mardi 25 octobre 2011

Elections tunisiennes


Une analyse des premiers résultats à l’étranger
Les Tunisiens de l’étranger ont eu droit à 18 sièges, soit 8,3 % du total (217). Selon une synthèse des résultats (tableau ci-dessous), le parti islamiste Ennahdha (traduit incorrectement par Renaissance) rafle 9 sièges (50 %), dont 4 en France. Mais on ne sait pas encore avec quel nombre de suffrages, ce résultat a été obtenu. Voici le tableau que j’ai reconstitué avec les premiers résultats annoncés par les autorités électorales tunisiennes ce matin (répartition du nombre de sièges).
PARTIS / CIRCONSCRITIONS
France
(10 sièges)
Allemagne
(1 siège)
Italie (3 sièges)
Pays arabes (2 sièges)
Etats-Unis et autres (2 sièges)
TOTAL (18 sièges)
Ennahdha
4
1
2
1
1
9
Congrès pour la République (CPR)
2
0
0
1
1
4
Ettakol
2
0
1
0
0
3
El Aridha (Pétition populaire pour la Liberté, la Justice et le Développement)
1
0
0
0
0
1
Pôle démocratique moderniste
1
0
0
0
0
1

C’est le blog de la circonscription électorale (France 1) – voir son site :  http://iriefrance1.blogspot.com/ - qui a été la meilleur dans la publication de ses résultats. Il a donné, le 25 octobre, un tableau précis des inscrits et des votants en nombre et en pourcentage pour chaque liste. Bravo !
Les autres circonscriptions ne donnent rien… Même l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE), la mieux équipée (sic), n’a publié, jusqu’à ce matin, que des résultats incomplets des pays étrangers en donnant le nombre de sièges gagnés par telle ou telle liste, en précisant parfois le pourcentage. Son site est d’une pauvreté affligeante (http://www.isie.tn).
On ne connait rien de consistant sur le nombre et la répartition des listes candidates en Tunisie et à l’étranger, le nombre de votants, etc. Les outils modernes de transmission et de communication ne sont, apparemment, pas encore à la portée de l’ISIE. Espérons que les Tunisiens auront une meilleure communication lors des prochaines élections.
Le système de vote choisi par les « autorités provisoires » défavorise – par sa proportionnelle biaisée et son découpage électoral alambiqué– les petits partis.
Exemple : en Allemagne, avec seulement 42,77 % des suffrages exprimés, le parti Ennahdha a pris le seul siège disponible (les 14 autres listes qui ont obtenu 57,23 % des votes sortent sans rien).
Autre exemple contradictoire : en France, avec un peu moins de 50 % des voix (45,8 % sur la circonscription France 1 et 49,88 % sur celle de France 2), Ennahdha obtient 4 sièges, soit 40 % des sièges (4 sur 10). Quatre autres partis obtiennent 6 sièges. Et toutes les autres listes (43) quittent bredouille.
Le système de répartition des sièges paraît également injuste quand on compare les résultats :
- Pour les pays arabes : Ennahdha gagne 1 siège avec 45,8 % des voix alors que le CPR gagne le même siège avec seulement 14,52 % des voix.
- En France (2), El Aridha gagne 1 siège avec 16,86 % des voix alors que Ettakol gagne le même siège avec 12,6 %.
Il est certain que tous les systèmes électoraux présentent des avantages et inconvénients. Mais chaque système est choisi pour un but bien déterminé : le système tunisien (« provisoire ») permet d’écrémer les partis (quatre ou cinq grand partis) et d’éliminer tous les autres « petits » partis et indépendants. Il créé donc un grand nombre de déçus ou de mécontents parmi les centaines de listes perdantes.
Le parti Ennahdha sort gagnant (chef de file de l’Assemblée constituante) a utilisé un formidable rouleau compresseur pour couvrir tout le territoire tunisien et toutes les pays d’immigration tunisienne. Il dispose de moyens humains et financiers les plus importants de tous. Sa structure militante, aguerrie par trente ans de lutte clandestine, parfois au grand jour et parfois violente (1981-2011), pénètre toutes les franges de la société tunisienne, et pas seulement les franges religieuses. Espérons qu’il saura rassembler, murir dans la légalité et le vrai combat démocratique politique, pour devenir un parti comme les autres et tirer la leçon de l’expérience européenne des partis dits chrétiens démocrates. La religion ne peut servir de programme en politique. Elle doit être seulement une sorte de bouclier moral contre la corruption, l’injustice, les inégalités (entre les hommes et les femmes, entre les régions, entre les entreprises) et tous les autres abus. Avec ce rappel, en Islam, seul Dieu est juge. Aucun musulman ne peut (ne doit) dicter aux autres sa propre façon de penser, sa propre façon de pratiquer la religion (prier, jeuner…), de s’habiller… Et si les musulmans pratiquaient seulement la moitié des préceptes coraniques – exemples : ne pas tricher, ne pas escroquer, ne pas voler, ne pas abuser des faibles, ne pas calomnier… - ils vivraient dans un monde bien meilleur.
Samir GHARBI

1 commentaire:

  1. C'est avec soulagement et satisfaction que j'ai lu l'analyse du scrutin et la réflexion adjacente. Le mode proportionnel retenu a faussé quelque peu la donne en raison du nombre des partis postulants (plus d'une centaine !) dont certains ne comptaient pas assez d'adhérents pour remplir un bus comme l'avait si bien dit avec humour le premier ministre...provisoire. Qui peut s'étonner de la victoire du parti En-Nahda? Il est évident que ce parti qui a su tisser avec persévérance sa toile au sein des couches profondes de la population (avec quelque bienveillance notoire et calculée de l'ancien président déchu) gagne ces élections. Contrairement à ceux et celles que ces résultats inquiètent, il faut raison garder. Ce parti et en particulier son chef Ghannouchi (Bourguiba devait regretter depuis sa tombe de ne pas l'avoir exécuter) savent très bien que la Tunisie n'est ni l'Algérie (avec le FIS), ni l'Afghanistan (avec ses talibans), ni l'Iran (avec ses ayatollahs) et qu'il y a une vigilance permanente de la majorité de la population qui reste attachée à l'acquis comme le statut de la femme et la modernité tout en respectant les traditions séculaires spécifiques au pays.
    Je partage l'avis émis au sujet de la religion.
    J'invite les "islamistes" et tout citoyen à lire et relire le Coran qui est nettement plus tolérant que la "Charia" : une "confection" humaine au fil des ans.
    Restons confiants et attendons de voir les nouveaux dirigeants à l'oeuvre avant de s'alarmer et de juger. Et puis n'oublions pas la force silencieuse qui veille !
    Taïeb Brahim

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