L'âge de ceux qui dirigent la Tunisie
La leçon de Bourguiba, qui est resté au pouvoir "jusqu'à la lie", trop vieux, trop longtemps jusqu'à être décrié même par ceux qui l'aiment, n'a apparemment servi à personne. Le président actuel Béji Caïd Essebsi, qui se dit un "disciple" (sic) de Bourguiba est né le 29/11/1926, soit  89 ans, n'a rien fait de bon depuis qu'il a mis les pieds au Palais de Carthage, au contraire. Il n'a pas tenu ses promesses électorales (notamment sur la laïcité et le redressement de l'Autorité de l'Etat) et s'est, contre toute attente, lié, les mains et les pieds, avec le parti rétrograde islamiste. Pour l'intérêt de qui ? Certainement pas de la Tunisie. Mais, pour le sien, avec cette alliance abjecte, il peut se la couler douce jusqu'à la fin de son mandat, si le peuple l'accepte... Car, au vu de l'évolution de la situation, depuis novembre 2015, le mot "Dégage" (contre Ben Ali) risque de l'être à nouveau brancardé contre lui. Ce qui se passe aussi à la tête de son parti, Nidaa Tounes, avec la main mise tolérée de son fils (nouveau né dans la scène politique) sur une aile du parti (déjà scindé en deux), est significatif du degré de népotisme politique dans le pays. Bourguiba n'a jamais toléré que son fils se mêle des affaires au sommet de l'Etat. Bourguiba Jr a certes occupé quelques fonctions officielles, mais jamais de cette façon si rapide et si maladroite... Le népotisme est aussi la marque de fabrique du parti islamiste. Qui dit népotisme, dit impunité. L'alliance Nidaa Tounes - Ennahda sert aussi à fermer les yeux sur les malversations commises dans les premières années post-révolution par les affairistes "nahdhaouis" (l'argent et le bon Dieu ont fait bon ménage sur la Tunisie des années 2011 et cela continue de belle manière !).
Le deuxième personnage, Mohamed Ennaceur, est né le 21/03/1934, soit 81 ans. Il est président du Parlement (rassemblement hiératique des "Elus du peuple"). Il a lui aussi les mains liées. Et comme le premier trop peu d'énergie à consacrer à la Tunisie et à ses problèmes. Quelle fin de carrière en beauté ! C'était le cas de son prédécesseur, Mustapha Ben Jaafar, né le 8 décembre 1940 (75 ans), qui a été propulsé président de l'Assemblée constituante en novembre 2011 grâce au soutien du parti islamiste, toujours fidèle à lui-même, opportuniste, maléable, au gré de ses intérêts. Ben Jaafar y restera jusqu'à son échec foudroyant à l'élection de la présidence de la République en novembre 2014 (0,67 % des voix). Il a su et pu (avoir le courage) d'élever une fois la voix (à l'adresse de son allié islamiste), mais c'était trop peu, trop tard. La Tunisie a perdu trois précieuses années à délibérer sur le projet d'une nouvelle Constitution.
Troisième personnage clé : le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chedly Ayari, né le 21/08/1933, soit 82 ans. La BCT est aujourd'hui sclérosée. Qu'on se rappelle l'époque de Hédi Nouira quand la Banque jouait le fer de lance de l'économie et savait s'imposer aux potentats de la Tunisie naissante. Le bilan de Ch. Ayari est maigre, trop maigre : le maintien  de la Banque sur ses pieds est certes important, mais c'est le minimum qu'on puisse exiger de lui. Les blocages actuels des leviers économiques et financiers sont innombrables. Les banques commerciales font quasiment ce qu'elles veulent... Le marché financier est un jouet entre les mains des loubards de la Bourse (vous savez peut-être ce qui s'est passé avec la quasi-faillite frauduleuse de la compagnie Syphax Airlines dont le patron continue, pince sans rire, à trôner au sein de l'Assemblée nationale comme élu du peuple, si !).
Le Premier ministre Habib Essid, né le 1er juin 1949, soit 66 ans, est un commis de l'Etat, honnête, mais pas exactement celui qu'il faut à la place qu'il faut : il faut à la Tunisie un homme du Verbe, de l'Action, de l'Autorité, un Homme qui galvanise les énergies, qui sanctionne les brebis qui sortent de la ligne droite (la loi), qui dise "non" quand il le faut sans scrupule. Dans l'intérêt bien compris de la Tunisie. 
Derrière ces hommes, on trouve des gens qui manipulent, qui tirent les ficelles, qui bloquent les choses quand elles ne les arrangent pas. On trouve notamment le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, né le 22 juin 1941 (74 ans), l'ex président Moncef Marzouki, né le 7 juillet 1945 (70 ans), et bien des farfelus de la politique politicienne, comme Hamma Hammami (8 janvier 1952, 64 ans), populiste à l'extrême, qui a oublié que le communisme et les kolkhozes sont morts et enterrés, comme Hechmi Hamdi (28 mars 1964, 51 ans), autre populiste-affairiste impatient de prendre l'assaut de Carthage. On trouve aussi des milliardaires aux mains sales qui jouent au lobbying comme on joue au billard... La scène politique, avec sa centaine de "partis" ou d'officines (dont les équipes se limitent au "patron" et à quelques suiveurs intéressés), ressemble aujourd'hui à un poulailler où le seul intérêt de ses "animaux" est de becqueter le maximum de "grains" et d'arriver au podium. Le patriotisme est, dans cet "Animal Farm" version tunisienne, un vain slogan.
Dirigée par autant de "vieux", la Tunisie d'aujourd'hui  ne compte pourtant dans sa population que 5 % de vieux (70 ans et plus) ou, pour être assez magnanime, de 10 % (en partant des 60 ans ou plus). Ces "vieux" qui gouvernent (mal, très mal) doivent sans tarder céder la main... Dans l'intérêt du pays.
Mais, peut-être, que le mal est fait. Car ma crainte est que les "mauvaises habitudes" qui se sont ancrées très vite depuis 2011 dans tous les rouages de la société ne puissent céder facilement la place aux "bonnes". Il est plus aisé de détruire que de construire.