistes, plutôt sa révulsion de voir la religion exploitée à des fins politiques, à nommer un "général" à la tête du gouvernement (2 octobre 1987). Ledit général mettra seulement un mois et cinq jours pour trahir et renverser sans coup férir Bourguiba (7 novembre 1987). Ben Ali est naturellement applaudi, voire acclamé par un peuple ayant beaucoup trop souffert d'une "fin de règne" qui semblait interminable : répression politique, absence de libertés, absence de débouchés pour les jeunes, islamisme rampant encouragé par l'introduction, par Mzali, du "mal" wahabite (saoudien) sous couvert d'investissements importants. Le groupe Al-Baraka, qui appartient au milliardaire saoudien Cheikh Salah Kamel, a notamment financé le projet d'assainissement et d'urbanisation du lac de Tunis et en a profité pour imposer la création d'une banque islamique en 1983 (la BEST) et, entre autres, la première interdiction de la vente d'alcool sur l'immense périmètre immobilier du lac de Tunis qui est passé sous son contrôle.


Ben Ali, dans sa période positive (1987-1993), a repris la politique de Habib Bourguiba : le développement dans la modernité. Il se retourna contre les Islamistes, qu'il avait pourtant sortis de la prison (condamnés pour des actes terroristes)... Ces mêmes islamistes, une fois libérés, ont pu manifester et reprendre du poil de la bête. Ils escomptaient un ras de marée électoral en 1989, mais Ben Ali eut peur et se ravisa : il trafiqua les résultats du vote en faveur de son propre parti (le RCD, Rassemblement constitutionnel démocratique, qui remplaça en 1988 le Parti socialiste destourien, le PSD, lequel remplaça en 1964 le Néo Destour fondé par Bourguiba en 1934). Ben Ali pourchassa les Islamistes, lesquels replongèrent dans la clandestinité ou partirent en exil les uns à Paris et les autres à Londres. Ils mèneront contre Ben Ali une politique toujours marquée par la violente (attentat contre la synagogue de Djerba, la Ghriba, en 2002; création d'un groupe armé salafiste en 2006-2007, neutralisé lors de la bataille de Soliman, en janvier 2007)...


Sévèrement réprimés et emprisonnés en masse, les islamistes ne relevèrent la tête qu'à la faveur de la révolution populaire de 2010-2011, à laquelle, faut-il le préciser, aucun parti n'avait pris part. Mais tous en profitèrent allègrement après coup : en premier lieu, Rached Ghannouchi et ses quadras du MTI (devenu Ennahdha en 1989), suivi par son futur ex-ennemi et allié, Moncef Marzouki, qui est élu député en octobre 2011 (dans une circonscription dont il n'est même pas originaire, Nabeul, avec seulement 17 825 voix, soit 14,2 % des votes locaux), et qui est propulsé par Ennahdha à la présidence de la République en novembre 2011, comble de l'ironie démocratique ! Le même Marzouki lance, après avoir perdu le pouvoir en 2014, un nouveau parti : le Mouvement Tunisie Volonté (sic). L'argent, il en a beaucoup puisqu'il profite toujours des larges émoluments que Ben Ali avaient fixés pour lui-même. Ses successeurs n'ont pas eu la noblesse d'y renoncer... On dénonce bien le dictateur, mais on profite de ses bienfaits !


Ils sont très nombreux encore ceux et celles qui, opposants hier, sont devenus après et grâce à la révolution, des "personnalités" au pouvoir, qui roulent en voiture blindée mais qui ont montré toute leur incompétence et leur cupidité à des postes qu'ils occupent encore jusqu'à aujourd'hui.


J'en viens ainsi à la troisième crise, celle de 2014-2017. Le "peuple" (en vrai la moitié des électeurs potentiels) a élu en 2014 une assemblée dénommée "Assemblée des représentants du peuple" (ARP) pour cinq ans et un président de la République également pour cinq ans. Le régime est parlementaire, c'est-à-dire que les pouvoirs du président de la République sont très limités. On voulait éviter de retomber dans les travers du régime présidentiel, mais on est tombé dans ceux du régime parlementaire (genre IVe République en France). En fait, les partis politiques ont faussé le jeu démocratique : les deux partis arrivés en tête des suffrages ont choisi de faire alliance, contrairement à tout ce qui a été dit et promis par leurs dirigeants respectifs pendant la campagne électorale. Une alliance entre le parti supposé être laïc et moderne, Nida Tounes, et le parti, qui venait d'échouer dans sa gestion de l'Etat depuis octobre 2011, le parti islamiste Ennahdha. Floué, le peuple ne s'en est pas remis : comment croire désormais les partis politiques ?


Les Tunisiens ont subi malgré eux la sinistre "Troïka" imposée par Ennahdha, désignée pour gouverner pendant une durée très provisoire, mais le provisoire a duré trois ans, au lieu d'un an. La Troïka, c'était le contrôle des trois institutions principales de l'Etat : assemblée constituante, gouvernement et présidence de la République. Son parrain était Rached Ghannouchi en personne, devenu par miracle l'homme clé de la Tunisie. Sous la Troïka, on a libéré les terroristes et autres malfaiteurs dangereux de prison; on a toléré que le drapeau noir des salafistes flotte sur le toit d'une université en lieu et place du drapeau rouge officiel; on a accepté que ce drapeau noir soit brandi lors des manifestations et devant les mosquées, on a accepté que des dirigeants d'Ennahdha minimisent le fait "intégriste-jihadiste" (dont les adeptes "faisaient", disaient-ils, du sport dans les montagnes alors qu'ils s'entrainaient militairement); on a bouché les oreilles lorsque tel dirigeant nahdhaoui notoire prônait l'avènement du "califat" et que tel autre Imam appelle à la violence du haut d'un minaret; on a toléré que les salafistes et autres illuminés sèment la zizanie entre les Tunisiens en qualifiant les uns de "bons musulmans" et les autres de "mauvais", simplement parce que les seconds ne pratiquent pas le rite "wahhabite" et ne portent pas le kamis et la barbe ; on a laissé des prédicateurs du Golfe venir en Tunisie pour diffuser leurs "paroles divines" contre les femmes libérées, contre les mécréants, certains allant même jusqu'à vouloir "ré-islamiser" la Tunisie...


La fin de la Troïka en 2014 n'a pas pour autant mis un terme complet à ces pratiques douteuses (des mosquées échappent encore au contrôle de l'Etat; des écoles et des maternelles éduquent des enfants selon des règles islamiques inspirées du wahhabisme). En fait, le "parrain" de cette guerre sainte en Tunisie, même s'il proclame le contraire et qu'il se dit respectueux de la démocratie et bla-bla-bla, officie toujours au grand jour : il a refait alliance en 2015 avec le président de la République dont il était l'ennemi juré en 2014. Rached Ghannouchi est un homme politique avisé. Il sait "plier" comme un roseau pour laisser passer l'orage, mais il voit à long terme, très long terme : tant que lui ou ses successeurs demeurent au pouvoir, ils ne font que se préparer à la prise de contrôle total de l'Etat et à l'avènement dans cinq, dix ou vingt ans (peu importe), d'une "République islamique tunisienne". Cette alliance sert donc à la fois ses intérêts immédiats et stratégiques. Elle a déjà permis une chose très lourde de conséquence : la gestion de la Troïka, en particulier le dossier des "dédommagements" des militants d'Ennahdha et celui des salafistes-terroristes (qui avaient notamment attaqué l'ambassade américaine à Tunis en septembre 2012), sont passés à la trappe. Ennahdha n'aura pas de comptes à rendre sur sa gestion directe entre 2011 et 2014. L'Histoire jugera demain ou dans cinquante ans. Mais elle jugera.


Cela ne veut pas dire que la Tunisie sort indemne de cette période de sinistre mémoire. La preuve : les attentats terroristes de Bardo (mars 2015), de Sousse (juin 2015) et de Ben Guerdane (mars 2016), pour ne citer que les plus importants, mettent le pays dans une spirale d'insécurité telle qu'elle bloque tout processus de développement économique et social normal. Face à la lutte contre le terrorisme, les autres problèmes endémiques doivent attendre, alors qu'ils ne le peuvent pas : le fléau de la corruption, le commerce clandestin de toutes sortes de marchandises et de services (y compris l'essence et le pari sportif), la montée du chômage, les grèves et les revendications incessantes et tous azimuts, le délabrement dans lequel se trouvent les villes et les villages de l'intérieur qui manquent de services vitaux (routes, santé, éducation, eau)...


Le gouvernement actuel "fait de son mieux", comme dit le Premier ministre. Il fait de son mieux, peut-être, mais il ne fait pas assez pour obliger ou faire prendre conscience aux "élus du peuple" qu'il faut en finir avec le blocage, sous couvert de débats démocratiques marathoniens, des projets de loi cruciaux pour l'économie nationale (comme le code des investissements, la mise à jour du statut de la Banque centrale...); il ne fait pas assez face au blocage de la justice, sous couvert d'indépendance et de respect droits de l'homme, pour accélérer le jugement des milliers de terroristes arrêtés depuis deux ou trois ans ; il ne donne pas assez de ressources et de moyens pour que le "pôle terroriste" puisse accomplir ses tâches dans des délais rapides; enfin, il ne fait pas assez face aux riches hommes d'affaires (et chefs d'entreprise) pour qu'ils investissent chez eux et donnent l'exemple aux investisseurs étrangers, au lieu d'aller investir au Maroc ou au Brésil.


Le seul espoir réside dans la force, une particularité de la Tunisie, de sa société civile. Issue de la modernité et pétrie de la rationalité, héritée de Bourguiba (dont le leitmotiv était que chacun fasse "travailler sa matière grise", c'est-à-dire son cerveau), elle s'est mobilisée lors du vote de la Constitution en 2014 (pour la débarrasser des scories islamistes), elle travaille d'arrache-pied dans de nombreux secteurs proches de la population des villes et des campagnes, elle milite pour l'ancrage de la bonne gouvernance et la transparence, pour la sauvegarde du patrimoine culturel et artistique; mais elle gagne à être mieux connue et mieux organisée solidairement (un site fédérateur du réseau associatif et non lucratif serait le bienvenu avec une rencontre régulière pour informer et échanger les expériences). Elle est capable de "pousser" le gouvernement actuel à prendre les "bonnes mesures" énergiques qui s'imposent à tous les niveaux après l'attaque sanglante de la ville de Ben Guerdane par des terroristes tunisiens. Si elle y parvient, on pourra dire alors que l'année 2017 sera, comme en 1957 et comme en 1987, une année décisive, c'est-à-dire, une année de rupture. Pour le bien, pas pour le pire.








vendredi 26 février 2016

La Tunisie marche sur la tête 3


Etre ou ne pas être Tunisien
Le ministre tunisien de l’Éducation, Néji Jalloul, a du pain sur la planche. Outre la réforme des cursus scolaires, du primaire jusqu’au bac, il se bat aussi contre la prolifération des écoles « parallèles » fondées par les islamistes de tout genre, alors que les écoles coraniques ont été abolies par Habib Bourguiba dès 1956. Néji Jalloul (natif de 1957) est le « produit » du système éducatif laïque et républicain instauré sous le règne de Bourguiba (1986-1987). Historien-archéologue de formation, notamment à Paris, il milite à contre le courant islamiste Ennahdha auquel son propre parti, Nidaa Tounes, a choisi de s’allier pour gouverner le pays depuis janvier 2015.
Il sait pointer du doigt – et pas du bout des lèvres – les maux dont souffre la Tunisie. Il profite de telle ou telle occasion pour sortir « une idée » qui malheureusement, passe à la trappe une fois prononcée (les relais médiatiques fonctionnent au jour le jour, sans recherche en profondeur, sans analyse, sans suite dans les idées). Même le site du ministère de l’Education demeure d’une monotonie affligeante pour ne pas dire plus.
Notre ministre a ainsi profité d’une « journée d’animation » dans une école préparatoire dans la région de Ben Arous, au sud de Tunis, pour évoquer, le 21 février 2016, "la nécessité d’une meilleure coordination de l’action gouvernementale afin de développer l’activité culturelle, notamment entre son ministère et deux autres en charge de la Culture et de la Jeunesse. « Nous avons les ressources humaines", a-t-il dit. Mais, a-t-il la volonté politique et les moyens financiers pour affronter les « lobbies » de l’Islam rétrograde ? Je ne le crois pas. La question qui se posent aux Tunisiens qui veulent revenir à un Etat moderne, ouvert sur le monde, libre et indépendant se résume dans les propos de Hamlet « Etre ou ne pas être »… Tunisien.
La situation éducative est tragique. Le ministre, qui a certainement pesé ses mots avant de parler à la radio (Shems FM), s’exprime de façon « soft » : "J'ai déjà dit qu'il y a un déficit (en arabe "Naqss") dans l'activité culturelle, dans la créativité. Si nous voulons que nos enfants deviennent créatifs, si on veut avoir des savants, si on veut que demain un Tunisien obtienne  le prix Nobel, nous devons encourager la créativité (l’inventivité). J'ai toujours dit que la créativité va avec l'esprit libre, cela veut dire que seul un esprit libre peut être créatif. Pour cela, il faut supprimer les contrôles qui empêchent les enfants d’être créatifs. Nous avons réalisé une révolution politique, une grande révolution. Cependant une révolution politique doit être soutenue (renforcée) par une révolution culturelle, une révolution des mentalités."
Et le ministre de préciser que "cette révolution culturelle doit avoir lieu au sein de l'institution éducative, et pas ailleurs". Ce dernier message s'adresse à ceux qui veulent que cette "révolution" se fasse au sein des mosquées et surtout des nouveaux établissements d'éducation islamique (dès la maternelle), hors de tout contrôle bien évidemment de l’Etat. Les cheikhs du Golfe considèrent que les Tunisiens ne sont pas de « bons musulmans », qu’il faut donc les éduquer à nouveau pour qu’ils deviennent de « vrais » wahhabites. Et c’est ce qui se voit tous les jours en Tunisie : des Tunisiens ont changé de vêtements pour s’accoutrer d’habits saoudiens, ils laissent pousser leur barbe (hirsute) avec ou sans moustache, leurs épouses se vêtissent de noir, se couvrent de la tête au pied. Dis-moi comment tu t’habilles, je dirai qui tu es…
Depuis la révolution, la faiblesse et l'indifférence des gouvernements successifs ont permis aux "affairistes" de l'Islam de créer des écoles privées, sans agrément officiel, pour accueillir les enfants à un prix défiant toute concurrence, voire gratuitement. Dans quel but ? Changer leur mentalité, incruster dans leurs esprits, la religion wahhabite-salafiste-archaïque, la religion de la soumission, non pas à Dieu, mais à ses prétendus "intermédiaires" soutenus et financés par l'argent des émirs enturbannés, ceux qui interdisent à la femme de conduire, ceux qui interdisent la musique et la télévision, ceux qui coupent les têtes et les mains, ceux qui prônent la violence et qui professent la haine…
Hypocritement (alors qu’Allah a blâmé tous les hypocrites dans le Coran), ces pseudo-musulmans anti-occidentaux utilisent le génie de l'Occident pour communiquer (via les satellites, via Internet), pour se déplacer dans des voitures et des avions de luxe, pour tuer avec des armes russes, chinoises et occidentales, pour bâtir des grattes-ciel à coup de milliards de dollars, grâce aux savoir-faire notamment des Américains et des Anglais.
L’argent du pétrole, extrait et gagné lui aussi grâce aux Occidentaux, aurait pu être dépensé autrement et plus intelligemment. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas construire des grattes-ciel, mais je me demande à quoi cela peut-il rimer dans un pays où les gens sont totalement soumis à la police religieuse… Interrogé par Paris-Match, le bâtisseur américain Adrian Smith de la nouvelle tour de Jeddah (1 000 m de hauteur) a évoqué l’ « égo » du financier, le prince Al-Walid, comme l’une des raisons de cette frénésie à faire plus haut que le voisin (la tour de Dubaï mesure 828 m).
L’argent du pétrole, qui coule à gogo depuis plus de quarante ans (octobre 1973), aurait pu être utilisé pour alphabétiser et éduquer ces millions de pauvres qui errent, le ventre creux et la tête vide, dans les pays musulmans, de la Mauritanie à l’Indonésie, en passant par le Nigeria, la Somalie, le Nord-Soudan, etc. Au contraire, l’argent du pétrole et du gaz a davantage servi à financer les guerres fratricides en Somalie (depuis les guerres de l’Ogaden, dans les années soixante-dix), au Yemen, en Irak, en Syrie, en Libye… Et on veut atteindre la Tunisie, après avoir échoué en Algérie. Afin d’instaurer un « califat médiéval ». Une autre aliénation, une autre « fitna »…
Une autre voix tunisienne, celle de Mohsen Marzouk. Il était encore secrétaire général de Nidaa Tounes quand il avait déclaré que « les mosquées ne doivent être des endroits où l’on trame des complots contre l’Etat et contre la sécurité des citoyens ni pour cacher des armes et des munitions». Et il avait exigé la fermeture des « écoles coraniques qui diffusent des vidéos où l’on voit des enfants en bandanas noires, sur lesquels sont imprimés des messages prônant le jihad ». 
Loin de moi l’idée de vouloir exclure l’Islam de la société tunisienne. La terre tunisienne a subi plusieurs invasions dans son histoire millénaire. Celle des conquérants musulmans, divers et variés dans leurs attitudes et leur politique, a laissé des empreintes indélébiles dans les esprits, même si les empreintes romaines et carthaginoises sont toujours gravées dans la pierre. La population locale (indigène) a été islamisée et arabisée, en grande partie. Sur elle, ce sont rajoutées des « couches » romaines, byzantines, turques, andalouses, arabes du Moyen-Orient. Les Tunisiens d’origine berbères sont aujourd’hui une minorité. Mais le « melting pot » y a été pratiqué bien avant les Etats-Unis, avec un brassage des races et des ethnies venant du monde européen, asiatique, africain et méditerranéen.
De ce brassage physique et culturel est né le « Tunisien », avec son identité particulière et ses pratiques religieuses souples, marquées par l’esprit critique et l’esprit d’ouverture. Le rite dominant « malékite » est, en fait, celui qui a su adapter la religion au peuple, et non l’inverse. Depuis la révolution de 2011, les tenants de l’arabité reviennent en force pour imposer ce que leurs prédécesseurs avaient vainement tenté de faire durant le Moyen-âge. Ils sont présents dans le parlement parmi les « élus », dans les médias, dans l’administration (des milliers de fonctionnaires islamistes ont été recrutés sous les deux gouvernements dirigés par Ennahdha (2011-2014). C’est une force réactionnaire avec laquelle il faut désormais compter. Mais qu’il faut combattre par les idées, avec la volonté de ne pas se laisser-faire, le pouvoir de dénoncer leurs agissements sournois. Et cela marche. Face à la mobilisation de la société civile moderne, Ennahdha a déjà perdu une bataille importante en échouant dans sa tentative d’islamiser la Constitution de 2014. D’autres batailles couvent : outre l’école, évoquée plus haut, il y a la Justice : des milliers de procès de « terroristes islamistes » sont en attente, faute de moyens matérielles et humains. La Tunisie comptent en tout et pour tout huit juges d’instruction dans le « pôle du terrorisme » pour gérer 1 600 affaires, selon la présidente des magistrats, Raoudha Karafi. Ce « pôle » manque des moyens les plus élémentaires pour accomplir sa tâche, en particulier un laboratoire d’expertise dédié.
Il y a aussi l’armée qui, malgré plusieurs tentatives, reste à l’écart de la scène politique au grand dam de Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha          . Le jour où l’armée tombera sous son influence, la Tunisie, telle que les aïeux de la génération actuelle l’avaient connue, disparaîtra. La Tunisie, la vraie, de Ibn Khaldoun, Ali Ben Ghedhahem, Tahar Sfar, Abdelaziz Thaalbi, Mohamed Ali Hammi, Tahar Haddad, Farhat Hached, Habib Bourguiba, Aboul Kacem Chebbi, Abdekaziz El Aroui, Hédi Nouira, Saliha, Radhia Haddad… La Tunisie des penseurs et des poètes, des révolutionnaires et des conteurs, des chanteurs et des bâtisseurs. La Tunisie de l’université islamique Zitouna, une des plus anciennes au monde (fondée en 737), et du Collège Sadiki, le premier lycée moderne du pays (1875).
Avec ce troisième article, je termine ma longue introduction. Et j’espère poursuivre avec des sujets ciblés sur l’histoire, l’économie et la société tunisienne qui marche drôlement, mais dangereusement, sur la tête…

lundi 15 février 2016

La Tunisie marche sur la tête 2


Tout ce que Habib Bourguiba (1903-2000) a réalisé au cours de sa vie politique, tout ce pour quoi sa génération a œuvré dans les années 1960 et 1970, tout cela risque de tomber en ruine. La Tunisie a encore une tête au-dessus de l'eau, elle attend son (ses) sauveur (s). Elle résiste, elle se bat encore aujourd'hui grâce surtout à sa nouvelle génération, une société civile diverse et compétente, une génération que la médiocrité des dirigeants qui se sont succédé au pouvoir depuis les années 1980 n'a pas réussi à éteindre...
Mohamed Mzali (1925-2010) a conduit le pays en mode marche-arrière, avec sa politique injustifiée d'arabisation et son penchant vers les pays du Moyen-Orient (ceux dont la régression culturelle et religieuse est légendaire), espérant attirer leurs capitaux [il y en a eu un peu et sous conditions, mais cela valait-il la peine ? Les investigateurs-économistes le diront peut-être un jour]. La Tunisie a perdu six précieuses années (1980-1986), alors que le prédécesseur Hédi Nouira (1911-1993) a mis le pays sur le tremplin du développement (1970-1980), avant même que la Malaisie ne prenne son envol avec Mahathir [aujourd'hui, la Malaisie nous devance très largement]. La décennie 1960-1970 a réalisé des investissements notamment dans les infrastructures, l'éducation et la santé (lancement des plans de développement quinquennaux et des perspectives décennales). Elle a été aussi marquée par une politique dite des coopératives, mal expliquée aux gens, mal appliquée, insensée et finalement abandonnée en 1969-1970.
Après avoir subi un "traitement de cheval" (ajustement structurel 1986-1987), la Tunisie tombe, à cause des coups assénés par les militants du Mouvement de la tendance islamique (MTI, aujourd'hui Ennahdha, au pouvoir), y compris des attentats contre le tourisme à Sousse et à Monastir, sous le joug du général-Premier ministre Zine el Abidine ben Ali (1936-, en exil dans le royaume saoudien depuis le 14 janvier 2014). Ben Ali réussit un coup de maître : un changement de régime en douceur, une continuité de la politique moderniste de Bourguiba. Tout baigne jusqu'en 1992 (date de son remariage avec Leïla Trabelsi). En quelques années, lui, sa famille et sa belle famille succombent à l'appât du gain facile, trop facile.
Aidé, encouragé par une armada de conseillers et d'avocats, véreux, le "clan Ben Ali" taille la Tunisie en pièces, chacun sa part du gâteau sous l'arbitrage de Zine-Leïla [ces conseillers et avocats ont toujours pignon sur rue, le bras de la justice post-2011 n'a pas réussi à les atteindre, ni parvenu à démêler l'écheveau des magouilles et autres tripatouillages de l'ère Ben Ali. Mais, je me demande si une nouvelle mafia n'a pas simplement succédé à la précédente, et avec son appui]. Avec le deuxième mandat (qui commence en 1994), le pays sombre dans la dictature (à l'indonésienne ou à la roumaine). Il parvient à maintenir la classe moyenne (grand succès de Nouira) dans une prospérité stable. Elle représentait au sens large près de 80 % de la population, depuis 2011 elle fond à vu d’œil, avec la paupérisation des masses urbaines et le déferlement sans frein de l'exode rural.
La "révolution" sans tête de décembre 2010-janvier 2011 a brandi des slogans justes : dignité, travail, liberté... Les Tunisiens ont eu la liberté, mais pas encore la dignité (l'administration et le secteur public sont demeurés aussi mal-accueillants qu'auparavant, sinon davantage, la peur du grand manitou ayant disparu). Quant au travail, qui peut investir et embaucher dans une atmosphère aussi délétère ? Au contraire, le chômage ne cesse de grimper avec l'arrivée de plusieurs milliers de primo-demandeurs et l'investissement ne  cesse de dégringoler.
Les multiples autorités qui ont pris les rênes du pouvoir n'avaient pas, malheureusement, la défense de l'intérêt général comme principe sacro-saint. Chacun cherche ses propres intérêts particuliers, ceux de sa "tribu" : les Islamistes se sont servis à bras ouverts pour "indemniser" (oui) et recruter leurs militants qui ont fait de la prison ou qui ont perdu leur travail sous Bourguiba ou sous Ben Ali. Plusieurs millions de dinars ont ainsi été distribués (sans contrôle indépendant), des millions qui ont servi à l'achat de terres, de villas et d'immeubles, de voitures de luxe... La Cour des comptes, qui a remis le 15 février 2016 son rapport sur l'exercice 2013, ne daigne pas le rendre public, ni le vulgariser, ni même le résumer... Ainsi va la transparence, de la poudre aux yeux. Hier, comme aujourd'hui.
Ni Ennahdha ni les autres n'ont songé à indemniser les militants de l'indépendance dont les descendants ont aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts. Si on entrait vraiment dans ce jeu, la Tunisie n'en finira pas de payer ! Mais, on a néanmoins créé un précédent : les militants "politiques" d'aujourd'hui et demain pourront, dans dix ou vingt ans, réclamer leur dû. On milite aussi pour de l'argent, pardi !
J'appelle cela des militants de basse classe, sans vergogne, sans âme ni conscience. Ils ne craignent pas Dieu, ni sa justice ici ou là-bas. Le drame actuel de la Tunisie est que les valeurs morales (y compris religieuses) sont en chute libre. Si les Tunisiens, qui prient tous les jours que le Bon Dieu fait, respectent dans leur vie quotidienne, dans leur travail, le dixième de ces "règles morales" (civisme, honnêteté, probité, générosité...), la Tunisie ne serait pas là où elle est tombée depuis cinq ans. Les vols et les braquages se comptent par centaines tous les jours (la police a baissé les bras), les viols, la contrebande et la drogue ("zalta") sont devenus des faits divers "normaux", tout comme les arrestations de "présumés terroristes" (ils sont toujours présumés même si on les attrape avec armes et munitions). La justice est on ne peut plus débordée, quand elle n'est pas corrompue. Aucun procès de "présumés terroristes" n'a été mené jusqu'à son terme alors que des milliers d'arrestations ont été effectuées depuis trois ans. Personne ne s'interroge sur leur sort, alors que le ministère de l'Intérieur égrène tous les jours le nombre des "malfaiteurs, bandits et autres criminels" que la police remet au procureur...
La Tunisie baigne dans la joie et le bonheur, puisque la musique bat son plein sur les ondes de toutes les radios (dans toutes les langues, de préférence les occidentales), puisqu'on fête allègrement la Saint-Valentin, après la saint-Sylvestre... Et que le nombre de partis ne cesse de grimper. On créer un nouveau, on fusionne... On en compte plus d'une centaine arborant dans leur dénomination officielle des mots et des qualificatifs rébarbatifs à en pleurer (de rire) vu leur impact nul sur le terrain : le mouvement de la Volonté; la parti du Progrès, de la Justice ou de la Liberté, ou encore de la Responsabilité, de la Démocratie, de la Réforme, de la Construction, du Citoyen, de la Concorde, de la Patrie, du Travail, de la Dignité, de l'Egalité, de l'Equité, et même de la Prospérité.
Ce florilège du microcosme politique tunisien sonne tellement faux devant le paysage de guéguerre qui marque la scène politique : les uns et les autres se bouffent le nez pour un strapontin dans l'assemblée du Peuple ou dans le futur Conseil municipal. On remanie le gouvernement pour intégrer X ou Y, supposé être plus compétent et plus efficace. On promet. On oublie. Car, la plupart des élus et des hauts gradés se battent, je le redis, pour leurs "intérêts particuliers". Rares sont ceux qui mettent vraiment l'intérêt général en tête de leurs priorités. Rares sont ceux qui pensent à l'histoire millénaire du pays, et aux dangers qui le menacent et aux défis qui l'attendent.
Officiellement, selon la Constitution, chacun peut avoir la religion qu'il veut dans son cœur, chacun peut pratiquer son rite comme il l'entend, et personne n'a le droit d'imposer ni de reprocher à l'autre sa façon de croire (ou de ne pas croire) ou de prier (ou de ne pas prier). C'est la Liberté, avec grand L. Mais, dans la pratique de tous les jours, c'est une chimère. On veut "ré-islamiser" les Tunisiens, on veut les "ré-éduquer"... Mais c'est une impossibilité. Un peuple, qui n'a pas encore perdu toute son intelligence, ne change pas comme ça, ne se laisse pas faire.
La Tunisie qui a accueilli sur son territoire des peuples depuis plus de cinquante mille ans peut-elle aujourd'hui par la volonté de quelques illuminés ne prendre de son héritage que celui de l'Islam (c'est-à-dire un héritage limité à quinze siècles) et, pire encore, changer ses pratiques ancestrales (malékites) en faveur d'un islam rigoureux, sclérosé, fermé sur le monde moderne ? 
La Tunisie qui veut sauver sa vraie nature, son histoire, ne peut pas - ne doit pas - laisser faire les obscurantistes, les arrivistes et les apprentis-sorciers de la politique. Il est temps que les autorités élues de 2014 se réveillent et songent à laisser une "empreinte positive" et non à laisser le chaos. Cette empreinte positive, c'est un système politique solide et fort, qui respecte la liberté, la dignité, la justice et l'égalité de tous devant la Loi. Un système transparent, à qui on doit rendre des comptes, un système responsable (qui sanctionne les abus, tous les abus), un système qui dit, enfin, stop à la corruption, stop à la contrebande, stop au laisser-faire, stop à l'anarchie, stop au silence. Place à la responsabilité et au travail. Un salaire ça se mérite, un travail ça se respecte, un voleur on le met en prison, un fainéant on le met dehors.
Il s'agit d'un système qui remet l'Etat dans une position de force (face à tous les lobbies), un Etat juste et équitable, un Etat qui puisse consacrer toute son énergie à réduire la pauvreté et les inégalités, à encourager le savoir-faire, la créativité, l'initiative et la recherche-développement (pour arrêter le fléau de l'exode des cerveaux, qui a repris de plus belle depuis 2011); un Etat qui simplifie la vie des citoyens et des entreprises, mais qui lutte contre la fraude et les abus; un Etat qui rend compte de ses actes et qui se soumet au contrôle indépendant des "juges" (Cour des comptes, Cour constitutionnelle); un Etat qui tolère la liberté de la presse et d'investigation, mais qui sanctionne sévèrement les atteintes aux droits de l'Homme et de la Femme; un Etat qui dit à tous que dans ce pays il y a désormais des droits et des devoirs. Personne ne peut réclamer un droit s'il ne respecte pas un devoir...
Pour cela, il faut un système politique cohérent et clair. Pas un système à alliances variables et multiples, où les électeurs perdent pied. La plupart d'entre-eux ne savent plus qui est avec qui, qui est contre qui, alors ils se détournent de la vie politique. Conséquence : le taux d'abstention aux élections est très important dans un pays sensé être démocratique, et où la liberté est fraîchement acquise. Un lecteur sur trois se rend aux urnes (63%). Un lecteur sur trois est inscrit sur les listes électorales (66%). Ainsi, le nombre de votants par rapport au corps électoral est inférieur à 50% (44-45%). J'en profite pour dénoncer ici les lacunes de l'ISIE (Instance chargée des élections) dont le site internet est ridiculement pauvre en notes de synthèse, en statistiques claires et consolidées, en comparatifs... C'est affligeant quand on sait que la Tunisie possède un corps important d'ingénieurs en informatique, et notamment de programmeurs (le pays exporte cette matière grise, que l'ISIE à cause d'une direction incompétente et ignorante n'utilise pas (je vous ai dit que la Tunisie marche sur la tête, non ?).
Savez-vous que le premier parti - Nidaa Tounes - qui a gagné les élections de 2014, sans avoir la majorité des sièges, n'a pas trouvé mieux à faire que de s'allier avec son rival, son ennemi juré, le deuxième parti, Ennahdha, déroutant ainsi ses électeurs, en particulier les femmes. La scène politique s'est ainsi émiettée, au lieu d'évoluer autour de deux grands pôles, une coalition forte au pouvoir (le n°1 allié à des "petits" partis) et une opposition forte (avec le n°2). Tournant le dos à cette logique, la Tunisie vit aujourd'hui avec une alliance contre nature qui empêche toute évolution positive et toute sanction des errements du passé... A la faveur d'une scission, le premier parti est devenu deuxième et le deuxième est devenu premier, mais leur alliance se maintient et rien ne change...
La première réforme de cette ère nouvelle (ce que j'appelle "l'empreinte positive") est de modifier le code électoral, avec des élections à deux tours (à tous les niveaux, et pas seulement la présidentielle). Le régime parlementaire (genre 4e République en France) est obsolète, car ingouvernable et inefficace, surtout quand il n'a pas de réel contre-pouvoir.  Cette réforme devrait s'appliquer dès les prochaines élections municipales prévues à la fin de 2016.
D'autres réformes "positives" devront suivre : celle de la fiscalité (trop de riches échappent à l'impôt sur les revenus sinon trichent; trop de commerce parallèle; trop de charges et de contrôles sur les PME, véritable gisement d'emplois), celle des douanes (trop de passe-droits, trop de privilèges, trop de corruption...), celle de la justice (submergée par les faits divers, manipulés par les partis politiques, les lobbies des affaires, les notables...), celle du système bancaire et financier (pour davantage de compétitivité, de transparence dans les tarifs et les contrats, pour aussi davantage de surveillance des transactions et introductions boursières), celle de l'éducation (à tous les  niveaux, même si le ministère actuel a commencé à œuvrer dans le bon sens, la plupart des écoles, collèges, lycées et université manquent terriblement de moyens informatiques, de salles de documentation, d'études et de recherche), celle des terres domaniales agricoles de l'Etat, dont la gestion laisse beaucoup à désirer)... et, "last but not least", celle de la fonction publique (la plupart des Tunisiens qui réclament un travail - comme si c'était un droit absolu - veulent entrer dans la fonction publique. Pourquoi donc ?).
A tout cela, deux conditions sine qua non : 1. La trêve sociale. Il faut, enfin, après avoir reçu le Prix Nobel de la Paix en 2015, que les plus hauts responsables syndicaux prennent conscience, en accord avec l'Etat, de la nécessité d'adopter une "trêve" qui mette fin aux revendications tous azimuts quasi quotidiennes, au lieu de s'évertuer à scier la branche sur laquelle ils sont suspendus. 2. Il faut que les médias mettent, dans la prunelle de leurs yeux, le professionnalisme et la déontologie, deux règles à même de défendre et de pratiquer le "Quatrième pouvoir". La plupart des médias mettent de l'huile sur le feu en colportant les "nouvelles" sans vérification, et restent à côté de leur métier qui est d'enquêter sur le terrain, d'aller en profondeur, un travail autrement plus difficile que les "débats" (qui ressemblent à des discussions de café) et les reportages superficiels...  Qui a vraiment enquêté sur le fait que tous les "inculpés" de l'ancien régime ont été remis en liberté faute de preuve ? Sur le sort des "présumés terroristes" et des "contrebandiers" arrêtés et qui disparaissent du jour au lendemain de l'écran-radar des médias  ? Sur ces marchandises avariées (destinées notamment aux enfants) qui ont été confisquées et dont on tait le nom des auteurs ? De même pour les vendeurs de viande de cheval ou d'âne ? On ne sait pas ce qu'ils deviennent ? On ne les met pas à l'index de la société. Ces affairistes criminels - parce qu'ils mettent en danger la santé des citoyens - demeurent cachés dans l'ombre. On ne les désigne pas, et, quand il ya enquête il n'y a jamais de suite pour en informer le public. Pire, on ne dévoile pas les marques de fabrication incriminées (biscuits, fromage...). On n'annonce pas leur retrait du marché. Ce ne sont que des faits divers anonymes, banalisés... Et qui disparaissent des médias du jour au lendemain. Que fait le ministère de la Santé, celui du Commerce ? Que font les responsables de l'hygiène ? Que fait l'organisation de défense des consommateurs ?
Que fait aussi la police pour arrêter les braqueurs qui exercent en plein jour à pied ou en mobylette ? Rien n'est fait pour arrêter ces fléaux qui installent les citoyens dans l'insécurité et la peur... Les agents de police lèvent les bras pour dire "on n'y peut rien", une démission quasi-générale et inquiétante. Si les Tunisiens eux-mêmes ont peur, que dire des touristes ? Les coupables courent les rues (si on met en place un contrôle d'identité et un contrôle des papiers d'assurance pour le motos et les mobylettes, vous verrez que les choses commenceront à changer, dans le bon sens. C'est simple, et dissuasif. Mais, si on ne le fait pas, c'est qu'il y a une démission coupable et irresponsable au niveau de la hiérarchie...
Si les autorités actuelles n'ont pas la force et le courage nécessaires pour mettre fin à la "récréation générale", en tirant la sonnette d'alarme et en tapant sur la table, la Tunisie continuera à aller à vau l'eau. Et les mauvaises graines continueront à faire des émules. Dans l'impunité.
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vendredi 5 février 2016

La Tunisie marche sur la tête (1)

Je vais essayer d'expliquer ce qui se passe et ce que j'observe, dans la mesure du possible, pour tenter de comprendre comment et pourquoi la Tunisie de la modernité, de Bourguiba, a sombré corps et âme. Y a-t-il un espoir de la voir à nouveau debout, ouverte sur la modernité, travailleuse et mettant en avant la valeur-symbole de la "révolution" : la dignité ? Je vais essayer de le faire avec une série de "papiers" qui traiteront chacun d'un sujet principal. De façon concise, claire et utile à ceux qui me lisent. Je commence par le sujet n°1 : l'âge des dirigeants.

L'âge de ceux qui dirigent la Tunisie
La leçon de Bourguiba, qui est resté au pouvoir "jusqu'à la lie", trop vieux, trop longtemps jusqu'à être décrié même par ceux qui l'aiment, n'a apparemment servi à personne. Le président actuel Béji Caïd Essebsi, qui se dit un "disciple" (sic) de Bourguiba est né le 29/11/1926, soit  89 ans, n'a rien fait de bon depuis qu'il a mis les pieds au Palais de Carthage, au contraire. Il n'a pas tenu ses promesses électorales (notamment sur la laïcité et le redressement de l'Autorité de l'Etat) et s'est, contre toute attente, lié, les mains et les pieds, avec le parti rétrograde islamiste. Pour l'intérêt de qui ? Certainement pas de la Tunisie. Mais, pour le sien, avec cette alliance abjecte, il peut se la couler douce jusqu'à la fin de son mandat, si le peuple l'accepte... Car, au vu de l'évolution de la situation, depuis novembre 2015, le mot "Dégage" (contre Ben Ali) risque de l'être à nouveau brancardé contre lui. Ce qui se passe aussi à la tête de son parti, Nidaa Tounes, avec la main mise tolérée de son fils (nouveau né dans la scène politique) sur une aile du parti (déjà scindé en deux), est significatif du degré de népotisme politique dans le pays. Bourguiba n'a jamais toléré que son fils se mêle des affaires au sommet de l'Etat. Bourguiba Jr a certes occupé quelques fonctions officielles, mais jamais de cette façon si rapide et si maladroite... Le népotisme est aussi la marque de fabrique du parti islamiste. Qui dit népotisme, dit impunité. L'alliance Nidaa Tounes - Ennahda sert aussi à fermer les yeux sur les malversations commises dans les premières années post-révolution par les affairistes "nahdhaouis" (l'argent et le bon Dieu ont fait bon ménage sur la Tunisie des années 2011 et cela continue de belle manière !).
Le deuxième personnage, Mohamed Ennaceur, est né le 21/03/1934, soit 81 ans. Il est président du Parlement (rassemblement hiératique des "Elus du peuple"). Il a lui aussi les mains liées. Et comme le premier trop peu d'énergie à consacrer à la Tunisie et à ses problèmes. Quelle fin de carrière en beauté ! C'était le cas de son prédécesseur, Mustapha Ben Jaafar, né le 8 décembre 1940 (75 ans), qui a été propulsé président de l'Assemblée constituante en novembre 2011 grâce au soutien du parti islamiste, toujours fidèle à lui-même, opportuniste, maléable, au gré de ses intérêts. Ben Jaafar y restera jusqu'à son échec foudroyant à l'élection de la présidence de la République en novembre 2014 (0,67 % des voix). Il a su et pu (avoir le courage) d'élever une fois la voix (à l'adresse de son allié islamiste), mais c'était trop peu, trop tard. La Tunisie a perdu trois précieuses années à délibérer sur le projet d'une nouvelle Constitution.
Troisième personnage clé : le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chedly Ayari, né le 21/08/1933, soit 82 ans. La BCT est aujourd'hui sclérosée. Qu'on se rappelle l'époque de Hédi Nouira quand la Banque jouait le fer de lance de l'économie et savait s'imposer aux potentats de la Tunisie naissante. Le bilan de Ch. Ayari est maigre, trop maigre : le maintien  de la Banque sur ses pieds est certes important, mais c'est le minimum qu'on puisse exiger de lui. Les blocages actuels des leviers économiques et financiers sont innombrables. Les banques commerciales font quasiment ce qu'elles veulent... Le marché financier est un jouet entre les mains des loubards de la Bourse (vous savez peut-être ce qui s'est passé avec la quasi-faillite frauduleuse de la compagnie Syphax Airlines dont le patron continue, pince sans rire, à trôner au sein de l'Assemblée nationale comme élu du peuple, si !).
Le Premier ministre Habib Essid, né le 1er juin 1949, soit 66 ans, est un commis de l'Etat, honnête, mais pas exactement celui qu'il faut à la place qu'il faut : il faut à la Tunisie un homme du Verbe, de l'Action, de l'Autorité, un Homme qui galvanise les énergies, qui sanctionne les brebis qui sortent de la ligne droite (la loi), qui dise "non" quand il le faut sans scrupule. Dans l'intérêt bien compris de la Tunisie. 
Derrière ces hommes, on trouve des gens qui manipulent, qui tirent les ficelles, qui bloquent les choses quand elles ne les arrangent pas. On trouve notamment le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, né le 22 juin 1941 (74 ans), l'ex président Moncef Marzouki, né le 7 juillet 1945 (70 ans), et bien des farfelus de la politique politicienne, comme Hamma Hammami (8 janvier 1952, 64 ans), populiste à l'extrême, qui a oublié que le communisme et les kolkhozes sont morts et enterrés, comme Hechmi Hamdi (28 mars 1964, 51 ans), autre populiste-affairiste impatient de prendre l'assaut de Carthage. On trouve aussi des milliardaires aux mains sales qui jouent au lobbying comme on joue au billard... La scène politique, avec sa centaine de "partis" ou d'officines (dont les équipes se limitent au "patron" et à quelques suiveurs intéressés), ressemble aujourd'hui à un poulailler où le seul intérêt de ses "animaux" est de becqueter le maximum de "grains" et d'arriver au podium. Le patriotisme est, dans cet "Animal Farm" version tunisienne, un vain slogan.
Dirigée par autant de "vieux", la Tunisie d'aujourd'hui  ne compte pourtant dans sa population que 5 % de vieux (70 ans et plus) ou, pour être assez magnanime, de 10 % (en partant des 60 ans ou plus). Ces "vieux" qui gouvernent (mal, très mal) doivent sans tarder céder la main... Dans l'intérêt du pays.
Mais, peut-être, que le mal est fait. Car ma crainte est que les "mauvaises habitudes" qui se sont ancrées très vite depuis 2011 dans tous les rouages de la société ne puissent céder facilement la place aux "bonnes". Il est plus aisé de détruire que de construire.