mardi 30 juillet 2019

Tunisie : Zbidi président ?



Le ministre de la Défense, Abdelkarim Zbidi, était la dernière personnalité à être reçu à Carthage par feu Béji Caïd Essebsi, trois jours avant son décès le 25 juillet. Il est certain que les propos échangés – tenus secrets – vont peser dans la future carrière politique d’un homme qui évolue dans la discrétion absolue depuis 1999.  Un homme qui ne manque pas de finesse, d’intelligence et d’esprit critique. Un homme qui est entré en politique pour ses compétences techniques. Et qui est resté toujours – en apparence – un « technicien ». Il connaît – de par sa formation – le fonctionnement du corps humain de la tête au pied. Il a brillé dans sa plus importante fonction : ministre de la Défense (un cumul de plus de quatre ans). S’il est apprécié par les troupes, il l’est aussi – et le sera, c’est une évidence –  par le peuple qui ne le connaît pas bien mais qui ne lui connait aucune sale affaire. Un père, une épouse et un enfant. C’est tout.
A 69 ans, A.Z. voit – dans les méandres de la classe politique tunisienne exécrée depuis 2011 – un nouvel horizon s’ouvrir devant lui. Un peu comme Macron en France, face aux malversations et à l’incompétence des prétendants au pouvoir. Macron a réussi à trouver une voie passante sans parti sur le dos. Zbidi a évidemment moins de temps devant lui : 45  jours. De quoi a-t-il besoin ? D’un vaste soutien populaire (mobilisable grâce aux réseaux sociaux, ce mouvement semble avoir déjà commencé). Il suffit qu’il dise : oui, je suis candidat, oui, je peux apporter un souffle nouveau, du sang neuf à ce pays qui souffre tant des magouilles… Sans parti politique, il peut capter 10 000 signatures dans au moins 10 circonscriptions du pays. Ou obtenir le parrainage de 10 députés ou de 40 maires. Avant le 9 août, dernier délai pour déposer sa candidature avec une caution financière de 10 000 dinars… L’élection aura lieu le 15 septembre (1er tour).
Mais, parions, dès qu’il déclarera sa candidature, celui qui a dit « je ne sais mentir », va subir les pires attaques de nos médiocres hommes politiques qui ne cherchent que la chaise et le pouvoir de la chaise. Regardez déjà la liste des prétendants et vous tombez dans le ridicule. Aucun ne bénéficie d’une aura comme celle de Zbidi, ni de légitimité. Tous ou presque ont déjà essayé et subi une gifle (moins de 5% des suffrages). Et ceux qui veulent se présenter n’ont pas brillé par le sainteté religieuse, ni par les résultats de leur passage au pouvoir. Tous se sont enrichis en moins de 10 ans et amassé des biens en leur nom, ou aux noms de leurs proches (épouse, enfants, prête-noms). L’Etat, affaibli par des années de mal gouvernance, est incapable de réagir, ses pieds et ses mains sont ligotés par les corrupteurs.
A.Z. est né le 25 juin 1950 à Rejiche, ville côtière à 7 km au sud de Mahdia, de près de 15 000 habitants (hors période estivale). Il fait sa première entrée dans la fonction politique le 17 novembre 1999 en tant que secrétaire d’Etat dans le 1er gouvernement formé par Mohamed Ghannouchi, Premier ministre (lequel a succédé à Hamed Karoui). Sous Ben Ali, tous les responsables étaient obligés d’être membres du parti présidentiel, le RCD. Je n’ai trouvé, dans mes recherches, aucune fonction lui ayant été attribuée au sein du RCD.
Jusque là, il a exercé des métiers conformes à sa formation médicale : un doctorat en Médecine à Lyon (1981) avec des spécialités en Physiologie, Biologie et Pharmacologie. Il est tantôt professeur, tantôt expert, notamment auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (1992). Il a contribué à plusieurs ouvrages scientifiques et dirigé plusieurs thèses en médecine.
Qu’a dit récemment A.Z. ? Je lis dans la revue « Acharaa » datée du 30 juillet :
  “إلى حدّ الآن لا استطيع أن أقول شيئا …ما يمكنني قوله فقط وتأكيده .. إني معني إلا إذا كان لدي ما اضيف للبلاد”. http://acharaa.com/ar/436143
Je traduis : « Je ne peux rien vous dire à présent. Ce que je peux dire avec insistance : je suis concerné (par la candidature à la Présidentielle) si je me sens capable d’apporter un « plus »  à la Tunisie ». Evidemment qu’il peut apporter un grand « plus » en le débarrassant de ses malfrats d’abord et en donnant le bon exemple dans sa conduite du gouvernement et de l’administration. Il pourra certainement compter sur l’armée.
A cette déclaration récente, je vous prie d’écouter cet extrait vidéo de  l’intervention qu’il a faite en 30 novembre 2017 à 15h devant les députés de la Nation. Il était interrogé par les députés lors de la discussion du budget du ministère de la Défense devant l’assemblée. A la fin de son intervention, il dresse son propre portrait de façon humoristique – mais pas anodine… Il dit : « Je ne pourrais jamais être politicien. Vous savez pourquoi ? Parce que je ne peux ni mentir, ni camoufler un mensonge ». Les députés applaudissent, mais leur visage est devenu jaune. https://www.huffpostmaghreb.com/2017/12/01/abdelkrim-zbidi-humour-ar_n_18695758.html
Cette scène – prise à la légère – est d’une grande profondeur. Elle témoigne de l’esprit critique, à la limite, sarcastique. Pour lui, un « politicien » est synonyme de « menteur ». Il a désormais le grand devoir devant l’Eternel de nous prouver le contraire.
Tableau (incomplet) de la carrière « politique » de Abdelkarim Zbidi
 Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la Recherche scientifique et de la Technologie
Gouvernement
Mohamed Ghannouchi
De 1999 à 2001

Ministre de la Santé publique
Gouvernement
Mohamed Ghannouchi
Du 23/01/2001 au 8/10/2001

Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Recherche scientifique et de la Technologie
Gouvernement
Mohamed Ghannouchi
Du 8/10/2001 à 5/09/2002
Pas de fonctions officielles
???
De 2002 à 2005
Doyen de la faculté de médecine de Sousse.

De 2005 à 2008
Pas de fonctions officielles
???
De 2008 à 2011
Ministre de la Défense
Gouvernement
Mohamed Ghannouchi
Du 27/01/2011 au 27/2/2011
Ministre de la Défense
Gouvernement
Béji Caïd Essebsi
Du 27/02/2011 à 12/2011

Ministre de la Défense
Gouvernement
Hamadi Jebali
De 12/2011 à 03/
2013
Pas de fonctions officielles
Il refuse la nomination comme chargé de mission au cabinet du ministre de la Santé publique, Abdellatif Mekki (juin 2013).
2013 à 2017
Ministre de la Défense
Gouvernement
Youssef Chahed
Du 6/09/2017 à ce jour

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