samedi 26 mars 2016

L'économie tunisienne entre 1956 et 2016 (2)


Venons-en aux chiffres : ils parlent d'eux mêmes...
Dès sa prise du pouvoir en mars 1956, en tant que chef de gouvernement, puis en juillet 1957 en tant que président de la République (désigné par l'Assemblée constituante, il ne sera élu au suffrage universel qu'en novembre 1959), Bourguiba a mis la Tunisie en marche, sur la route d'un progrès qu'il savait très long et qu'il baptisait "le combat suprême" (d'où le surnom qu'on lui donna de "combattant suprême" : le combat contre la pauvreté, l'analphabétisme, l'obscurantisme. Il donna à son gouvernement plusieurs défis à relever à la fois : des écoles et des dispensaires partout, de l'eau potable et de l'électricité aussi loin que possible. En 1956, l'espérance de vie à la naissance dépassait à peine les 51 ans, le taux de scolarisation des enfants (de 6 à 14 ans) atteignait à peine 30 % dans les villes et 4 % dans les campagnes, l'accès à l'eau potable est disponible pour seulement 9 % de la population, l'analphabétisme touchait 85 % et le nombre de chômeurs était estimé à 700 000 (deux actifs sur trois)... Les chiffres qui suivent vous montrent le chemin parcouru.
Bourguiba laissa à son successeur un pays debout, même s'il était affaibli par les violences islamistes (premiers attentats contre le tourisme en août 1987). Mais Ben Ali laissa un pays miné par les inégalités et gangrené par la corruption. La prospérité apparente (croissance économique moyenne de 5% par an) et l'augmentation régulière du revenu par habitant cachaient mal des inégalités entre les individus et les régions. Sous Bourguiba, la valeur du dinar est restée forte : pour avoir un dinar, il fallait donner deux dollars américains. A partir des années 1980, la dépréciation de la monnaie nationale sera non stop : aujourd'hui, il faut donner deux dinars pour avoir un seul dollar.

La production de richesses économiques (agricoles, minières et industrielles) ne cesse de baisser depuis la "révolution" : une régression nette du Produit intérieur brut (PIB) de 1,9 %  en 2011, une remontée brève en 2012 à +3,7%, puis une rechute à seulement +0,5% en 2015.
A ce rythme, l'économie tunisienne ne pourra jamais s'en sortir : fuite des capitaux tunisiens (certains investissent à l'étranger) et fuite normale des investisseurs étrangers. Ceux qui restent résistent, mais jusqu'à quand.
Le chômage touche plus de 700 000 personnes (autant qu'en 1956), dont plus de 240 000 diplômés de l'enseignement supérieur. Les mines de phosphates et la culture de l'alfa, qui faisaient autrefois la fierté de la Tunisie, sont moribondes. Le tourisme international est quasiment mort (et pour longtemps) : après avoir accueilli 7 millions d'étrangers en 2010, le pays n'a reçu que 923 000 en 2013... Des Tunisiens (minoritaires) continuent à scier une à une les branches qui font vivre l'arbre Tunisie. Ils n'arriveront jamais à l'abattre !






Evolution de la Tunisie entre 1956 et 2016

1. Introduction
Avant de vous dévoiler mes propres graphiques chiffrés sur la Tunisie (comment elle a évolué depuis son indépendance en 1956 à nos jours), je vous livre quelques observations personnelles.
A travers ces quelques "images" simples, on voit que l'évolution vertueuses des années 1956-2010 (hors aspects politiques) a commencé à s'inverser depuis 2011 (en raison justement des aspects politiques).
La première République, sous le règne d'une dictature éclairée de Habib Bourguiba (1956-1987) suivie par une dictature perverse sous Zine el Abidine ben Ali (1987-2011), a pu transformer la Tunisie d'un pays rural vers un pays "économiquement" développé. Mais l'accroissement manifeste des inégalités et des injustices sous Ben Ali ont entrainé sa chute.
Aveuglé par le pouvoir sans fin, Ben Ali a succombé à sa propre cupidité et à celle de son entourage familial. Sa police ne pouvait plus contenir la révolte de tout un peuple à partir de décembre 2010. Je dis bien révolte, et pas révolution...
Car Bourguiba en avait connues plusieurs révoltes : en 1968-1969 (la paysannerie se soulève contre la collectivisation des terres agricoles), puis en 1972 (les étudiants protestent contre la mainmise du parti unique, notamment lors du "samedi noir" du 5 février), ensuite en 1978 (c'est au tour des syndicats de manifester leur hostilité face au pouvoir, notamment lors de la grève générale du 28 février, le "jeudi noir"), ensuite en 1980 (attaque de la ville minière de Gafsa par commando tunisien entrainé en Libye et armé par le colonel Kaddafi, le 27 janvier) et, enfin, en décembre 1983-janvier 1984 (les émeutes du pain, dont le prix allait être doublé).
Bourguiba a su, chaque fois, remonter la pente, faire le dos rond et surtout parler à son peuple : je vous ai compris, on m'a induit en erreur (en résumé). Le peuple se remettait au travail... Hélas, le dernier coup lui sera fatal : il sera asséné par les intégristes du Mouvement de la tendance islamique (MTI) fondé par Rached Ghannouchi (chef local des frères musulmans). Pour mater la violence islamiste, Bourguiba fit appel à "son bras de fer", le général Ben Ali, qui ne tardera pas à le renverser (7 novembre 1987).
Ben Ali poursuivra la politique économique de Bourguiba, mais ne tardera pas à mettre le peuple tunisien sous un carcan policier et une chape de plomb. Et il laissera sa famille et sa belle-famille piller à leur aise l'économie nationale (grâce à des conseillers et des ministres serviles ainsi que l'aide d'avocats et de rabatteurs véreux). L'économie officielle tournait à plein régime. Avec un taux annuel de croissance moyen de 5 %, les inégalités étaient savamment camouflées. Jusqu'au jour où tout bascula.
Dépourvu du flair et de la sagesse de Bourguiba, Ben Ali ne comprit pas le message. Il n'a pas pu balayer autour de sa porte : sa mafia le tenait, en fait, à la gorge... Il prit la fuite, suivi par les plus grosses fortunes de son entourage.
Le peuple, occupé par sa révolte joyeuse, ne s'est aperçu de rien...
J'ai redit révolte. Car s'il s'agissait d'une révolution les choses ne se seraient certainement pas passées ainsi. Il y aurait des morts, des vengeances... Et ce n'est qu'après la révolte que les "politiciens" et les "opportunistes" de tous bords ont accaparé la victoire du peuple et proclamé la révolution et annoncé la deuxième République... Le peuple eut droit aux "Comités de sauvegarde de la révolution" et aux apparatchiks de l'ancien régime qui n'étaient pas partis et ceux de l'opposition qui rentraient fringants d'un exil doré à Londres ou à Paris.
Au lieu de reprendre le travail, en mettant fin à la dictature et en emprisonnant les corrompus, le régime provisoire a choisi, par bêtise et incompétence, de tout mettre à plat : la Constitution et les institutions ont été broyées, les prisons ont été vidées (y compris des bandits de grand chemin et des terroristes islamistes), les services de sécurité réduits à néant...
L'anarchie peut dès lors s'installer, les profiteurs s'en donner à coeur joie. Le provisoire durera plus de trois ans. Pour les nouveaux "élus" du peuple  plus le provisoire durait et plus ils s'enrichissaient, plus ils infiltraient les rouages de l'administration, de la justice et de la police.
Seule l'armée leur échappera, et c'est ce qui sauve (encore aujourd'hui) la Tunisie de la mafia pseudo islamiste, pseudo gauchiste et pseudo droit-de-l'hommiste. Le pays comptera désormais plus d'une centaine de partis politiques (contre une dizaine) et plusieurs centaines d'associations hors de tout contrôle (via lesquelles circulera l'argent sale et les idées religieuses les plus extrémistes). La société civile, formée et imprégnée du modernisme de Bourguiba (les parents de plus de 50 ans, leurs enfants et petits-enfants), est, avec l'armée, toujours debout et vaillante. Elle pourra certainement empêcher, grâce aux "valeurs" de la Tunisie, de ses traditions, de son patrimoine, de sa modération et de son réformisme politique (qui remonte au XIXe siècle), un basculement de la Tunisie dans l'escarcelle des musulmans intégristes. Mais, seule, elle ne pourra pas mettre fin à l'anarchie qui s'est emparée de la majorité des Tunisiens qui, dans un sursaut de survie, se débrouillent comme ils peuvent. L'économie parallèle est en train de tuer l'économie formelle, officielle. Le pouvoir en place ne sait où donner de la tête (insécurité intérieure, terrorisme, contre-bande, revendications sociales et régionales tous azimuts). La Tunisie a besoin d'un sursaut majeur, d'un grand visionnaire et courageux de la trempe de Bourguiba soutenu par un vaste mouvement politique intègre qui mette l'intérêt général au-dessus de tout. Et pas seulement en paroles.
A suivre... 2/ L'évolution en chiffres

jeudi 24 mars 2016

La démocratie face au néo-terrorisme




Les terroristes – pseudo djihadistes - ont horreur de la démocratie, ils sont sanguinaires, barbares, sans foi ni loi. Ils jouissent du mal qu'ils font aux autres et plus on parle d'eux plus leurs commanditaires jubilent...
Notre néo-démocratie n'a toujours pas trouvé ni la méthode ni les moyens pour les neutraliser, les punir, les éradiquer. Elle est encore trop timorée.
Le néo-terroriste, jeune de moins de trente ans, ne réfléchit pas. Il est aveuglé par la haine, avec un visage blafard et une volonté bestiale. Il ne veut plus vivre avec nous, parmi nous, il veut nous détruire tout simplement.
Et nous, comment réagit-on ? Nous, l’Autorité – personnifiée par ses élus, son gouvernement, sa justice, sa police, son armée, etc. -  passe son temps à réfléchir. Elle prend des gants et applique le droit démocratique... Nous, les victimes, on se lamente, puis on passe à autre chose...
La méthode pour extirper le mal est pourtant simple : dès que la Police ou l’Armée identifie ou attrape  un terroriste, pris les armes de la terreur à la main, on doit pouvoir le juger, selon la procédure des flagrants délits, sans trop attendre. Les terroristes identifiés doivent être jugés immédiatement par contumace et, s’ils sont reconnus coupables, doivent être condamnés, eux et leurs complices avérés, à une peine unique et irréductible : la perpétuité.
Face à une situation exceptionnelle,  l’Autorité décide de l’Etat d’urgence, de la contre-lutte armée… Mais nos lois restent celles des situations « ordinaires ». Face au néo-terrorisme, il faut, en plus, changer les lois car les victimes ne peuvent attendre des années avant de voir juger les terroristes.
La nouvelle loi devrait permettre de les passer en jugement sans attendre ceci ou cela, surtout sans leur permettre de louvoyer avec la loi, de la manipuler avec l’aide de leurs avocats... S'est-on jamais inquiété de savoir qui paie et comment les avocats du terroriste ?
Donc, je veux dire que notre Etat se doit d’adapter l'arsenal juridique, dans le respect d'une démocratie bien comprise (après tout, c'est elle qui est visée à travers ce néo-terrorisme). Les terroristes et les apprentis complices doivent, en effet, savoir qu'ils risquent de passer le restant de leur vie en prison.
Notre jeune démocratie doit, en effet, dissuader les jeunes qui souhaitent rejoindre le camp terroriste et leurs complices, de passer à l’action : la sanction sera implacable et immédiate. Depuis deux ou trois, des centaines de terroristes ont été arrêtés. A ma connaissance, aucun d'entre eux n'a encore été jugé ! De quoi alimenter des doutes sur la capacité et le sérieux de notre Etat, de nos procureurs, de notre justice. Tant d’efforts, tant de souffrances de la part de ceux qui les ont arrêtés ne méritent pas cette triste fin.
Bien sûr qu’il y aura des gens, des élus et des droits-de-l’hommistes naifs ou malintentionnés, pour croire que le terroriste a ses droits, celui d’être jugé comme les autres. Mais le terroriste est-il un homme ou une femme comme les autres ? Non. Devrons-nous laisser notre jeune démocratie se noyer dans les procédures judiciaires ? Je vous laisse répondre.
Face à une situation nouvelle et exceptionnelle, il faut une législation anti-terroriste tout aussi exceptionnelle.