Vous remarquerez que les journaux ont arrêté de parler des « élections
municipales ». Ils ont séché. C’est-à-dire qu’ils n’ont plus rien à dire…
parce qu’ils ne travaillent pas sur les « résultats bruts » publiés
par l’ISIE (commune par commune, sous format PDF, à raison de 3 pages par commune
x 350 communes, soit près de 1 000 pages…). L’ISIE ne veut pas publier les
synthèses qu’elle a remis aux « prépondérants » (ceux qui la
gouvernent), et pas au public, ni aux médias… Incroyable, mais vrai !
Incroyable aussi - mais
ça arrive en Tunisie des choses tous les jours encore plus incroyables – le fait
que ces élections, envisagées dès 2011, ont été constamment repoussées. Et que,
de 2011 à 2018, la nouvelle loi qui régira les régions et les communes (Code
des collectivités locales, CCL) n’a été votée que le 26 avril 2018, pour des élections
tenues le 6 mai. Et que ce code attend toujours ses décrets d’application…
Les candidats et les électeurs ont donc été appelés à voter
pour des conseils municipaux (au nombre de 350) dont ils ne savent rien :
quelles sont leurs compétences, leur financement, leurs attributions… Et l’on
se demande après pourquoi les électeurs se sont abstenus…
Personne ne vous a rien dit également sur les « conseils
régionaux » (au nombre de 24) dont on ne sait pas comme leurs membres « élus »
seront choisis ? Ni par qui ? C’est un grand mystère. Le CCL dit qu’ils
sont élus pour cinq ans – comme les municipaux, mais ne précise pas comment ?
Ceci dit, venons en aux chiffres globaux : Sur les 8,5
millions de Tunisiens en âge de voter, seuls se sont inscrits 5,4 millions, et
seuls ont voté 1,9 million… Beaucoup de Tunisiens, sept ans après la « Révolution
démocratique », ne savent pas pourquoi il faut s’inscrire ? En Europe
(démocratique), l’inscription sur les listes électorales est gérée par les
Mairies. En Tunisie, c’est l’ISIE qui en est responsable… La direction actuelle de Mohamed Tlili Mansri
ne ressemble pas à celle de Kamel Jendoubi ni à celle de Chafik Sarsar. Cette
discontinuité entraine des méthodologies de travail différentes… Le
savoir-faire dans le management se perd à chaque changement.
Le nombre de partis politiques est telle (la Tunisie en
compte 213) que les lecteurs ne savent plus « pour qui voter ». Les « noyaux
durs » de chaque grand parti (Ennahdha et Nidaa) se mobilisent et
profitent de cette abstention record (2/3 du corps électoral). Plus les
électeurs s’abstiennent, plus cela profitent aux « prépondérants ».
Le phénomène des 860 « listes indépendantes » (dont certaines ont été
montées par les « prépondérants ») n’est pas gage de démocratie, mais
témoigne du manque de crédibilité et de visibilité des partis constitués. L’écrasante
majorité des Tunisiens a perdu confiance dans « la politique telle qu’elle
est pratiquée » depuis 2011à cause
des déceptions successives : démagogie, trahison, corruption…
Les « indépendants » sont arrivés en tête avec 600 000
voix (chiffre arrondi). Ils ont ainsi gagné 2 367 sièges (sur un total de
7 194 sièges attribués). Mais ces « indépendants » ne forment
pas un ensemble cohérent – comme les élus d’un même parti - mais un ensemble disparate, dont on peut
craindre le pire, à quelques exceptions notables près (comme la commune de l’Ariana).
J’ai entendu un élu « indépendant » promettre de régulariser toutes
les constructions réalisées sans « permis de construire »… Où va-t-on ? J’espère que les électeurs
n’auront pas à se mordre les doigts...
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