Sa mise sous embargo par ses principaux voisins :
les raisons profondes et bien au-delà…
Ce n’est pas pour
défendre le Qatar que je vais vous donner mon analyse de la situation dans
cette mini péninsule du Golfe arabo-persique. Six pays ont annoncé le 5 juin leur
décision de rompre immédiatement toutes leurs relations avec le Qatar :
les trois principaux voisins (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis),
suivis par certains de leurs alliés proches et lointains (Yémen, Egypte et iles
Maldives). Ces six pays ont demandé à leurs citoyens de ne plus se rendre au
Qatar et de ne plus commercer avec lui.
Dans cette affaire, les
plus gros perdants seront les pauvres travailleurs égyptiens au Qatar (ils sont
environ 300 000). Je ne parlerai pas des investisseurs et autres
profiteurs de la manne pétrolière et gazière du Qatar (plus de 150 milliards de
dollars par an, trois fois le produit annuel de la Tunisie).
Le Qatar a réagi, sans
surprise (car il était pré-informé) en demandant à tous les diplomates de ces
pays de quitter le pays au plus tard avant l’Aïd (les pays musulmans ne
respectent plus, je vous le dis, la trêve ramadanesque, tout comme les
terroristes). Par réalisme, le Qatar épargne pour le moment les travailleurs
égyptiens dont il ne peut pas se séparer d’un seul coup. Ils feront partie du
« bras de fer » qui va marquer les rapports ou les négociations en
vue d’une réconciliation…
La fermeture de la
circulation terrestre, aérienne et maritime va bloquer tout le commerce de
marchandises, en particulier les importations alimentaires du Qatar. Mais
l’archi milliardaire qu’est le Qatar trouvera d’autres solutions pour s’en sortir
de la tentative d’asphyxie opérée par ses chers « frères » et
voisins. Il peut s’appuyer sur son allié iranien, sur la neutralité du Koweït
et sur la bienveillance américaine (les Etats-Unis disposent au Qatar d’une
importante base aérienne militaire de 10 000 soldats située à Al-Udeid).
Donc, ne pleurons pas sur
le Qatar. Son seul gros risque concernera le déroulement de la Coupe du monde
de football sur son sol (2022) : l’embargo tiendra-t-il encore jusqu’à
2022 ? Une première victime sera la construction, déjà reportée, du « pont
de l’amitié » entre l’ile de Bahreïn et le Qatar : un pont de 45 km,
dont les travaux devaient reprendre pour finir en 2022 juste avant le Mondial
du foot. L’ile de Bahreïn, elle, est reliée depuis 1986 par la « chaussée
du roi Fahd » avec la terre saoudienne (viaduc et ponts sur 25 km).
Que reproche-t-on
officiellement au Qatar : son soutien au terrorisme (en particulier aux
Frères musulmans, ennemis historiques de l’Arabie saoudite, de Nasser et du
nouveau régime égyptien) et son alliance permanente avec l’Iran (le Qatar et l’Iran
partagent une frontière maritime et des gisements offshores communs). Les
Qataris sont-ils les seuls à soutenir une mouvance islamiste ? Non,
évidemment. Les wahhabites et les salafistes sont soutenus par qui, sinon par
les Saoudiens ?
Mais les raisons
profondes de l’inimitié entre Qataris, Saoudiens, Bahreinis et Emiratis ont
peut les trouver en relisant l’histoire de ces monarchies, en fait de ces
tribus qui règnent de façon absolue sur des territoires vastes ou minuscules
quasi désertiques et sous peuplés. Ils vivaient autrefois de la pêche, du
commerce et des oasis, mais leurs rivalités se sont accrues avec la découverte
d’énormes gisements énormes d’hydrocarbures.
Sur le Bahreïn, position autrefois stratégique, règne,
depuis 1783 et jusqu’à ce jour, la tribu puissante des Al-Khalifa. Cette tribu originaire
du Nejd (centre de l’Arabie, avant l’avènement de tribu des Saoud) avait migré
d’abord au Qatar où elle s’était renforcée.
C’est avec l’aide des Qataris qu’elle a pu chasser les Perses de Bahreïn pour y prendre
le pouvoir. Gourmands, les Bahreinis ont voulu ensuite conquérir le Koweït et
le Qatar… Les agents britanniques, qui étaient très influents dans l’ensemble
de la région, alors sous l’emprise des Ottomans (après les Perses et les
Portugais notamment), ont mis le holà à l’ambition des al-Khalifa en 1867 :
les forces bahreïnies répriment, cette année, une rébellion qatarie. Compromis britannique
: les deux entités géographiques sont séparées. Les agents britanniques
choisissent le chef de la tribu Banou Tamim, Al-Thani (grand commerçant
installé à Doha) pour diriger la péninsule Qatarie (1868).
Après la défaite des Ottomans
lors de la Première guerre mondiale, les Turcs se retirent du Qatar et le
protectorat britannique est officialisé sur l’ensemble de la péninsule (1916). Le
contrôle de cette péninsule était important pour les territoires de l’empire
britannique en Asie (notamment l’Inde). Et son importance s’accroit avec les
premières découvertes pétrolières dans les années 1930.
Comme tout a une fin, les
Britanniques annoncent la fin de leur protectorat en 1968 et proposent aux neuf
chefs des tribus régnantes de constituer un seul Etat : Bahreïn, Qatar, et
sept autres émirats (Dubaï, Abou Dhabi, etc.). Cette fédération est mort-née :
les neuf chefs rivaux n’arrivent pas à s’entendre sur le partage des pouvoirs
et des richesses. Ainsi, chaque territoire devient indépendant en 1971 : Bahreïn
en août, le Qatar en septembre alors que les six autres confettis forment une fédération
(Emirats arabes unis, rejoints par le septième en 1972).
Toutes ses monarchies,
qui sont encore et toujours sous influence anglo-saxonne, sont continuellement
marquées par des rivalités de personnes (les vieux et leurs descendants), d’ambitions,
de territoires, de pratiques religieuses opposées (sunnites, chiites…), de
gouvernance (la place des femmes, les libertés, la politique). Au Qatar, on
assiste à une politique économique et médiatique (création d’Al-Jazeera en
1996, avec l’aide de la BBC) audacieuse et moderniste, mais dans cet émirat,
comme dans les autres, les partis politiques sont interdits…
Mais la concentration des richesses la plus extraordinaire se
trouve au Qatar : un territoire de 11 586 km2 (99% désertique), plus
petit que le gouvernorat de Tataouine (38 900 km2), une population qatarie
de 270 000 personnes, servie par 2 millions de travailleurs étrangers. Le
premier gisement de pétrole « Dukhan » découvert on-shore en 1939
(exploité depuis 1949) est gigantesque. Le premier gisement de gaz, découvert
en 1971 en mer, l’est encore plus (plus de 1 000 milliards de m3).
Les réserves en
hydrocarbures sont aujourd’hui, par tête de Qatari, les plus importantes du
Monde : les 270 000 Qataris possèdent ensemble un patrimoine de 25
milliards de barils de pétrole et six fois autant de gaz naturel (25 000 milliards
de m3 de gaz naturel, soit l’équivalent de 150 milliards de barils de pétrole).
Combien de ce patrimoine
va aux déshérités du monde ? Epsilon. La richesse produite chaque année
est soit dépensée localement, soit placée à l’étranger (avoirs estimés
actuellement à 335 milliards de dollars, trois fois plus qu’en 2005 lors de la
création du Fonds souverain). Pour le
Mondial 2022, le Qatar va investir, selon les estimations, près de 200
milliards de dollars dans les infrastructures…
Questions : pourquoi financer le terrorisme et les sectarismes
religieux, quand à la place, on peut, avec le même argent, financer la construction
d’hôpitaux, d’écoles, de centres de recherches, de terrains et des salles de
sport, des bibliothèques, des routes, des réseaux d’eau potable et d’électricité,
en faveur des peuples qui n’ont pas eu la chance de d’avoir un sous-sol aussi
riche que le Qatar ? Pourquoi l’émir
du Qatar ne le fait-il pas ? Est-ce par bêtise, par ignorance, par égoïsme ? Est-ce
plus facile de fomenter les troubles chez les autres ? Est-ce plus amusant
de jouir de la souffrance des autres, de les maintenir dans le besoin et dans
la misère ? Les gisements d’hydrocarbures ne doivent-ils pas faire l’objet
d’une taxation mondiale au profit de la lutte contre le sous-développement
économique, social, éducationnel, sanitaire, partout dans le monde ? Après
tout, les gisements du sous-sol (hydrocarbures, or et diamants) ne sont-ils pas
les fruits d’une sédimentation naturelle de plusieurs millions d’années. Le
hasard a fait que dame Nature soit injuste en apparence avec les Hommes qui
naissent sur Terre. Mais ce hasard n’est-il pas une nécessité pour les équilibres
terrestre et cosmique ? La Nature laissent aux Hommes le soin de gérer les
richesses où qu’elle se trouve au profit de l’Humanité entière. Et c’est, à mon
sens, le sens premier des « religions » qui recommandent ou exigent
des Croyants, dotés d’une conscience, de faire avant tout le Bien et d’éviter
le Mal. Pour la Paix. Et non la Domination, la Destruction et la Mort.
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