dimanche 1 mars 2026

"Dégage", un cri tunisien devenu international

 

Quand le mot « dégage » s’internationalise

Prononcé des milliers de fois contre le dictateur tunisien Ben Ali (qui a régné de 1987-2011), le mot « dégage » est souvent entendu dans des manifestations en France…

Rappel significatif : je l’ai entendu, le même jour, le 20 mars 2021, à Tunis et à Jérusalem…

Dégage Ghannouchi… à Tunis

Dégage Netanyahou… à Jérusalem…


Loin de moi l’idée de faire un tel parallèle, mais l’analyse de l’actualité internationale (lecture de plusieurs journaux chaque jour) a mis devant mes yeux deux événements aux antipodes l’un de l’autre, mais les manifestants criaient le même slogan devenu célèbre : « Dégage » !

1- En Israël, les électeurs voteront le mardi 23 mars 2021, pour la 4e fois en deux, pour élire leurs députés. Les trois derniers scrutins ont abouti aux mêmes résultats : pas de majorité ni relative ni absolue à un seul parti, les coalitions hybrides n’ont pas tenu la route. Le Premier ministre de droite religieuse, Benyamin Netanyahou, 72 ans, n’arrive pas à gouverner avec 36 députés sur 120… Il a dissout le parlement. Résultat : Les anti-Netanyahou se sont rassemblés par milliers, samedi 20 mars 2021, à Jérusalem, pour lui dire « Dégage »…

2- Le président du parlement, l’islamiste, Rached Ghannouchi, 79 ans, avec 52 élus sur 217, n’arrive pas lui aussi à gouverner… Ses opposants ont défilé le samedi 20 mars 2021 pour lui dire « Dégage » : à Sfax, avec une grande marche organisée par les partisans de Abir Moussi (Parti destourien libre) et à Tunis, avec une autre grande marche organisée par les partisans supposés du Président de la République, Kaïs Saïed (sans parti).

Similitude : le mode de scrutin électoral est basé, en Israêl comme en Tunisie, sur les mêmes règles : répartition des sièges à la proportionnelle…

Différence : les médias (TV et journaux) israéliens ont largement couvert les manifs anti-Netanyahou ; les médias (TV et journaux) tunisiens ont accordé peu d’importance aux manifs de Sfax et de Tunis.

Manif à Madagascar, oct 2025


Manif à Tunis, janvier 2023


Manif à Tunis, janvier 2011


Manif à Paris, déc. 2018


Manif à Jérusalem, avril 2024









Histoire : L’imam parisien qui a sauvé des Juifs...

Décédé en 1961, Abdelkader Mesli, Algérien, était un homme pieux, un « juste ». Alors qu’il était imam à la Mosquée de Paris, pendant la Seconde guerre mondiale, Mesli a fait tout ce qu’il pouvait faire pour sauver des centaines de familles juives de la déportation dans les camps nazis, et donc de la mort.

Il l’avait fait, par amour de sa religion, par humanité : il a délivré des certificats de conversion à l’Islam à ces juifs français, il les a abrités au sein même de la mosquée, leur a donnés des bons de nourriture…

Reconnu comme un « juste », Mesli est entré dans l’histoire grâce aux archives qu’il a laissées à son fils.

Le 11 mars 2021, la Mairie de Paris a voté, à l’unanimité la décision de lui rendre un hommage officiel posthume et de donner son nom à une rue de Paris. Il fallait, selon la Mairie, « mettre à l’honneur un homme qui, au péril de sa propre vie, a sauvé des personnes d’une mort certaine ».

Vidéo sur l’histoire de cet homme, qui a honoré sa religion : France 2, 8 août 2016. 3’48

https://www.youtube.com/watch?v=bErwdRxQV4s

Ballade ou balade…

 

Les deux mots existent dans la langue française… Il y a une petite différence dans l’écriture, qui est une source d’erreur que le correcteur orthographique ne signale jamais et pour cause : les deux écritures sont valables, mais elles ne donnent pas le même sens…

L’un vient de l’autre. Explication.

Le mot « ballade » est entré en premier dans la langue, avec un sens musical : chanter une ballade (dico de 1422), un poème, un refrain… populaire, romantique…

De ce mot est né l'autre mot « balade ». Comment ?

Au Moyen-âge, il était courant que les mendiants se promènent en chantant… De là est né le verbe « balader » : aller mendier en chantant des ballades.

Le verbe est entré dans l’argot français en 1628. Le sens a évolué (1836) : marcher sans but. On les balade d’un point à un autre : on les transporte… Aller en flânant (1836), Promener (1885). Depuis, on dit couramment : allons se balader ! Faisons une balade ! (une promenade).

On peut toujours faire une « balade » en chantant des « ballades »…

Mendiants qui chantent des ballades

Balade et ballade

Promenade familiale

Pourquoi le cœur qui symbolise l’amour est-il traversé par une flèche ?

C'est dans une fable issue de la mythologie romaine… Résumé :

Cupidon est le fils de Vénus, déesse de la beauté et de Mars, Dieu de la guerre. Cupidon incarne la beauté et le désir…

Mais voilà que Jupiter, Dieu des Dieux, s’inquiète des pouvoirs de séduction de Cupidon. Il ordonne à Vénus d’éloigner son fils…

Ça tombe bien… Vénus est jalouse de Psyché, la plus belle parmi les mortelles…

Elle accepte d’éloigner son fils vers le monde des mortels, mais décide de l’armer avec un étui plein de flèches spéciales : les flèches de l’amour. Quand la pointe de la flèche ardente perce un homme et une femme, les deux tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre (le coup de foudre). Elle charge son fils de tirer sur Psyché et sur le plus laid des hommes…

Mais en visant Psyché, Cupidon se blesse avec la flèche qui va directement toucher Psyché… Le sort est jeté : Cupidon et Psyché tombent amoureux… Et leur aventure commence avec les efforts vains de Vénus pour les séparer…

La même fable est reprise dans la mythologie grecque avec Eros dans le rôle de Cupidon.

Cette fable a donné naissance à des milliers d’œuvres : des peintures et des sculptures, des contes et des poèmes, notamment Apulée et La Fontaine.

Dans les temps modernes, la flèche qui transperce le cœur est un message d’amour adressé à la personne aimée : le coup de foudre équivaut à la rapidité de la flèche…

Proverbe : « Le lierre meurt où il s'attache. »

C’est un proverbe français du Moyen-âge qui trouve ses racines dans la civilisation celtique : les Celtes ont dominé une grande partie de l’Europe durant une douzaine de siècles avant J.-C. Ils ont été battus par les Germains et achevés par les Romains après deux siècles de lutte.

Le lierre est toujours bien enraciné dans la culture européenne. « Je meurs où je m’attache, ma fidélité durera jusqu’à la mort. »

C’était la plante sacrée des druides (à la fois savants et religieux respectés dans la société celte) : dans les mariages que les druides célébraient, les poignets des mariés étaient reliés par une liane de lierre dans le but de confirmer et renforcer leur amour.

Les Grecs anciens ont utilisé le même symbole (couronne de lierre sur la tête pour honorer le Dieu Dionysos). De même que les Pharaons qui ont illustré avec le lierre l’idée d’immortalité (Dieu Osiris).

Au Moyen Âge, le lierre est devenu le symbole de l’amour que l’épouse porte à son époux : tel le lierre qui s’accroche, elle étreint son mari dans le bonheur et le malheur jusqu’à la mort.

Aujourd’hui, le lierre symbolise « la fidélité et l’attachement car il s’accroche et grimpe partout grâce à ses tiges. Il symbolise également la vie éternelle car c’est une plante toujours verte, persistante » (extrait du site de Delphine et Marie, "pensées du jardin").

Pourquoi l’amour est associé au cœur ?

Dans l’antiquité, les femmes et les hommes croyaient que le « cœur » (organe vital humain) contenait l’âme. Il était, à leurs yeux, le centre du pouvoir, et donc celui qui contrôle l’amour…

Le cœur était ainsi considéré comme le siège des émotions… Quand on aime, on sent le cœur palpiter, battre intensément… Nos ancêtres avaient conclu que les pensées amoureuses et contraires naissaient dans notre poitrine, notre cœur.

Les connaissances scientifiques modernes n’ont pas démenti cette croyance ancestrale, mais elles l’ont recadrée : le sentiment amoureux est le résultat d’une interaction complexe entre différentes parties du cerveau (instinct, émotion, logique…) et le cœur. Mais c’est le cerveau qui fait office de « centre de contrôle » des émotions. Ou la parole se libère (et on ose dire « je t’aime ») ou elle se freine et on temporise, on raisonne : le cœur cesse alors de battre la chamade et l’amour passe...

On peut donc continuera à prétendre que l’on aime avec le cœur. A défaut d’être le « décideur », le cœur demeure le passage obligé de l’élan amoureux. C’est grâce à lui, et pas au cerveau, que l’on ressent - physiquement - le frémissement idéal...

Mais, attention, le symbole de l’amour en forme de « cœur » ne vient pas de l’organe lui-même mais de la feuille de lierre…

Explication : Dans la Grèce antique, le lierre était associé à la vigne. Pour les adorateurs de Dionysos, dieu du vin et des plaisirs, le lierre était réputé pour sa longévité : sa feuille symbolisait alors l’amour durable. Et ce symbole demeure toujours vivace.

D’où vient ce mot ? Amour

 

Le sentiment amoureux existe depuis la nuit des temps… Il est mystérieux (lorsqu’il est pur). Mais depuis quand l’appelle-t-on « amour » en français ?

Réponse : seulement depuis le 16e siècle…

Auparavant, le mot était « ameur », transformation normale du latin « amor » (du verbe amare = aimer).

La règle était que les mots latins qui finissent par « or » se terminent en français en « eur ». Exemples : labor = labeur ; favor = faveur ; rigor = rigueur ; rancor = rancœur…

Vous imaginez-vous dire aujourd’hui à votre chéri(e) : « mon ameur » ?

La transformation en « our » s’est imposée grâce aux troubadours occitans (originaires de la région du sud-ouest de la France). Ces troubadours voyageaient de ville en ville pour gagner leur vie en chantant et racontant des histoires coquines et amusantes : les spectateurs les entendaient prononcer « amour » au lieu de « amor » ou « ameur »…

Progressivement, sur deux ou trois siècles, le parler occitan s’est imposé dans toute la France et le mot « amour » est entré dans les dictionnaires… Au 17e siècle, le mot passe du genre féminin au genre masculin : un amour. Mais, au pluriel, les « amours » s’écrivent au féminin. On dit : il ou elle a connu ses premières amours ; il ou elle file le parfait amour.