samedi 26 mars 2016

Evolution de la Tunisie entre 1956 et 2016

1. Introduction
Avant de vous dévoiler mes propres graphiques chiffrés sur la Tunisie (comment elle a évolué depuis son indépendance en 1956 à nos jours), je vous livre quelques observations personnelles.
A travers ces quelques "images" simples, on voit que l'évolution vertueuses des années 1956-2010 (hors aspects politiques) a commencé à s'inverser depuis 2011 (en raison justement des aspects politiques).
La première République, sous le règne d'une dictature éclairée de Habib Bourguiba (1956-1987) suivie par une dictature perverse sous Zine el Abidine ben Ali (1987-2011), a pu transformer la Tunisie d'un pays rural vers un pays "économiquement" développé. Mais l'accroissement manifeste des inégalités et des injustices sous Ben Ali ont entrainé sa chute.
Aveuglé par le pouvoir sans fin, Ben Ali a succombé à sa propre cupidité et à celle de son entourage familial. Sa police ne pouvait plus contenir la révolte de tout un peuple à partir de décembre 2010. Je dis bien révolte, et pas révolution...
Car Bourguiba en avait connues plusieurs révoltes : en 1968-1969 (la paysannerie se soulève contre la collectivisation des terres agricoles), puis en 1972 (les étudiants protestent contre la mainmise du parti unique, notamment lors du "samedi noir" du 5 février), ensuite en 1978 (c'est au tour des syndicats de manifester leur hostilité face au pouvoir, notamment lors de la grève générale du 28 février, le "jeudi noir"), ensuite en 1980 (attaque de la ville minière de Gafsa par commando tunisien entrainé en Libye et armé par le colonel Kaddafi, le 27 janvier) et, enfin, en décembre 1983-janvier 1984 (les émeutes du pain, dont le prix allait être doublé).
Bourguiba a su, chaque fois, remonter la pente, faire le dos rond et surtout parler à son peuple : je vous ai compris, on m'a induit en erreur (en résumé). Le peuple se remettait au travail... Hélas, le dernier coup lui sera fatal : il sera asséné par les intégristes du Mouvement de la tendance islamique (MTI) fondé par Rached Ghannouchi (chef local des frères musulmans). Pour mater la violence islamiste, Bourguiba fit appel à "son bras de fer", le général Ben Ali, qui ne tardera pas à le renverser (7 novembre 1987).
Ben Ali poursuivra la politique économique de Bourguiba, mais ne tardera pas à mettre le peuple tunisien sous un carcan policier et une chape de plomb. Et il laissera sa famille et sa belle-famille piller à leur aise l'économie nationale (grâce à des conseillers et des ministres serviles ainsi que l'aide d'avocats et de rabatteurs véreux). L'économie officielle tournait à plein régime. Avec un taux annuel de croissance moyen de 5 %, les inégalités étaient savamment camouflées. Jusqu'au jour où tout bascula.
Dépourvu du flair et de la sagesse de Bourguiba, Ben Ali ne comprit pas le message. Il n'a pas pu balayer autour de sa porte : sa mafia le tenait, en fait, à la gorge... Il prit la fuite, suivi par les plus grosses fortunes de son entourage.
Le peuple, occupé par sa révolte joyeuse, ne s'est aperçu de rien...
J'ai redit révolte. Car s'il s'agissait d'une révolution les choses ne se seraient certainement pas passées ainsi. Il y aurait des morts, des vengeances... Et ce n'est qu'après la révolte que les "politiciens" et les "opportunistes" de tous bords ont accaparé la victoire du peuple et proclamé la révolution et annoncé la deuxième République... Le peuple eut droit aux "Comités de sauvegarde de la révolution" et aux apparatchiks de l'ancien régime qui n'étaient pas partis et ceux de l'opposition qui rentraient fringants d'un exil doré à Londres ou à Paris.
Au lieu de reprendre le travail, en mettant fin à la dictature et en emprisonnant les corrompus, le régime provisoire a choisi, par bêtise et incompétence, de tout mettre à plat : la Constitution et les institutions ont été broyées, les prisons ont été vidées (y compris des bandits de grand chemin et des terroristes islamistes), les services de sécurité réduits à néant...
L'anarchie peut dès lors s'installer, les profiteurs s'en donner à coeur joie. Le provisoire durera plus de trois ans. Pour les nouveaux "élus" du peuple  plus le provisoire durait et plus ils s'enrichissaient, plus ils infiltraient les rouages de l'administration, de la justice et de la police.
Seule l'armée leur échappera, et c'est ce qui sauve (encore aujourd'hui) la Tunisie de la mafia pseudo islamiste, pseudo gauchiste et pseudo droit-de-l'hommiste. Le pays comptera désormais plus d'une centaine de partis politiques (contre une dizaine) et plusieurs centaines d'associations hors de tout contrôle (via lesquelles circulera l'argent sale et les idées religieuses les plus extrémistes). La société civile, formée et imprégnée du modernisme de Bourguiba (les parents de plus de 50 ans, leurs enfants et petits-enfants), est, avec l'armée, toujours debout et vaillante. Elle pourra certainement empêcher, grâce aux "valeurs" de la Tunisie, de ses traditions, de son patrimoine, de sa modération et de son réformisme politique (qui remonte au XIXe siècle), un basculement de la Tunisie dans l'escarcelle des musulmans intégristes. Mais, seule, elle ne pourra pas mettre fin à l'anarchie qui s'est emparée de la majorité des Tunisiens qui, dans un sursaut de survie, se débrouillent comme ils peuvent. L'économie parallèle est en train de tuer l'économie formelle, officielle. Le pouvoir en place ne sait où donner de la tête (insécurité intérieure, terrorisme, contre-bande, revendications sociales et régionales tous azimuts). La Tunisie a besoin d'un sursaut majeur, d'un grand visionnaire et courageux de la trempe de Bourguiba soutenu par un vaste mouvement politique intègre qui mette l'intérêt général au-dessus de tout. Et pas seulement en paroles.
A suivre... 2/ L'évolution en chiffres

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