L’Insee (1)
vient de publier un document fort intéressant : « Etre né en France
de parent immigré » (2). Cette étude a suscité ma curiosité. Pour tenter
de mieux comprendre le phénomène de l’immigration, qui demeure un sujet controversé
des campagnes électorales et des médias. En général, les politiciens et les
journalistes mélangent tout, de façon volontaire ou involontaire. Ce qui
provoque des incompréhensions, pire des rejets et des relents racistes…
Premier
mélange : immigré = étranger.
Deuxième
mélange : arabe = immigré = étranger
Troisième
mélange : noir = immigré = étranger
Quatrième
mélange : musulman = arabe
Ces mélanges
simplistes sont dangereux. Ils n’encouragent pas la coexistence pacifique et provoquent
des exclusions partout, dans le logement, l’embauche, l’école, le travail… Ces
exclusions favorisent – mais ne les justifient pas – des comportements
criminels (trafics de stupéfiants, vols, agressions…), entrainent des marginalisations
(enfermement sur soi, radicalisation religieuse, extrémisme, djihadisme) et des
autodestructions prônées par des sectes religieuses (missions-suicides qui
envoient au paradis).

Une bonne lecture et vulgarisation des statistiques permettra, si elle se faisait dès l’école, au sein des entreprises, des administrations et des familles, d’adoucir le climat social, de tempérer les ardeurs, et de se consacrer vraiment sur les choses utiles.
Alors que
lit-on dans cette nouvelle revue de l’Insee ? « En 2015,
7,3 millions de personnes nées en France ont au moins un parent immigré,
soit 11 % de la population (66,5 millions d’habitants). L’origine des descendants d’immigrés est le
reflet des flux d’immigration qu’a connus la France depuis plus d’un
siècle. »
L’immigration
n’est donc pas un phénomène récent (3). Elle a commencé dès la fin du XIXe
siècle (avec l’arrivée notamment des Italiens et des Espagnols). Elle s’est poursuivie
lors de la 1ère Guerre mondiale (avec le recrutement de soldats africains,
lesquels serviront aussi dans la Seconde guerre et la guerre d’Indochine) pour
se développer dans les années cinquante afin de redonner un coup de pouce
démographique à la France... Pendant les années fastes (Les Glorieuses, 1956-1973),
il a fallu – pour faire tourner les machines d’une croissance économique forte
– embaucher des dizaines de milliers de travailleurs, notamment du Portugal, du
Maroc et de Tunisie. Cette période, où les Français voyaient dans l’immigration
« une solution », a été aussi marquée par la décolonisation (les
Africains acquis à la cause française ont été autorisés voire encouragés à venir
en France). Mais le cycle prendra fin dès les premiers signes de la crise
économique (mondiale), sous l’effet notamment du quadruplement des prix du
pétrole (1973).
Depuis,
l’immigration est devenu « un problème ». Fraichement élu président
de la République, Giscard décrète l’immigration « zéro ». Mais il
laissa la porte entrouverte pour les regroupements familiaux et quelques
exceptions ou faveurs accordées au compte gouttes aux entreprises ayant besoin
de personnel étranger qualifié… C’est à cette époque que je suis arrivé en
France (octobre 1975), pour faire des études supérieures avec une bourse du
gouvernement français… A la fin de mes études, l’entreprise qui voulait
m’embaucher a obtenu de la Présidence de la République « cinq cartes de
travail ». J’étais l’un des cinq bénéficiaires…
Depuis, je
vis en France, j’ai acquis régulièrement la nationalité française. Aujourd’hui,
je fais partie, selon l’Insee, des 5,9 millions d’immigrés comptés en 2014
(8,9% de la population totale), qui se subdivisent en deux
sous-catégories : 2,3 millions d’immigrés naturalisés et 3,6 millions
d’immigrés étrangers. Avec mon épouse, elle aussi immigrée, nous avons eu trois
enfants. Ces enfants sont nos descendants (4). Et selon l’étude n°1634 de
l’Insee (2), il y en avait 7,3 millions en 2015, soit 11 % de la population
française.
En résumé,
les 6 millions d’immigrés depuis plus d’un siècle ont donné naissance à 7
millions d’enfants, soit un total 13 millions, près de 20 % d’une population
totale de 66 millions d’habitants. Sur ces
66 millions, on compte ainsi près de 9 millions d’immigrés (parents et
descendants) ayant la nationalité française et seulement 4 millions d’immigrés
de nationalités étrangères. Mais dans le langage des partisans de la droite ou
de l’extrême droite, le nombre d’étrangers n’est pas de 4 millions, mais de 13…
Ils gonflent les chiffres afin de semer la peur (ils prennent notre travail,
nos logements, nos allocations…) et la terreur (ils volent, violent, tuent…). Parmi
ces « étrangers », les anti-immigrés oublient que près de la moitié
sont des immigrés d’origine européenne, dont certains leaders politiques (comme
Sarkozy ou Valls). Et ils oublient que la France compte elle aussi près de 2 millions
d’immigrés à l’étranger, qu’on appelle gentiment « les Français de
l’étranger » implantés dans une centaine de pays. La balance est certes
déficitaire, mais qui peut imaginer un instant la France sans étrangers ou le reste
du monde sans « Français »…
Personne ne
peut évidemment l’imaginer. En effet, le « melting pot » à la française
ne peut plus être détricoté. Selon une autre étude de l’Insee, 39 % des enfants
qui naissent aujourd’hui en France ont au
moins un parent immigré sinon un grand-parent immigré (5). Cette
proportion ne cessera de grandir par le simple effet du mariage et de la
procréation… Dans deux ou trois générations, les immigrés de la première vague
auront disparu naturellement. Resteront leurs descendants, et les descendants
de leurs descendants…
(1) L'Institut
national de la statistique et des études économiques est une direction générale
du ministère de l'Économie et des Finances. Il a pour mission de collecter,
analyser et diffuser des informations sur l'économie et la société française
sur l'ensemble de son territoire. Il conduit ses travaux en toute
indépendance professionnelle. Pour mener à bien ses missions, il
mobilise des compétences variées et recrute chaque année pour de nombreux
métiers des fonctionnaires et des contractuels. https://www.insee.fr
(2)
Être né en France d’un parent immigré : Une
population diverse reflétant l’histoire des flux migratoires. Publications grand public.
Collection « Insee Première », no 1634. Parution le
08/02/2017. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2575541
(3)
Les dates clés : http://www.lemonde.fr/societe/article/2002/12/06/les-dates-cles-de-l-immigration-en-france_301216_3224.html
(4)
Définitions de l’Insee : Immigrés : la population immigrée est
constituée des personnes nées étrangères à l’étranger et résidant en France.
Elle comprend donc en partie des personnes qui, depuis leur arrivée, ont acquis
la nationalité française. À l’inverse, elle exclut les Français de naissance
nés à l’étranger et résidant en France et les étrangers nés en France. Descendant
d’immigré(s) : un
descendant d’immigré(s) est une personne née et résidant en France ayant au
moins un parent immigré. Cette définition ne comprend pas les personnes elles-mêmes
immigrées (notamment celles qui ont migré avec leurs parents).
(5) Les immigrés, les descendants d'immigrés et leurs enfants. Etude Insee,
publiée le 16/11/2011.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1373887?sommaire=1373905&q=descendants
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