samedi 28 mai 2016

Pourquoi faire du Bien quand on peut facilement faire le Mal ?



Cette question me taraude depuis quelque temps. Et je me décide d’écrire après mon dernier voyage européen (en Scandinavie) et en raison de l’actualité internationale : la visite du président américain Obama, le 27 mai, au Japon pour montrer au peuple japonais – et rendre hommage aux habitants de Hiroshima de Nagasaki – que l’Amérique a enterré définitivement la hache de guerre (après les bombardements atomiques d’août 1945 et l’occupation américaine qui s’en est suivie jusqu’en 1952)*.
Deuxième fait d’actualité, la commémoration du centenaire de la Bataille de Verdun (1916), le 28 mai, par le président français François Hollande, et la chancelière allemande Angela Merkel. Ce geste s’ajoute aux précédents, notamment la poignée de main historique entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984, qui ont scellé la réconciliation franco-allemande.
Ce qui frappe l’esprit de quelqu’un comme moi, qui a vécu tant d’accolades de réconciliations arabo-arabes ou afro-africaines, c’est la sincérité de ces gestes euro-européens ou nippo-américains. Une fois on se réconcilie dans les pays civilisés du Nord, on repart de l’avant dans une coopération humaine et économique paisible. C’est tout le contraire de ce qui passe au Sud : l’hypocrisie des accolades et des gestes fraternels… Qui ne règle rien, pire qui aggrave la situation… D’où ma question : Pourquoi faire du Bien quand on peut facilement faire le Mal ? Et je vais vous le prouver.
Il n’y a que les imbéciles, les idiots, les narcissiques, les têtus, les mégalomanes, les corrompus, bref, les irresponsables, qui choisissent le « Mal » parce qu’ils sont incapables de faire le « Bien »  (toute connotation religieuse mise à part). Ceux-là sévissent malheureusement dans les pays du Sud depuis trop longtemps en mettant leurs « intérêts égoïstes » avant l’intérêt général de la Nation. Je ne veux pas dire par là que les gens du Nord font tous le « Bien », ce qui serait une aberration. Je veux dire que les gens de Bien sont extrêmement minoritaires dans les pays Sud, qu’ils sont soit silencieux, soit soumis, et certainement incapables de faire bouger les choses (régimes politiques non démocratiques, ou pseudo-démocratiques dominés par les puissants lobbies financiers ou autres).
Les faits parlent d’eux-mêmes.
Mon dernier voyage** en Scandinavie m’a fait connaître l’histoire de pays qui autrefois se sont fait la guerre : la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark. Aujourd’hui, ces pays voisins vivent en paix, coopèrent, échangent… Les populations ne sont pas éduquées pour se haïr les uns les autres, mais pour se respecter, s’accepter dans leurs différences culturelles et historiques***. Nulle idée de refaire la guerre demain.
La France et l’Angleterre ont une histoire chargée : la guerre de cent ans (1337-1453), les guerres post-Révolution française (1792-1802), les guerres napoléoniennes (1803-1815)… Ces deux pays – du sommet de l’Etat à la base – vivent en paix, coopèrent, se font concurrence, se jalousent… Mais ils sont en paix une fois pour toute. Et c’est dans leur intérêt réciproque.
C’est toute l’Europe occidentale qui vit aujourd’hui en paix entre elle-même, avec une coopération bien ancrée (Union européenne, zone euro, zone Schengen, espace économique européen élargi aux pays non membres de l’UE). Ce qui n’exclut ni les rivalités, ni les mésententes, ni les divisions potentielles (comme le referendum au Royaume-Uni du 23 juin qui risque de déboucher sur une sortie de l’UE). Il est certain que le ciment économique et les échanges de biens et de personnes (des centaines de milliers d’avions, de trains, d’autocars, de camions sillonnent chaque jour l’Europe occidentale, à l’instar du système nerveux humain) sont devenus tels qu’un retour en arrière est impossible. Les deux Grandes guerres du XXe siècle sont bel et bien révolues.
Je peux dire la même chose de la paix qui règne en Asie (après les guerres du Pacifique de 1941-1945, la guerre d’Indochine de 1946-1954, la guerre de Corée de 1950-1953. Le Japon, la Chine, l’Inde et l’Australie ne pensent plus qu’à la paix, seul moyen de garantir le progrès économique et social.
Il y a bien, là aussi, un pays qui demeure en marge, hanté par l’esprit du Mal (la Corée du Nord), et quelques reliques de la guerre froide…
Mais que dire du « monde musulman », de l’Afghanistan au Yémen, de la Syrie à la Libye, de la Palestine ? Rien de bon.
Regardez, par exemple, une carte de l’Afrique et du Moyen-Orient. Voyez le nombre de conflits ouverts ou latents qui existent, le nombre de dictateurs, et diriez-vous que ce sont les peuples qui veulent cela ? Impossible. Ce sont les dirigeants, de haut en bas de la hiérarchie, qui ne veulent pas que leurs citoyens vivent en paix. Parce que des citoyens en paix peuvent devenir exigeants et réclamer l’éducation, la santé, l’eau, l’électricité, la liberté, la transparence et la démocratie. Mais des citoyens qui arrivent à peine à manger et qui vivent constamment dans la peur du lendemain, l’insécurité et la haine du voisin (savamment inculquée par leurs dirigeants). Ces citoyens-là resteront soumis et leurs chefs demeureront au pouvoir jusqu’au bout (sans limitation, sauf celle de la mort ou du coup d’Etat).

Pourquoi diriez-vous que le Maroc et l’Algérie, deux grands voisins, vivent toujours, par la volonté de leurs dirigeants dans un état de ni-guerre ni paix (frontières terrestres fermées depuis longtemps) ? A cause de rivalités entre personnes, à cause surtout d’une absence de responsabilité, d’un sens aigu de l’intérêt général : depuis la fin de la « guerre des sables » (1963-1964), les deux pays n’ont jamais su faire la paix et tirer un trait final sur leurs divergences, même après le traité de l’Union du Maghreb arabe (UMA), signé à Marrakech en 1989 – j’étais présent !).
Après le conflit bilatéral, leur « haine » réciproque s’est raccrochée sur le conflit du Sahara occidental (ex-territoire espagnol revendiqués par le Maroc, la Mauritanie et les autochtones, les Sahraouis). Ce conflit, qui a duré de 1975-1991, est depuis vingt-ans dans l’impasse (avec la présence des soldats de l’Onu qui surveillent l’armistice). A cause de ce conflit, qui attise en permanence la haine entre les deux pays, et les accrochages verbaux,  rien ne peut se faire au sein du Maghreb, ni espace économique commun, ni monnaie unique, rien de vraiment déterminant en faveur du progrès économique et social de presque 100 millions d’habitants. Pourquoi ? Si ce n’est la volonté aveugle de faire du « Mal » en cherchant à satisfaire les « égo » des militaires et de ceux qui les soutiennent. Des militaires qui coûtent aux deux pays des milliards de dollars chaque année (de l’argent qui aurait pu servir à construire des écoles, des hôpitaux, des routes et des usines).

Pourquoi la Somalie n’est-elle pas en paix depuis la guerre de l’Ogaden (avec l’Ethiopie), depuis la chute du régime dictatorial de Siad Barre en 1991 ? Le peuple de ce pays, pris en otage, est victime de l’anarchie et de la barbarie de groupuscules prétendument islamiques, dont la force est tirée de l’ignorance des gens, de leurs faiblesses, de l’état de survie dans lequel elles se trouvent.

Pourquoi le Soudan, qui devait être le « grenier » du monde arabe (ah, le rêve des années soixante-dix, j’étais encore présent lors du lancement du programme de la Ligue arabe : exploiter les vastes terres du Nil), a sombré dans la guerre de sécession (le Sud-Soudan est devenu indépendant en 2011), l’instabilité (après la chute du dictateur Gaafar Nimeiri auquel a succédé un autre dictateur) et les calculs politiques étroits des dirigeants arabes. Au Soudan Nord, c’est encore un régime militaro-islamiste qui règne…

Pourquoi le Yémen ne s’en sort jamais ? La guerre civile actuelle, attisée par l’Arabie saoudite et les conflits d’égo et de croyance. C’est encore une plaie béante dans le « monde musulman », maintenue ouverte par la volonté des pseudos gadiens des Lieux Saints de l’Islam.
Ajoutez à cela la guerre entre l’Irak et l’Iran, l’invasion du Koweït par l’Irak, la destruction de l’Irak de Saddam Hussein  (par la coalition arabo-américano-occidentale), la renaissance d’un Irak nouveau mais extrêmement fissuré (qui a donné naissance à une entité islamique barbare), l’affaiblissement pour longtemps encore de la Syrie (minée par la dictature depuis 1970 et la guerre civile depuis 2011 et les interventions extérieures) et l’anéantissement de la Libye (où les groupuscules islamiques ne cessent de s’entretuer depuis la chute d’un autre dictateur illuminé qui a sévi de 1969 à 2011)… et vous obtiendrez une carte éloquente de la bêtise humaine incommensurable dans cette région dont l’Islam est supposé être sa principale religion.

Je n’ai pas encore évoqué le conflit israélo-palestinien qui sévit, en fait, depuis 1917. En politique, il y a des faits accomplis dont il faut savoir tirer la conséquence : l’état d’extrême faiblesse et de soumission des Palestiniens a favorisé l’émergence de l’Etat d’Israël. Oui, c’est un fait, reconnu par la Communauté internationale en 1948, que les Palestiniens et les Arabes musulmans n’ont toujours pas admis (du moins de juré). L’Allemagne de Hitler a bien perdu la guerre. Les Allemands ont « acté » sa défaite, leur défaite. L’empire ottoman a bien été balayé. Les faits historiques similaires sont innombrables. Il faut savoir, à un moment, tirer un trait final sur un désastre. Et repartir sur de bons pieds. Mais si l’on continue à larmoyer et à vouloir « jeter Israël à la mer », c’est elle qui les jettera à la mer. Inutile de se leurrer.
 Après les guerres catastrophiques de 1948, 1967 et 1973, après les Intifada en série, les Palestiniens et les Arabes auraient dû faire la paix. Ils se sont au contraire divisés : les uns étaient pour (et ils coopèrent aujourd’hui clairement avec Israël) et les autres sont restés contre…
Il faudrait, si la sagesse revient, que le Bien succède au Mal, que les uns et les autres, Palestiniens et Israéliens, retrouvent l’esprit - je ne dirais pas celui du leader tunisien Habib Bourguiba qui avait prôné dès 1965 la reconnaissance mutuelle et le partage du territoire conformément aux résolutions des Nations unies – de Yasser Arafat et de Yitzhak Rabin, à Oslo, en 1993. Malheureusement, ce n’est toujours pas le cas et rien ne permet de l’espérer dans un avenir proche et même lointain. Je reviens à mon leitmotiv, pourquoi faire du Bien quand on peut facilement (voire passionnément) faire le Mal ? Dans cette région du monde, terre des Dieux, ce sont paradoxalement l’intelligence et la tolérance qui font absolument défaut.


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** J’ai voyagé dans une cinquantaine de pays en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient et aux Amériques.
*** Je pense notamment à cette pratique géniale de la « cérémonie de confirmation » en Norvège qui forme les jeunes à bien passer le cap de l’adolescence à l’âge adulte : Konfirmasjon. Voir : http://mylittlenorway.com/2011/05/the-norwegian-confirmation/ Voir aussi : https://en.wikipedia.org/wiki/Secular_coming-of-age_ceremony

samedi 26 mars 2016

L'économie tunisienne entre 1956 et 2016 (2)


Venons-en aux chiffres : ils parlent d'eux mêmes...
Dès sa prise du pouvoir en mars 1956, en tant que chef de gouvernement, puis en juillet 1957 en tant que président de la République (désigné par l'Assemblée constituante, il ne sera élu au suffrage universel qu'en novembre 1959), Bourguiba a mis la Tunisie en marche, sur la route d'un progrès qu'il savait très long et qu'il baptisait "le combat suprême" (d'où le surnom qu'on lui donna de "combattant suprême" : le combat contre la pauvreté, l'analphabétisme, l'obscurantisme. Il donna à son gouvernement plusieurs défis à relever à la fois : des écoles et des dispensaires partout, de l'eau potable et de l'électricité aussi loin que possible. En 1956, l'espérance de vie à la naissance dépassait à peine les 51 ans, le taux de scolarisation des enfants (de 6 à 14 ans) atteignait à peine 30 % dans les villes et 4 % dans les campagnes, l'accès à l'eau potable est disponible pour seulement 9 % de la population, l'analphabétisme touchait 85 % et le nombre de chômeurs était estimé à 700 000 (deux actifs sur trois)... Les chiffres qui suivent vous montrent le chemin parcouru.
Bourguiba laissa à son successeur un pays debout, même s'il était affaibli par les violences islamistes (premiers attentats contre le tourisme en août 1987). Mais Ben Ali laissa un pays miné par les inégalités et gangrené par la corruption. La prospérité apparente (croissance économique moyenne de 5% par an) et l'augmentation régulière du revenu par habitant cachaient mal des inégalités entre les individus et les régions. Sous Bourguiba, la valeur du dinar est restée forte : pour avoir un dinar, il fallait donner deux dollars américains. A partir des années 1980, la dépréciation de la monnaie nationale sera non stop : aujourd'hui, il faut donner deux dinars pour avoir un seul dollar.

La production de richesses économiques (agricoles, minières et industrielles) ne cesse de baisser depuis la "révolution" : une régression nette du Produit intérieur brut (PIB) de 1,9 %  en 2011, une remontée brève en 2012 à +3,7%, puis une rechute à seulement +0,5% en 2015.
A ce rythme, l'économie tunisienne ne pourra jamais s'en sortir : fuite des capitaux tunisiens (certains investissent à l'étranger) et fuite normale des investisseurs étrangers. Ceux qui restent résistent, mais jusqu'à quand.
Le chômage touche plus de 700 000 personnes (autant qu'en 1956), dont plus de 240 000 diplômés de l'enseignement supérieur. Les mines de phosphates et la culture de l'alfa, qui faisaient autrefois la fierté de la Tunisie, sont moribondes. Le tourisme international est quasiment mort (et pour longtemps) : après avoir accueilli 7 millions d'étrangers en 2010, le pays n'a reçu que 923 000 en 2013... Des Tunisiens (minoritaires) continuent à scier une à une les branches qui font vivre l'arbre Tunisie. Ils n'arriveront jamais à l'abattre !






Evolution de la Tunisie entre 1956 et 2016

1. Introduction
Avant de vous dévoiler mes propres graphiques chiffrés sur la Tunisie (comment elle a évolué depuis son indépendance en 1956 à nos jours), je vous livre quelques observations personnelles.
A travers ces quelques "images" simples, on voit que l'évolution vertueuses des années 1956-2010 (hors aspects politiques) a commencé à s'inverser depuis 2011 (en raison justement des aspects politiques).
La première République, sous le règne d'une dictature éclairée de Habib Bourguiba (1956-1987) suivie par une dictature perverse sous Zine el Abidine ben Ali (1987-2011), a pu transformer la Tunisie d'un pays rural vers un pays "économiquement" développé. Mais l'accroissement manifeste des inégalités et des injustices sous Ben Ali ont entrainé sa chute.
Aveuglé par le pouvoir sans fin, Ben Ali a succombé à sa propre cupidité et à celle de son entourage familial. Sa police ne pouvait plus contenir la révolte de tout un peuple à partir de décembre 2010. Je dis bien révolte, et pas révolution...
Car Bourguiba en avait connues plusieurs révoltes : en 1968-1969 (la paysannerie se soulève contre la collectivisation des terres agricoles), puis en 1972 (les étudiants protestent contre la mainmise du parti unique, notamment lors du "samedi noir" du 5 février), ensuite en 1978 (c'est au tour des syndicats de manifester leur hostilité face au pouvoir, notamment lors de la grève générale du 28 février, le "jeudi noir"), ensuite en 1980 (attaque de la ville minière de Gafsa par commando tunisien entrainé en Libye et armé par le colonel Kaddafi, le 27 janvier) et, enfin, en décembre 1983-janvier 1984 (les émeutes du pain, dont le prix allait être doublé).
Bourguiba a su, chaque fois, remonter la pente, faire le dos rond et surtout parler à son peuple : je vous ai compris, on m'a induit en erreur (en résumé). Le peuple se remettait au travail... Hélas, le dernier coup lui sera fatal : il sera asséné par les intégristes du Mouvement de la tendance islamique (MTI) fondé par Rached Ghannouchi (chef local des frères musulmans). Pour mater la violence islamiste, Bourguiba fit appel à "son bras de fer", le général Ben Ali, qui ne tardera pas à le renverser (7 novembre 1987).
Ben Ali poursuivra la politique économique de Bourguiba, mais ne tardera pas à mettre le peuple tunisien sous un carcan policier et une chape de plomb. Et il laissera sa famille et sa belle-famille piller à leur aise l'économie nationale (grâce à des conseillers et des ministres serviles ainsi que l'aide d'avocats et de rabatteurs véreux). L'économie officielle tournait à plein régime. Avec un taux annuel de croissance moyen de 5 %, les inégalités étaient savamment camouflées. Jusqu'au jour où tout bascula.
Dépourvu du flair et de la sagesse de Bourguiba, Ben Ali ne comprit pas le message. Il n'a pas pu balayer autour de sa porte : sa mafia le tenait, en fait, à la gorge... Il prit la fuite, suivi par les plus grosses fortunes de son entourage.
Le peuple, occupé par sa révolte joyeuse, ne s'est aperçu de rien...
J'ai redit révolte. Car s'il s'agissait d'une révolution les choses ne se seraient certainement pas passées ainsi. Il y aurait des morts, des vengeances... Et ce n'est qu'après la révolte que les "politiciens" et les "opportunistes" de tous bords ont accaparé la victoire du peuple et proclamé la révolution et annoncé la deuxième République... Le peuple eut droit aux "Comités de sauvegarde de la révolution" et aux apparatchiks de l'ancien régime qui n'étaient pas partis et ceux de l'opposition qui rentraient fringants d'un exil doré à Londres ou à Paris.
Au lieu de reprendre le travail, en mettant fin à la dictature et en emprisonnant les corrompus, le régime provisoire a choisi, par bêtise et incompétence, de tout mettre à plat : la Constitution et les institutions ont été broyées, les prisons ont été vidées (y compris des bandits de grand chemin et des terroristes islamistes), les services de sécurité réduits à néant...
L'anarchie peut dès lors s'installer, les profiteurs s'en donner à coeur joie. Le provisoire durera plus de trois ans. Pour les nouveaux "élus" du peuple  plus le provisoire durait et plus ils s'enrichissaient, plus ils infiltraient les rouages de l'administration, de la justice et de la police.
Seule l'armée leur échappera, et c'est ce qui sauve (encore aujourd'hui) la Tunisie de la mafia pseudo islamiste, pseudo gauchiste et pseudo droit-de-l'hommiste. Le pays comptera désormais plus d'une centaine de partis politiques (contre une dizaine) et plusieurs centaines d'associations hors de tout contrôle (via lesquelles circulera l'argent sale et les idées religieuses les plus extrémistes). La société civile, formée et imprégnée du modernisme de Bourguiba (les parents de plus de 50 ans, leurs enfants et petits-enfants), est, avec l'armée, toujours debout et vaillante. Elle pourra certainement empêcher, grâce aux "valeurs" de la Tunisie, de ses traditions, de son patrimoine, de sa modération et de son réformisme politique (qui remonte au XIXe siècle), un basculement de la Tunisie dans l'escarcelle des musulmans intégristes. Mais, seule, elle ne pourra pas mettre fin à l'anarchie qui s'est emparée de la majorité des Tunisiens qui, dans un sursaut de survie, se débrouillent comme ils peuvent. L'économie parallèle est en train de tuer l'économie formelle, officielle. Le pouvoir en place ne sait où donner de la tête (insécurité intérieure, terrorisme, contre-bande, revendications sociales et régionales tous azimuts). La Tunisie a besoin d'un sursaut majeur, d'un grand visionnaire et courageux de la trempe de Bourguiba soutenu par un vaste mouvement politique intègre qui mette l'intérêt général au-dessus de tout. Et pas seulement en paroles.
A suivre... 2/ L'évolution en chiffres