Venons-en aux chiffres : ils parlent d'eux mêmes...
Dès sa prise du pouvoir en mars 1956, en tant que chef de gouvernement, puis en juillet 1957 en tant que président de la République (désigné par l'Assemblée constituante, il ne sera élu au suffrage universel qu'en novembre 1959), Bourguiba a mis la Tunisie en marche, sur la route d'un progrès qu'il savait très long et qu'il baptisait "le combat suprême" (d'où le surnom qu'on lui donna de "combattant suprême" : le combat contre la pauvreté, l'analphabétisme, l'obscurantisme. Il donna à son gouvernement plusieurs défis à relever à la fois : des écoles et des dispensaires partout, de l'eau potable et de l'électricité aussi loin que possible. En 1956, l'espérance de vie à la naissance dépassait à peine les 51 ans, le taux de scolarisation des enfants (de 6 à 14 ans) atteignait à peine 30 % dans les villes et 4 % dans les campagnes, l'accès à l'eau potable est disponible pour seulement 9 % de la population, l'analphabétisme touchait 85 % et le nombre de chômeurs était estimé à 700 000 (deux actifs sur trois)... Les chiffres qui suivent vous montrent le chemin parcouru.
Bourguiba laissa à son successeur un pays debout, même s'il était affaibli par les violences islamistes (premiers attentats contre le tourisme en août 1987). Mais Ben Ali laissa un pays miné par les inégalités et gangrené par la corruption. La prospérité apparente (croissance économique moyenne de 5% par an) et l'augmentation régulière du revenu par habitant cachaient mal des inégalités entre les individus et les régions. Sous Bourguiba, la valeur du dinar est restée forte : pour avoir un dinar, il fallait donner deux dollars américains. A partir des années 1980, la dépréciation de la monnaie nationale sera non stop : aujourd'hui, il faut donner deux dinars pour avoir un seul dollar.
La production de richesses économiques (agricoles, minières et industrielles) ne cesse de baisser depuis la "révolution" : une régression nette du Produit intérieur brut (PIB) de 1,9 % en 2011, une remontée brève en 2012 à +3,7%, puis une rechute à seulement +0,5% en 2015.
A ce rythme, l'économie tunisienne ne pourra jamais s'en sortir : fuite des capitaux tunisiens (certains investissent à l'étranger) et fuite normale des investisseurs étrangers. Ceux qui restent résistent, mais jusqu'à quand.
Le chômage touche plus de 700 000 personnes (autant qu'en 1956), dont plus de 240 000 diplômés de l'enseignement supérieur. Les mines de phosphates et la culture de l'alfa, qui faisaient autrefois la fierté de la Tunisie, sont moribondes. Le tourisme international est quasiment mort (et pour longtemps) : après avoir accueilli 7 millions d'étrangers en 2010, le pays n'a reçu que 923 000 en 2013... Des Tunisiens (minoritaires) continuent à scier une à une les branches qui font vivre l'arbre Tunisie. Ils n'arriveront jamais à l'abattre !
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