lundi 14 mai 2018

Eaux minérales : de cause à effet…

La 27e usine de production d’eau minérale en Tunisie a ouvert ses portes le 16 avril dernier. Cinq autres sont en projet, selon le directeur général de l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie, Rzig Oueslati. Avec cette nouvelle unité industrielle, la production tunisienne d’eaux minérales devrait avoisiner les 2 milliards de litres en 2018-2019. Contre à peine 300 millions de litres en 2001…
Ce bond en avant ne s’explique pas seulement par l’élévation du niveau de vie des Tunisiens (et de leur pouvoir d’achat), mais surtout – à mon avis – par la détérioration manifeste de la qualité de l’eau du robinet. Faute d’une eau « publique » de bonne qualité, le Tunisien est obligé de consommer une « eau privée » en bouteille…
A qui profite le « crime » dirait l’autre ? A l’industrie de l’eau minérale, pardi ! Elle progresse bon an mal an de 7 %, soit cinq fois plus que la croissance démographique.
Chacun de nous a remarqué que la qualité de l’eau du robinet s’est nettement détériorée depuis une dizaine d’années. Elle est devenue presqu’imbuvable. On n’a pas besoin de laboratoires d’analyses pour le savoir. Mais, si l’Etat faisait son travail, si les institutions de contrôle sanitaire faisaient le leur, on découvrira que l’eau du robinet est de moins en moins potable. Et la SONEDE elle-même, qui le sait, devrait le dire. Ne pas vérifier la qualité de l’eau du robinet, c’est un crime contre les Tunisiens !
Tous les Tunisiens ne peuvent pas se permettre d’acheter de l’eau minérale pour boire, pour cuisiner, pour se laver les dents, pour faire son café…
Cette situation profite évidemment aux industriels de l’eau minérale, qui forment sans aucun doute un « lobby » puissant dont l’intérêt est satisfait avec le mot d'ordre : « consommer plus de bouteilles ».
D’une consommation d’appoint et de goût, l’eau minérale est devenue une obligation. Vous la trouverez partout, y compris, sous le soleil (ce qui n’est un gage de bonne conservation).
Le « lobby de l’eau minérale», comme tous les lobbies dans le monde, a intérêt à ce que ses ventes augmentent constamment et… ses bénéfices. La dernière usine a coûté la bagatelle de 17 millions de dinars. Plus vite ils seront amortis, plus l’investisseur se portera mieux.
Alors, c’est bien de fanfaronner en disant que le Tunisien consomme aujourd’hui, en moyenne, 170 litres par an (contre 31 litres en 2001), quatre fois plus que la moyenne mondiale, davantage que le Français (125 litres) ou le Belge (130), presqu’autant que l’Allemand (175). La Tunisie se classe, belle performance, au 12e rang mondial. Et le « lobby » ambitionne de nous faire gagner encore quelques places pour figurer parmi le « Top 10 ».
Je ne dirai rien de mal, si cette progression rime avec amélioration du niveau de vie des Tunisiens en général. Et qu’elle s’accompagne aussi d’une amélioration de l’eau potable. Mais, les chiffres démontrent que ce n’est hélas pas le cas ! La consommation d’eau minérale augmente constamment parce que l’eau du robinet devient de moins en moins potable. Et que les autorités ne font rien pour que l’eau du robinet s’améliore ! (Ah, mais les tarifs de la SONEDE ne cessent, eux, d’augmenter).
Je lance un appel pour que l’eau du robinet soit analysée sur tout le territoire tunisien (cela peut entrer dans la responsabilité des nouveaux conseils municipaux, si ces derniers ont vraiment à cœur la santé de leurs citoyens). Et je demande que ces analyses soient faites par des laboratoires indépendants (au moins deux analyses contradictoires par test) et soient, évidemment rendues publiques. Et longue vie, bien sur, à notre eau minérale que nous apprécions depuis la fameuse – et désormais rarissime – « Ain Oktor ».

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