dimanche 21 avril 2019

A propos du Soudan




Encore un dictateur de "dégagé". Après Bouteflika, le peuple a, au Soudan aussi, obtenu gain de cause. Les manifestations qui ont commencé le 19 décembre 2018 ont abouti, le 11 avril, à la déchéance du dictateur. Mais la liste des dictateurs dans les pays arabes est encore bien trop longue Le nombre de pays arabes "non démocratiques" s'élève encore au moins à dix-sept (sur un total de 22). Seule la Tunisie est classée parmi les pays démocratiques (par le groupe de média britannique The Economist), quatre pays sont classés dans une situation "hybride" (Liban, Irak, Maroc et Palestine). Les 17 autres pays vivent avec un régime "autoritaire".



Alaa Salah a fait surtout la Une du quotidien Libération (France, 12 avril). Si je vous en parle, c'est parce ce genre de traitement de l'information n'existe pas dans la presse arabe...

Elle a 22 ans, et a osé faire l'impossible dans un pays ou l'islam sunnite a embrigadé le peuple depuis 1983. Le général Gaafar Nimeiri , dictateur en poste depuis 1969, décide - pour plaire aux Saoudiens - de promulguer la Charia à tous les Soudanais et d'interdire l'alcool, de fermer les bars, de déverser dans le Nil des milliers de bouteilles de Whisky confisquées... Fini la rigolade ! Il sera renversé en 1985 par un autre général et ainsi de suite... Mais le peuple soudanais, qui avait été asservi par les colons anglais et égyptiens, se réveille. Le plus remarquable, les femmes prennent la parole. En tête, Alaa Salah. Qui a fait la Une de la presse française... Exemples...


A propos de la guerre civile au Yémen



Le dessin de Libération (France, 16 avril) est parlant. Il illustre l’hypocrisie des vendeurs et le mensonge des acheteurs d’armes…


Les antimilitaristes français reprochent à leur gouvernement d’avoir vendu des armements à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis : des Chars, des blindés, des obus, des avions, des hélicoptères, des radars, etc., des armements utilisés contre la rébellion Houthi dans la guerre du Yémen. Voir le document : https://www.arte.tv/sites/story/reportage/yemen-des-armes-made-in-france/
Mais il n’y a pas que la France qui vend des armes aux pays du Golfe, il y a les Etats-Unis et le Royaume uni.
Le Yémen est un pays meurtri par les guerres depuis très longtemps : des rivalités tribales et religieuses, attisées par des puissances extérieures, en particulier l’Arabie saoudite et son ennemi ancestral, l’Iran. Ces guerres ont causé des centaines de milliers de morts parmi les Yéménites (dont près de 100 000 depuis 2015). Des villes sont détruites, avec leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs infrastructures. Tout cela pour le « pouvoir ». Pour que les uns imposent leur propre façon de pratiquer la religion aux autres.  Ce genre de « guerre civile » (attisée par des interventions étrangères) existe depuis 1986 en Somalie (un pays lui aussi membre de la Ligue arabe), elle perdure en Syrie (près de 450 000 morts) et en Irak qui a connu de nombreuses guerres (dont deux guerres civiles chiites/sunnites entre 2006-2009 et 2013-2017) ; elle se développe actuellement en Libye depuis 2011 (plus de 25 000 morts)… Le Liban l’avait subie entre 1975 et 1990 (près de 200 000 morts).
Pour le Yémen, les hostilités opposent des Yéménites adeptes du sunnisme (soutenus par les Saoudiens) et des Yéménites adeptes du chiisme (soutenus par les Iraniens). Entre les deux, il y a une population innocente, des femmes, des enfants…
La coalition armée, créée à l’initiative des Saoudiens en 2015, rassemble plusieurs pays arabes (Egypte, Emirats, Bahreïn, Jordanie, Koweït, Maroc, Soudan). Elle veut déloger les Houtistes, soutenus par l’Iran, du pouvoir.
C’est malheureux que des rivalités religieuses, cristallisées après la mort du Prophète, continuent jusqu’à ce jour à semer le malheur en terre d’Islam (et ailleurs). Islam signifie Paix, mais pour certains soumission et asservissement.


samedi 6 avril 2019

Tunisie : encore un tour de passe passe

Monastir, Tunisie, le 6 avril 2019. Lors de la commémoration de la mort du président Habib Bourguiba, il s'est trouvé un malin successeur, le 4e après Ben Ali et Marzouki, Béji Caid Essebsi. Ce dernier, qui avait gardé le silence lors des funérailles - massacrées - par Ben Ali et son sbire Abdelwaheb Abdallah, se proclame aujourd'hui "bourguibiste". Avec un tour de passe passe politique, tellement visible et risible que Bourguiba s'en moquerait ou s'en amuserait outre tombe. "Ah, celui-là, qu'est-ce qu'il me sort aujourd'hui !".
BCE a même osé organisé le congrès de son parti Nidaa Tounes, le même jour, et à Monastir... Le matin, il procède à la cérémonie de commémoration et juste après il passe prononcer le discours inaugural de son congrès. Il se positionne comme le continuateur du Bourguibisme : celui qui a combattu l’analphabétisme et libéré les Tunisiens du joug colonial puis les femmes, tout en créant les infrastructures nécessaires au développement futur du pays. Bourguiba n'a jamais placé son fils à la tête de son parti. Bourguiba Jr était un homme compétent, et son père l'a employé comme tel : à la banque, aux Affaires étrangères, comme conseiller. Jamais Bourguiba n'a autorisé son fils à abuser de sa position de fils du Président.
Que fait BCE, il permet à son fils de prendre la direction du parti et, demain, le pouvoir... si les Tunisiens tombent dans le panneau. Ou le tour de passe opéré par BCE à la tribune du congrès. Il a évoqué ce problème d'"héritage du pouvoir", mais en le balayant de la main. Comme il a balayé de la main la question crucial de l'échec de son mandat à la tête de l'Etat (2014-2019). Oui, dit-il, le pays est en crise. Mais, dit-il encore, ce sera trop long pour expliquer pourquoi. Certainement, ce n'est pas de sa faute... Et il demande aux citoyens de le croire, et de revoter pour les candidats de son parti en octobre - novembre 2019 aux deux élections parlementaires (6/10) et présidentielle (17/11).
Mais, comme le serpent, il se mord la queue.
En 2012, dit-il, il a fait campagne contre l'extrême gauche et les islamistes. Mais, après les résultats de 2014, il a fait alliance avec ces mêmes islamistes qui l'avaient - dit-il encore - condamné à mort en public... En 2019, il demande à son parti de faire la même campagne, contre les gauchistes et les islamistes, en rassemblant tous les centristes... Mais qui sait s'il ne refera pas le même coup qu'en 2014 : une nouvelle alliance - post-électorale - avec les islamistes...
La seule chose intelligente qu'il a dite : "non, je ne veux pas me présenter pour un nouveau mandat à la présidentielle" (et il répète à plusieurs reprises pour dissuader les zélés de son parti). Il avait en tête ce qui s'est passé en Algérie : comment les citoyens ont fait dégager Bouteflika qui voulait - malgré son âge et son état de santé -  se re-représenter à la présidentielle algérienne.
BCE ne pouvait pas ignorer les risques qu'il aurait subis si d'aventure il aurait déclarer sa candidature pour un deuxième mandat à l'âge de 92 ans passé.
Notre Béji insiste pour dire que l'Etat tunisien et un "Etat à caractère civil, que ce sont les citoyens qui décident de leur sort, selon le Droit (Constitution). Dieu n'entre pas en ligne de compte. Mais, pourquoi, tout au long de son discours il n'a pas arrêté de faire des citations religieuses ? Pour plaire à qui ? Ou pour l'aider à mentir, comme la plupart de ces faux islamistes. Dés le début, il commence par jurer qu'il dira la vérité. Mais il n'a pas arrêté de dire des contre-vérités, comme celle-ci : "je n'ai pas mis les pieds dans une réunion de Nidaa Tounes" (depuis son élection). Mais qui va le croire : il n'a pas besoin de mettre les pieds dans un bureau de Nidaa, puis que ce sont les membres de Nidaa - dont en premier son fils - qui viennent à lui... Il n'a pas pu expliquer pourquoi le pays n'arrive pas à sortir de la crise depuis 2014. Mais, il a esquissé une sorte de réponse : "c'est la faute aux Tunisiens qui sont très très difficiles"... Tout en disant qu'il connait la vérité sur tout ce qui se passe en Tunisie, sur les choses et sur les hommes. Un tour de passe passe, je vous dis.