lundi 14 mai 2018

Elections municipales : des résultats préliminaires…

L’ISIE a enfin publié – le 13 mai, sur son site - les résultats préliminaires. Les résultats définitifs sont promis pour le 13 juin. Vous avez bien lu : le 13 juin. C'est-à-dire plus d’un mois après le vote !
Elle l’a fait à sa façon, sans synthèse nationale. Cette institution est responsable de bout en bout des élections, de leurs préparatifs jusqu’aux résultats. Elle ne fournit aucun tableau des résultats globaux (pour la Tunisie entière), comme le font tous les organismes de ce genre dans les autres pays démocratiques.
Donner des résultats « commune par commune » est une chose. Elle a son utilité. Mais les résultats au niveau national permettent d’avoir une idée globale, de faire des comparaisons, avant de passer aux résultats détaillés… L’ISIE ne donne au public aucune synthèse officielle des résultats. Et c’est pareil pour les élections précédentes, législatives et présidentielles.
Vous n’aurez, sur le site, que des centaines et des centaines de feuilles (en PDF) ou en… capture d’écran (une idée géniale qui montre surtout la paresse et la négligence, sinon l’amateurisme). Si vous voulez étudier les résultats électoraux, pour une thèse universitaire ou un article, vous n’avez qu’à additionner pendant des heures et des heures les micro-résultats…
Cette attitude de l’ISIE dénote d’une volonté de maintenir les citoyens dans l’ignorance. Son statut parle pourtant de « transparence »… Mais qui s’en soucie ? Les « prépondérants » (ceux qui nous gouvernent) disposent eux de toutes les données…
Prenez un peu de votre temps, et consultez le site de l’ISIE…
Moi, j’ai pris un peu de mon temps, par curiosité et par plaisir, pour compiler les données (commune par commune) afin d’obtenir une vue d’ensemble sur les « listes » qui sont arrivées en tête. Je partage avec vous mes découvertes. A titre privé (pas d’usage professionnel, svp).
Qui est arrivé en tête dans les communes et avec quel score ?
J’ai parlé de déclin des partis au pouvoir. C’est vrai, mais d’un certain point de vue (le nombre d’électeurs a fortement baissé). Mais d’un autre point de vue, celui de la « mainmise » sur le pouvoir, rien n’a changé, et rien ne changera de sitôt.
Les deux principaux partis, qui se partagent le pouvoir depuis 2014, ne vont gentiment pas remettre une parcelle de leurs pouvoirs aux autres… Les deux partis en question – Ennahda et Nidaa Tounes, alliés contre nature (en apparence) – sont arrivés en tête dans 238 communes sur 350, soit 68% du total. Et par le jeu des prochaines alliances entre eux et les « Indépendants », ils auront un contrôle quasi-total sur la scène locale, qui s’ajoute à leur contrôle sur l’Assemblée, sur le Gouvernement et sur l’Administration centrale. L’hégémonie d’un seul parti (le RCD) cède la place à celle de deux partis, qui sont comme les deux mains d’un même corps ou les deux poches d’une même veste. Dans certaines communes, l’émiettement des scores facilitera cette mainmise.
Les deux partis disposent séparément, selon ma compilation,d’une majorité absolue (plus de 50 % des sièges) dans 36 communes, dont 23 pour Ennahdha et 13 pour Nidaa Tounes. Ils peuvent s’associer pour rassembler une majorité absolue (à eux deux) dans au moins 147 autres communes… Les « Indépendants » (certains le sont vraiment, d’autres sont des sous-marins) ne contrôleront que 7 communes (avec plus de 50 % des sièges). Les autres partis – s’ils font preuve d’intelligence – pourront se rassembler pour contrôler – et désigner le maire – dans une douzaine de communes. L’avenir nous le dira.




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