vendredi 5 février 2016

La Tunisie marche sur la tête (1)

Je vais essayer d'expliquer ce qui se passe et ce que j'observe, dans la mesure du possible, pour tenter de comprendre comment et pourquoi la Tunisie de la modernité, de Bourguiba, a sombré corps et âme. Y a-t-il un espoir de la voir à nouveau debout, ouverte sur la modernité, travailleuse et mettant en avant la valeur-symbole de la "révolution" : la dignité ? Je vais essayer de le faire avec une série de "papiers" qui traiteront chacun d'un sujet principal. De façon concise, claire et utile à ceux qui me lisent. Je commence par le sujet n°1 : l'âge des dirigeants.

L'âge de ceux qui dirigent la Tunisie
La leçon de Bourguiba, qui est resté au pouvoir "jusqu'à la lie", trop vieux, trop longtemps jusqu'à être décrié même par ceux qui l'aiment, n'a apparemment servi à personne. Le président actuel Béji Caïd Essebsi, qui se dit un "disciple" (sic) de Bourguiba est né le 29/11/1926, soit  89 ans, n'a rien fait de bon depuis qu'il a mis les pieds au Palais de Carthage, au contraire. Il n'a pas tenu ses promesses électorales (notamment sur la laïcité et le redressement de l'Autorité de l'Etat) et s'est, contre toute attente, lié, les mains et les pieds, avec le parti rétrograde islamiste. Pour l'intérêt de qui ? Certainement pas de la Tunisie. Mais, pour le sien, avec cette alliance abjecte, il peut se la couler douce jusqu'à la fin de son mandat, si le peuple l'accepte... Car, au vu de l'évolution de la situation, depuis novembre 2015, le mot "Dégage" (contre Ben Ali) risque de l'être à nouveau brancardé contre lui. Ce qui se passe aussi à la tête de son parti, Nidaa Tounes, avec la main mise tolérée de son fils (nouveau né dans la scène politique) sur une aile du parti (déjà scindé en deux), est significatif du degré de népotisme politique dans le pays. Bourguiba n'a jamais toléré que son fils se mêle des affaires au sommet de l'Etat. Bourguiba Jr a certes occupé quelques fonctions officielles, mais jamais de cette façon si rapide et si maladroite... Le népotisme est aussi la marque de fabrique du parti islamiste. Qui dit népotisme, dit impunité. L'alliance Nidaa Tounes - Ennahda sert aussi à fermer les yeux sur les malversations commises dans les premières années post-révolution par les affairistes "nahdhaouis" (l'argent et le bon Dieu ont fait bon ménage sur la Tunisie des années 2011 et cela continue de belle manière !).
Le deuxième personnage, Mohamed Ennaceur, est né le 21/03/1934, soit 81 ans. Il est président du Parlement (rassemblement hiératique des "Elus du peuple"). Il a lui aussi les mains liées. Et comme le premier trop peu d'énergie à consacrer à la Tunisie et à ses problèmes. Quelle fin de carrière en beauté ! C'était le cas de son prédécesseur, Mustapha Ben Jaafar, né le 8 décembre 1940 (75 ans), qui a été propulsé président de l'Assemblée constituante en novembre 2011 grâce au soutien du parti islamiste, toujours fidèle à lui-même, opportuniste, maléable, au gré de ses intérêts. Ben Jaafar y restera jusqu'à son échec foudroyant à l'élection de la présidence de la République en novembre 2014 (0,67 % des voix). Il a su et pu (avoir le courage) d'élever une fois la voix (à l'adresse de son allié islamiste), mais c'était trop peu, trop tard. La Tunisie a perdu trois précieuses années à délibérer sur le projet d'une nouvelle Constitution.
Troisième personnage clé : le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chedly Ayari, né le 21/08/1933, soit 82 ans. La BCT est aujourd'hui sclérosée. Qu'on se rappelle l'époque de Hédi Nouira quand la Banque jouait le fer de lance de l'économie et savait s'imposer aux potentats de la Tunisie naissante. Le bilan de Ch. Ayari est maigre, trop maigre : le maintien  de la Banque sur ses pieds est certes important, mais c'est le minimum qu'on puisse exiger de lui. Les blocages actuels des leviers économiques et financiers sont innombrables. Les banques commerciales font quasiment ce qu'elles veulent... Le marché financier est un jouet entre les mains des loubards de la Bourse (vous savez peut-être ce qui s'est passé avec la quasi-faillite frauduleuse de la compagnie Syphax Airlines dont le patron continue, pince sans rire, à trôner au sein de l'Assemblée nationale comme élu du peuple, si !).
Le Premier ministre Habib Essid, né le 1er juin 1949, soit 66 ans, est un commis de l'Etat, honnête, mais pas exactement celui qu'il faut à la place qu'il faut : il faut à la Tunisie un homme du Verbe, de l'Action, de l'Autorité, un Homme qui galvanise les énergies, qui sanctionne les brebis qui sortent de la ligne droite (la loi), qui dise "non" quand il le faut sans scrupule. Dans l'intérêt bien compris de la Tunisie. 
Derrière ces hommes, on trouve des gens qui manipulent, qui tirent les ficelles, qui bloquent les choses quand elles ne les arrangent pas. On trouve notamment le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, né le 22 juin 1941 (74 ans), l'ex président Moncef Marzouki, né le 7 juillet 1945 (70 ans), et bien des farfelus de la politique politicienne, comme Hamma Hammami (8 janvier 1952, 64 ans), populiste à l'extrême, qui a oublié que le communisme et les kolkhozes sont morts et enterrés, comme Hechmi Hamdi (28 mars 1964, 51 ans), autre populiste-affairiste impatient de prendre l'assaut de Carthage. On trouve aussi des milliardaires aux mains sales qui jouent au lobbying comme on joue au billard... La scène politique, avec sa centaine de "partis" ou d'officines (dont les équipes se limitent au "patron" et à quelques suiveurs intéressés), ressemble aujourd'hui à un poulailler où le seul intérêt de ses "animaux" est de becqueter le maximum de "grains" et d'arriver au podium. Le patriotisme est, dans cet "Animal Farm" version tunisienne, un vain slogan.
Dirigée par autant de "vieux", la Tunisie d'aujourd'hui  ne compte pourtant dans sa population que 5 % de vieux (70 ans et plus) ou, pour être assez magnanime, de 10 % (en partant des 60 ans ou plus). Ces "vieux" qui gouvernent (mal, très mal) doivent sans tarder céder la main... Dans l'intérêt du pays.
Mais, peut-être, que le mal est fait. Car ma crainte est que les "mauvaises habitudes" qui se sont ancrées très vite depuis 2011 dans tous les rouages de la société ne puissent céder facilement la place aux "bonnes". Il est plus aisé de détruire que de construire.

lundi 25 janvier 2016

Comment tuer Daesh ?

Les adeptes de Daesh vivent dans leur moyen-âge, l'âge des guerres de religion. Pour eux, la démocratie est un non sens, puisque c'est Dieu qui gouverne le monde. Le chef de Daesh a bien dit, en s'autoproclamant calife (chef de tous les musulmans sur terre), qu'il a "reçu" un message de Dieu... Balivernes.
A la tête d'un groupe de « fous de Dieu », il menace aujourd'hui toute la Mésopotamie. On l'a laissé faire, voire on l'a encouragé parce que l'objectif premier était d'abattre le régime syrien d'Assad. Cet ancien captif des Américains en Irak a été libéré à la suite du départ des militaires américains. Il a pu, dans un Irak en guerre civile et religieuse, réunir autour de lui des zélés de l'ancien régime de Saddam Hussein. Il voulait prendre le pouvoir à Baghdad quand une "aubaine" s'est offerte à lui : l'affaiblissement du régime syrien en proie à la contestation. Il émigre facilement en territoire syrien et y prospère ! De là, il lance une "croisade" contre tous les mécréants et gagne en notoriété, aidé par les nouvelles technologies de télécommunications (inventées par les mécréants). Il a su attirer des milliers d'adeptes, en panne d'idéologie, en panne de tout. Ils trouvent une "cause" facile, se proclament "ennemis" de l'Occident et vont au combat les yeux fermés pour entrer au "paradis". Ils s'attaquent à des proies faciles et désarmées et profitent de la moindre faiblesse pour conquérir de nouvelles terres, comme la Libye, un pays qui a implosé après la chute de Kaddafi.
Ce mouvement qui sème la terreur est capable d'acheter et de se faire livrer des milliers de véhicules neufs tout terrain, des armes et des munitions, des moyens de télécommunication... Il vend le pétrole par des camions citerne qui traversent la Turquie. Il utilise les banques pour recevoir et transférer de l'argent... Comment fait-il ? Comment est-ce possible ? Comment laisse-t-on faire ?
Après les attentats à Paris, nous n’avons plus le droit à l’erreur. Il faut agir différemment. Bombarder les territoires de Daesh ne suffira, sauf à attiser encore plus la haine et le désir de vengeance de ses adeptes sur des citoyens désarmés.
 Le Conseil de sécurité des Nations unies, sinon les grandes puissances occidentales, doivent décréter un embargo total et immédiat sur tous les territoires occupés par Daesh : un embargo strict avec des sanctions sévères contre tous ceux qui coopèrent avec Daesh. Avec un tel embargo et la poursuite du harcèlement militaire, Daesh mourra par asphyxie.
 https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgB-LNbMTl06-yaYtxEV94AQzWeYvVTfteK_F4uGiyLyaYAv2WFDBcLfodUVIiHxYNSfvL_vtsFyV4UwUQ0SiWb88l52IUGryff4AL47E7V4Imw9FrCl5hYV8Kzk5KiJyTq7-borEFeZKk/s1600/droits.bmp

Tunisie : la "révolution" en danger de mort

Cinq ans après la chute du régime autoritaire de Ben Ali, la Tunisie n'arrive pas à s'en sortir. La déliquescence de l’État et l'anarchie des revendications (en partie justifiée et en partie manipulées par des chapelles syndicales et/ou politiques) sont la preuve manifeste de l'échec de toute la classe politique. Le pays est plus que jamais miné par la concussion et la corruption. La volonté d'accéder au pouvoir et d'y rester coûte que coûte est devenue une priorité, l'intérêt particulier primant sur l'intérêt général, d'où l'absence réelle d'une stratégie nationale de redressement économique, de lutte contre les inégalités sociales et régionales flagrantes , contre les fraudes fiscales, contre la contrebande, contre le chômage endémique et... contre le terrorisme. En fait, tout s'est aggravé depuis 2011, sauf la liberté qui est bien galvodée (incompétence, irresponsabilité...), le laisser-faire qui est devenu la règle, le népotisme qui est de retour ... Le Tunisien se sent "absolument" libre d'accuser qui il veut, comme il veut; de faire ce qu'il veut, où et quand il veut. Cette anarchie est visible à l’œil nu pour l'observateur même non averti.
Dans la Tunisie de 2016, l'extrême richesse et l'extrême pauvreté s'étalent devant les yeux de tous : les grosses voitures de luxe et les mendiants courent les rues. La valeur "travail" a cédé la place à la paresse et à la cupidité. L'enseignement secondaire est miné par une classe d'enseignants sans conscience qui limitent leur travail officiel au strict minimum et exigent de leurs élèves sous peine de sanction (mauvaises notes) de s'inscrire à leurs cours particuliers... L'Etat n'a rien fait pour stopper cette pratique dangereuse. Ces "profs" indignes s'enrichissent indûment, comme d'autres agents sans scrupules (douaniers, procureurs, juges, policiers...). Tous agissent au vu et au su de tout le monde. Des hommes d'affaires louches, bien connus sur la place publique, se mêlent des affaires politiques en proposant, motus et bouche cousue, leur aide financière à des hommes et à des partis politique.
Rien n'a été vraiment fait pour lutter contre les corrompus notoires de l'ère Ben Ali, la plupart ont été disculpés faute de preuves (sic). Ce qui accroît le sentiment populaire d'une justice aux ordres. Rien n'a été également fait pour juger les milliers de présumés terroristes arrêtés depuis trois ou quatre ans. Pas un procès public n'a eu lieu, pas une condamnation annoncée !
Les Tunisiens ont été gavés de discours et de débats télévisés. Mais les promesses n'ont pas été tenues. Au contraire, le parti politique dit modéré, Nidaa Tounes, arrivé en tête des élections de 2014, a trouvé bon de s'allier avec le parti qu'il honnissait pendant la campagne électorale, l'islamiste Ennahda. Cette alliance a empêché toute investigation sur les gestions catastrophiques précédentes : noyautage de l'administration grâce à des recrutements politiques; indemnisation des ex-militants emprisonnés sous les règnes de Bourguiba (1956-1987) et de Ben Ali (1987-2011), en premier les islamistes; redistribution des biens de l'Etat. Ces largesses pèsent énormément sur le budget de l'Etat. Les laissés-pour-compte regardent effarés la montée en puissance d'une néo-classe politique avide de pouvoir et d'argent. Sans vergogne.
Les PME auraient pu devenir le levier de l'emploi en Tunisie. Mais non !  Elles sont impitoyablement redressées par le fisc (n'y échappent que celles qui ont le bras long), obérées par des charges sociales en forte croissance. Autres gisements d'emplois, des milliers d'entreprises étrangères ont déserté le pays ou  ont renoncé de s'y installer à cause officiellement de l'insécurité, mais surtout de l'anarchie sociale et de l'incurie du pouvoir politique.
Au contraire, la contrebande ("contra" en langage tunisien) et le commerce parallèle ou clandestin (fripes, essence, électroménager, pièces auto...) tournent à plein régime, sans frein. Le constat est fait, y compris par le gouvernement. Mais, sur le terrain, les choses ne changent pas. Incapacité. La "force obscure" est au pouvoir dans le pays du Jasmin. La "révolution" tunisienne, qui a émergé du peuple, sans leader, est plus que jamais en danger de mort. Les maîtres mots "Dégage, Dignité" ont été vidés de leur sens par des dirigeants sans flamme et sans vision, des terroristes pseudo-islamistes, des opportunistes des tout acabit et de vrais affairistes. Désormais, il faudrait du temps, beaucoup de temps, de lucidité et de courage, pour remettre le pays sur les rails d'un développement éclairé. Ce pays qui a été honoré par le Nobel de la Paix mérite un autre destin que la gabegie et la chienlit.

 

mardi 25 octobre 2011

Résultats partiels sur 16 circonscriptions : Ennahdha largement en tête !

J'ai compilé les résultats officiels préliminaires de 16 circonscriptions électorales, dont 10 en Tunisie et 6 à l'extérieur (sur 33, dont 27 en Tunisie et 6 à l'étranger). Elles pèsent 87 sièges sur un total de 217, soit 40 % du total.
Les 16 sont : Béja, Jendouba, Sousse, Sfax (1 et 2), Nabeul (1 et 2), Tataouine, Gabès, Kébili ; et à l'extérieur : France (1 et 2), Allemagne, Italie, Amériques et reste de l'Europe, pays arabes et reste du monde.
Ces résultats sont indicatifs de la tendance : Le parti islamiste Ennahdha, avec déjà 37 sièges (sur 87) soit 42,5 % des sièges attribués, est bien parti pour dominer la future Assemblée constituante. Sans compter les partis ou autres listes proches de cette mouvance islamiste. Voici la répartition des 87 sièges :


Partis
Nombre de sièges
En %
Ennahdha
37
42,5
Parti du Congrès pour la République CPR (El Mo'ttamar)
14
16,1
Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement (El Aridha)
11
12,6
Ettakol
10
11,5
Parti démocratique progressiste PDP
5
5,7
Parti de l'Initiative (el Moubadara)
2
2,3
Affak Tounes
2
2,3
Militantisme social
1
1,1
Mouvement des patriotes démocrates
1
1,1
Pôle démocratique moderniste (El Qotb)
1
1,1
Alternative Revolutionnaire (POCT)
1
1,1
La voix de l'Indépendant
1
1,1
Pour un front national tunisie
1
1,1
Sièges attribués dans 16 circonscriptions (sur 33)
87
100,0

A suivre….
Samir GHARBI




































Elections tunisiennes


Une analyse des premiers résultats à l’étranger
Les Tunisiens de l’étranger ont eu droit à 18 sièges, soit 8,3 % du total (217). Selon une synthèse des résultats (tableau ci-dessous), le parti islamiste Ennahdha (traduit incorrectement par Renaissance) rafle 9 sièges (50 %), dont 4 en France. Mais on ne sait pas encore avec quel nombre de suffrages, ce résultat a été obtenu. Voici le tableau que j’ai reconstitué avec les premiers résultats annoncés par les autorités électorales tunisiennes ce matin (répartition du nombre de sièges).
PARTIS / CIRCONSCRITIONS
France
(10 sièges)
Allemagne
(1 siège)
Italie (3 sièges)
Pays arabes (2 sièges)
Etats-Unis et autres (2 sièges)
TOTAL (18 sièges)
Ennahdha
4
1
2
1
1
9
Congrès pour la République (CPR)
2
0
0
1
1
4
Ettakol
2
0
1
0
0
3
El Aridha (Pétition populaire pour la Liberté, la Justice et le Développement)
1
0
0
0
0
1
Pôle démocratique moderniste
1
0
0
0
0
1

C’est le blog de la circonscription électorale (France 1) – voir son site :  http://iriefrance1.blogspot.com/ - qui a été la meilleur dans la publication de ses résultats. Il a donné, le 25 octobre, un tableau précis des inscrits et des votants en nombre et en pourcentage pour chaque liste. Bravo !
Les autres circonscriptions ne donnent rien… Même l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE), la mieux équipée (sic), n’a publié, jusqu’à ce matin, que des résultats incomplets des pays étrangers en donnant le nombre de sièges gagnés par telle ou telle liste, en précisant parfois le pourcentage. Son site est d’une pauvreté affligeante (http://www.isie.tn).
On ne connait rien de consistant sur le nombre et la répartition des listes candidates en Tunisie et à l’étranger, le nombre de votants, etc. Les outils modernes de transmission et de communication ne sont, apparemment, pas encore à la portée de l’ISIE. Espérons que les Tunisiens auront une meilleure communication lors des prochaines élections.
Le système de vote choisi par les « autorités provisoires » défavorise – par sa proportionnelle biaisée et son découpage électoral alambiqué– les petits partis.
Exemple : en Allemagne, avec seulement 42,77 % des suffrages exprimés, le parti Ennahdha a pris le seul siège disponible (les 14 autres listes qui ont obtenu 57,23 % des votes sortent sans rien).
Autre exemple contradictoire : en France, avec un peu moins de 50 % des voix (45,8 % sur la circonscription France 1 et 49,88 % sur celle de France 2), Ennahdha obtient 4 sièges, soit 40 % des sièges (4 sur 10). Quatre autres partis obtiennent 6 sièges. Et toutes les autres listes (43) quittent bredouille.
Le système de répartition des sièges paraît également injuste quand on compare les résultats :
- Pour les pays arabes : Ennahdha gagne 1 siège avec 45,8 % des voix alors que le CPR gagne le même siège avec seulement 14,52 % des voix.
- En France (2), El Aridha gagne 1 siège avec 16,86 % des voix alors que Ettakol gagne le même siège avec 12,6 %.
Il est certain que tous les systèmes électoraux présentent des avantages et inconvénients. Mais chaque système est choisi pour un but bien déterminé : le système tunisien (« provisoire ») permet d’écrémer les partis (quatre ou cinq grand partis) et d’éliminer tous les autres « petits » partis et indépendants. Il créé donc un grand nombre de déçus ou de mécontents parmi les centaines de listes perdantes.
Le parti Ennahdha sort gagnant (chef de file de l’Assemblée constituante) a utilisé un formidable rouleau compresseur pour couvrir tout le territoire tunisien et toutes les pays d’immigration tunisienne. Il dispose de moyens humains et financiers les plus importants de tous. Sa structure militante, aguerrie par trente ans de lutte clandestine, parfois au grand jour et parfois violente (1981-2011), pénètre toutes les franges de la société tunisienne, et pas seulement les franges religieuses. Espérons qu’il saura rassembler, murir dans la légalité et le vrai combat démocratique politique, pour devenir un parti comme les autres et tirer la leçon de l’expérience européenne des partis dits chrétiens démocrates. La religion ne peut servir de programme en politique. Elle doit être seulement une sorte de bouclier moral contre la corruption, l’injustice, les inégalités (entre les hommes et les femmes, entre les régions, entre les entreprises) et tous les autres abus. Avec ce rappel, en Islam, seul Dieu est juge. Aucun musulman ne peut (ne doit) dicter aux autres sa propre façon de penser, sa propre façon de pratiquer la religion (prier, jeuner…), de s’habiller… Et si les musulmans pratiquaient seulement la moitié des préceptes coraniques – exemples : ne pas tricher, ne pas escroquer, ne pas voler, ne pas abuser des faibles, ne pas calomnier… - ils vivraient dans un monde bien meilleur.
Samir GHARBI