mercredi 7 juin 2017

A propos du Qatar



Sa mise sous embargo par ses principaux voisins : les raisons profondes et bien au-delà…
 
Ce n’est pas pour défendre le Qatar que je vais vous donner mon analyse de la situation dans cette mini péninsule du Golfe arabo-persique. Six pays ont annoncé le 5 juin leur décision de rompre immédiatement toutes leurs relations avec le Qatar : les trois principaux voisins (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis), suivis par certains de leurs alliés proches et lointains (Yémen, Egypte et iles Maldives). Ces six pays ont demandé à leurs citoyens de ne plus se rendre au Qatar et de ne plus commercer avec lui.

Dans cette affaire, les plus gros perdants seront les pauvres travailleurs égyptiens au Qatar (ils sont environ 300 000). Je ne parlerai pas des investisseurs et autres profiteurs de la manne pétrolière et gazière du Qatar (plus de 150 milliards de dollars par an, trois fois le produit annuel de la Tunisie).

Le Qatar a réagi, sans surprise (car il était pré-informé) en demandant à tous les diplomates de ces pays de quitter le pays au plus tard avant l’Aïd (les pays musulmans ne respectent plus, je vous le dis, la trêve ramadanesque, tout comme les terroristes). Par réalisme, le Qatar épargne pour le moment les travailleurs égyptiens dont il ne peut pas se séparer d’un seul coup. Ils feront partie du « bras de fer » qui va marquer les rapports ou les négociations en vue d’une réconciliation…

La fermeture de la circulation terrestre, aérienne et maritime va bloquer tout le commerce de marchandises, en particulier les importations alimentaires du Qatar. Mais l’archi milliardaire qu’est le Qatar trouvera d’autres solutions pour s’en sortir de la tentative d’asphyxie opérée par ses chers « frères » et voisins. Il peut s’appuyer sur son allié iranien, sur la neutralité du Koweït et sur la bienveillance américaine (les Etats-Unis disposent au Qatar d’une importante base aérienne militaire de 10 000 soldats située à Al-Udeid).
Donc, ne pleurons pas sur le Qatar. Son seul gros risque concernera le déroulement de la Coupe du monde de football sur son sol (2022) : l’embargo tiendra-t-il encore jusqu’à 2022 ? Une première victime sera la construction, déjà reportée, du « pont de l’amitié » entre l’ile de Bahreïn et le Qatar : un pont de 45 km, dont les travaux devaient reprendre pour finir en 2022 juste avant le Mondial du foot. L’ile de Bahreïn, elle, est reliée depuis 1986 par la « chaussée du roi Fahd » avec la terre saoudienne (viaduc et ponts sur 25 km).

Que reproche-t-on officiellement au Qatar : son soutien au terrorisme (en particulier aux Frères musulmans, ennemis historiques de l’Arabie saoudite, de Nasser et du nouveau régime égyptien) et son alliance permanente avec l’Iran (le Qatar et l’Iran partagent une frontière maritime et des gisements offshores communs). Les Qataris sont-ils les seuls à soutenir une mouvance islamiste ? Non, évidemment. Les wahhabites et les salafistes sont soutenus par qui, sinon par les Saoudiens ?

Mais les raisons profondes de l’inimitié entre Qataris, Saoudiens, Bahreinis et Emiratis ont peut les trouver en relisant l’histoire de ces monarchies, en fait de ces tribus qui règnent de façon absolue sur des territoires vastes ou minuscules quasi désertiques et sous peuplés. Ils vivaient autrefois de la pêche, du commerce et des oasis, mais leurs rivalités se sont accrues avec la découverte d’énormes gisements énormes d’hydrocarbures.

Sur  le Bahreïn, position autrefois stratégique, règne, depuis 1783 et jusqu’à ce jour, la tribu puissante des Al-Khalifa. Cette tribu originaire du Nejd (centre de l’Arabie, avant l’avènement de tribu des Saoud) avait migré d’abord au Qatar où elle s’était renforcée.  C’est avec l’aide des Qataris qu’elle a pu  chasser les Perses de Bahreïn pour y prendre le pouvoir. Gourmands, les Bahreinis ont voulu ensuite conquérir le Koweït et le Qatar… Les agents britanniques, qui étaient très influents dans l’ensemble de la région, alors sous l’emprise des Ottomans (après les Perses et les Portugais notamment), ont mis le holà à l’ambition des al-Khalifa en 1867 : les forces bahreïnies répriment, cette année, une rébellion qatarie. Compromis britannique : les deux entités géographiques sont séparées. Les agents britanniques choisissent le chef de la tribu Banou Tamim, Al-Thani (grand commerçant installé à Doha) pour diriger la péninsule Qatarie (1868).

Après la défaite des Ottomans lors de la Première guerre mondiale, les Turcs se retirent du Qatar et le protectorat britannique est officialisé sur l’ensemble de la péninsule (1916). Le contrôle de cette péninsule était important pour les territoires de l’empire britannique en Asie (notamment l’Inde). Et son importance s’accroit avec les premières découvertes pétrolières dans les années 1930.
Comme tout a une fin, les Britanniques annoncent la fin de leur protectorat en 1968 et proposent aux neuf chefs des tribus régnantes de constituer un seul Etat : Bahreïn, Qatar, et sept autres émirats (Dubaï, Abou Dhabi, etc.). Cette fédération est mort-née : les neuf chefs rivaux n’arrivent pas à s’entendre sur le partage des pouvoirs et des richesses. Ainsi, chaque territoire devient indépendant en 1971 : Bahreïn en août, le Qatar en septembre alors que les six autres confettis forment une fédération (Emirats arabes unis, rejoints par le septième en 1972).

Toutes ses monarchies, qui sont encore et toujours sous influence anglo-saxonne, sont continuellement marquées par des rivalités de personnes (les vieux et leurs descendants), d’ambitions, de territoires, de pratiques religieuses opposées (sunnites, chiites…), de gouvernance (la place des femmes, les libertés, la politique). Au Qatar, on assiste à une politique économique et médiatique (création d’Al-Jazeera en 1996, avec l’aide de la BBC) audacieuse et moderniste, mais dans cet émirat, comme dans les autres, les partis politiques sont interdits…

Mais la concentration  des richesses la plus extraordinaire se trouve au Qatar : un territoire de 11 586 km2 (99% désertique), plus petit que le gouvernorat de Tataouine (38 900 km2), une population qatarie de 270 000 personnes, servie par 2 millions de travailleurs étrangers. Le premier gisement de pétrole « Dukhan » découvert on-shore en 1939 (exploité depuis 1949) est gigantesque. Le premier gisement de gaz, découvert en 1971 en mer, l’est encore plus (plus de 1 000 milliards de m3).
Les réserves en hydrocarbures sont aujourd’hui, par tête de Qatari, les plus importantes du Monde : les 270 000 Qataris possèdent ensemble un patrimoine de 25 milliards de barils de pétrole et six fois autant de gaz naturel (25 000 milliards de m3 de gaz naturel, soit l’équivalent de 150 milliards de barils de pétrole).

Combien de ce patrimoine va aux déshérités du monde ? Epsilon. La richesse produite chaque année est soit dépensée localement, soit placée à l’étranger (avoirs estimés actuellement à 335 milliards de dollars, trois fois plus qu’en 2005 lors de la création du Fonds souverain).  Pour le Mondial 2022, le Qatar va investir, selon les estimations, près de 200 milliards de dollars dans les infrastructures…

Questions : pourquoi financer le terrorisme et les sectarismes religieux, quand à la place, on peut, avec le même argent, financer la construction d’hôpitaux, d’écoles, de centres de recherches, de terrains et des salles de sport, des bibliothèques, des routes, des réseaux d’eau potable et d’électricité, en faveur des peuples qui n’ont pas eu la chance de d’avoir un sous-sol aussi riche que le Qatar ? Pourquoi  l’émir du Qatar ne le fait-il pas ? Est-ce par bêtise, par ignorance, par égoïsme ? Est-ce plus facile de fomenter les troubles chez les autres ? Est-ce plus amusant de jouir de la souffrance des autres, de les maintenir dans le besoin et dans la misère ? Les gisements d’hydrocarbures ne doivent-ils pas faire l’objet d’une taxation mondiale au profit de la lutte contre le sous-développement économique, social, éducationnel, sanitaire, partout dans le monde ? Après tout, les gisements du sous-sol (hydrocarbures, or et diamants) ne sont-ils pas les fruits d’une sédimentation naturelle de plusieurs millions d’années. Le hasard a fait que dame Nature soit injuste en apparence avec les Hommes qui naissent sur Terre. Mais ce hasard n’est-il pas une nécessité pour les équilibres terrestre et cosmique ? La Nature laissent aux Hommes le soin de gérer les richesses où qu’elle se trouve au profit de l’Humanité entière. Et c’est, à mon sens, le sens premier des « religions » qui recommandent ou exigent des Croyants, dotés d’une conscience, de faire avant tout le Bien et d’éviter le Mal. Pour la Paix. Et non la Domination, la Destruction et la Mort.

lundi 1 mai 2017

Terrorisme : la lutteuse tunisienne...

Lors de son audition le 21 avril dernier, à l’Assemblée nationale, par la « Commission d'investigation concernant les réseaux impliqués dans l'envoi des jeunes tunisiens vers les zones de combat », le ministre tunisien de l’Intérieur, Hédi Mejdoub a rendu public quelques faits qui vous laissent pantois, qui font froid au dos : le nombre de cellules de recrutement et d’acheminement de Tunisien(ne)s vers les zones de combat de Daesh (en Libye, Syrie, Irak…) qui ont été démantelées est passé de 100 cellules en 2013, à 197 en 2015 et 245 en 2016. Soit au total 542 cellules. Selon lui, le nombre de personnes traduites à la Justice a atteint 339 en 2015 et 245 en 2016, soit un total de 584.
Mais le ministre ne dit absolument rien sur le devenir de ces personnes arrêtées : ont-elles étaient jugées ? libérées ? sont-elles encore détenues ? On ne sait également rien sur le sort de ces milliers de « terroristes » arrêtés par les gouvernements successifs depuis 2012. Le Premier ministre Youssef Chahed n’a-t-il pas reconnu, lors de son dernier entretien télévisé sur la chaîne nationale (16/4), que la « Justice tunisienne » est très (trop) lente, qu’elle manque de moyens, mais qu’il va y remédier en renforçant ses moyens dans les mois et années à venir ! Les choses pourront s’accélérer si, par malheur, le terrorisme frappe à nouveau…
Le ministre estime que le nombre de Tunisiens « djihadistes » est de l’ordre de 4 600 dont 3 000 combattent toujours (1 800 en Syrie, 900 en Libye et 300 ailleurs), 800 auraient regagné le pays (il ne précise pas si ces derniers ont été tous arrêtés ou laissés en liberté) et 800 autres décédés sur place au combat ou autrement (on sait que Daesh tue ses déserteurs). Soit un taux de mortalité de seulement 17%...
Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Mais ils sont indicatifs du danger qui guettent la Tunisie de la part de ses propres enfants égarés, enturbannés, manipulés, drogués, attirés par le paradis et les vierges du ciel…
Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que le ministre ajoute, l’air de rien, que grâce aux efforts sécuritaires, 27 371 personnes ont été empêchées de quitter le territoire depuis 2013, avant cette date, il n’y avait pas de contrôle. C’est dire le « potentiel » d’attraction que les sbires de Daesh exercent encore et toujours sur la jeunesse tunisienne.
Ceci explique cela : cette « force obscure » cherche aujourd’hui à écarter l’instigatrice de cette Commission parlementaire, la députée de Tunis, Leïla Bougatef Chettaoui, 50 ans, qui vient de démissionner de Nidaa Tounes, et qui est donc désormais indépendante. Elle se bat seule, contre tous, en particulier ceux de son propre parti, qui « va, dit-elle, droit dans le mur ».
Membre de la Commission, elle s’attend à être limogée par son rival de Nidaa Tounes, Soufiane Toubel, 41 ans, député de Gafsa (que certains accusent d’être un ancien agent de la propagande de Ben Ali). « Ces gens (ndlr : la direction de Nidaa Tounes) n’ont plus aucun principe, de garde-fou, c’est fini, tout est possible. »
Lors de son passage à l’émission de « Midi Show » sur les ondes de Mosaïque FM, le 1er mai, elle a également dénoncé le fait que la Tunisie ait accueilli en 2012 (ndlr : sous le gouvernement Marzouki-Jebali ) un   « Mufti de Daesh » (dont elle n’a pas dit le nom).
 Je vous résume : « Ce mufti, on lui avait déroulé le tapis rouge et on l’a autorisé à se déplacer dans divers gouvernorats du pays où il avait attiré un premier groupe de Tunisiens candidats au « djihad ». Ce groupe a été rassemblé à l’intérieur d’une mosquée sous la direction du « mufti » qui les a embrigadés. Après ce lavage de cerveau, ce groupe a été emmené en Libye où il a été entrainé dans trois casernes sous le commandant du rebelle libyen Abdelhakim Belhaj (dont le nom a été révélé par des membres de ce groupe arrêtés en Tunisie après leur retour de Syrie et de Libye. »
Qui a autorisé ce « mufti » à entrer et à se balader en Tunisie ? Qui l’a surveillé ? Y a-t-il des rapports de la police ? Toutes ces questions, elle va les poser aux autorités qu’elle s’apprête à saisir d’une enquête…

Photo : Leïla Chettaoui, lors de son émission à la Radio Mosaique FM (DR)

samedi 22 avril 2017

Quand la valeur du dinar entame une chute libre...



En quelques jours, les propos de notre ministre des Finances, Lamia Zribi, ont entrainé une baisse brutale de la valeur du dinar, une monnaie déjà malade de la mauvaise conjoncture économique officielle et de la contrebande, de l'importation sauvage des marchandises, de la fuite des capitaux, de la rareté des devises... La demande de devises étant plus forte que l'offre, c'est normal que le dinar baisse.


 
 Précision : Graphiques : les données sont celles de la BCT


La ministre des Finances voulait faire preuve de pédagogie en expliquant sur les antennes de la radio (le 18/4) que l'économie tunisienne va mal, qu'il faut être optimiste, mais que la situation est encore difficile. Et, paroles plus graves, que la Banque centrale, dit-elle, n'a plus les moyens de venir davantage au secours du dinar (en vendant des devises aux banques commerciales, elle augmente ainsi l'offre et limite la baisse).
Quand c'est un ministre qui le dit, cela signifie qu'il faut s'attendre à ce que la valeur du dinar "glisse encore" (comme elle le dit) vers le taux fatidique de 1 euro pour 3 dinars... La ministre affirme que les autorités n'ont pas l'intention de "dévaluer" (comme ce fut le cas en Egypte), mais son propos implique que notre gouvernement va laisser faire le marché libre (le dinar flotte de façon "administrée" depuis Ben Ali, c'est-à-dire contrôlée par la Banque centrale, BCT), et que si les devises ne viennent pas (des exportations, des investissements, des touristes) ou que si le pays n'arrête pas d'importer librement (de la Turquie notamment) des biens de consommation, la BCT va continuer à manquer gravement de devises... Conséquence : le dinar va tomber jusqu'au niveau souhaité par les autorités pour équilibrer les comptes...
Ben Ali nous a laissé un taux de 1 euro = 1,92 dt; aujourd'hui, nous avons 1 euro = 2,57 dt (soit une perte de 25 % de la valeur du dinar).
A qui la faute ? Aux mauvaises politiques gouvernementales depuis 2011 : elles n'ont pas cherché l'intérêt général du pays, en ouvrant notre marché à l'invasion des produits turcs, en embauchant plus de 200 000 fonctionnaires en trop, en fermant les yeux sur les trafics et sur la corruption à grande échelle qui sévit dans les douanes, le fisc, partout, en se courbant devant les milliardaires (qui sortent les devises par millions), devant les islamistes (qui ont enfanté les terroristes, lesquels ont tué notre tourisme), devant les syndicalistes (qui ont semé l'anarchie des revendications), devant l'étalement des richesses (par une minorité) et l'explosion des inégalités, et, pour finir, ces mêmes autorités (depuis 2011 à nos jours), disent au peuple : débrouille toi pour survivre... S'il faut voler, vole, s'il faut pour cela tuer, tue, s'il faut traficoter, traficote, bref, que chacun fasse ce que bon lui semble. C'est étonnant : plus un pays s'appauvrit et décline, et plus le nombre de partis politiques augmente (plus de 150 dans notre Tunisie) ! C'est bizarre, non !
Et quand le Premier ministre actuel montre des signes de vouloir "réformer" en profondeur en touchant évidemment les intérêts des Politiques, des Syndicats et des Mafieux, il devient "mal aimé" et on cherche à le déstabiliser petit à petit...