lundi 13 février 2017

France : les immigrés et leurs descendants



L’Insee (1) vient de publier un document fort intéressant : « Etre né en France de parent immigré » (2). Cette étude a suscité ma curiosité. Pour tenter de mieux comprendre le phénomène de l’immigration, qui demeure un sujet controversé des campagnes électorales et des médias. En général, les politiciens et les journalistes mélangent tout, de façon volontaire ou involontaire. Ce qui provoque des incompréhensions, pire des rejets et des relents racistes…
Premier mélange : immigré = étranger.
Deuxième mélange : arabe = immigré = étranger
Troisième mélange : noir = immigré = étranger
Quatrième mélange : musulman = arabe
Ces mélanges simplistes sont dangereux. Ils n’encouragent pas la coexistence pacifique et provoquent des exclusions partout, dans le logement, l’embauche, l’école, le travail… Ces exclusions favorisent – mais ne les justifient pas – des comportements criminels (trafics de stupéfiants, vols, agressions…), entrainent des marginalisations (enfermement sur soi, radicalisation religieuse, extrémisme, djihadisme) et des autodestructions prônées par des sectes religieuses (missions-suicides qui envoient au paradis).




Une bonne lecture et vulgarisation des statistiques permettra, si elle se faisait dès l’école, au sein des entreprises, des administrations et des familles, d’adoucir le climat social, de tempérer les ardeurs, et de se consacrer vraiment sur les choses utiles.
Alors que lit-on dans cette nouvelle revue de l’Insee ? « En 2015, 7,3 millions de personnes nées en France ont au moins un parent immigré, soit 11 % de la population (66,5 millions d’habitants).  L’origine des descendants d’immigrés est le reflet des flux d’immigration qu’a connus la France depuis plus d’un siècle. »
L’immigration n’est donc pas un phénomène récent (3). Elle a commencé dès la fin du XIXe siècle (avec l’arrivée notamment des Italiens et des Espagnols). Elle s’est poursuivie lors de la 1ère Guerre mondiale (avec le recrutement de soldats africains, lesquels serviront aussi dans la Seconde guerre et la guerre d’Indochine) pour se développer dans les années cinquante afin de redonner un coup de pouce démographique à la France... Pendant les années fastes (Les Glorieuses, 1956-1973), il a fallu – pour faire tourner les machines d’une croissance économique forte – embaucher des dizaines de milliers de travailleurs, notamment du Portugal, du Maroc et de Tunisie. Cette période, où les Français voyaient dans l’immigration « une solution », a été aussi marquée par la décolonisation (les Africains acquis à la cause française ont été autorisés voire encouragés à venir en France). Mais le cycle prendra fin dès les premiers signes de la crise économique (mondiale), sous l’effet notamment du quadruplement des prix du pétrole (1973).
Depuis, l’immigration est devenu « un problème ». Fraichement élu président de la République, Giscard décrète l’immigration « zéro ». Mais il laissa la porte entrouverte pour les regroupements familiaux et quelques exceptions ou faveurs accordées au compte gouttes aux entreprises ayant besoin de personnel étranger qualifié… C’est à cette époque que je suis arrivé en France (octobre 1975), pour faire des études supérieures avec une bourse du gouvernement français… A la fin de mes études, l’entreprise qui voulait m’embaucher a obtenu de la Présidence de la République « cinq cartes de travail ». J’étais l’un des cinq bénéficiaires…
Depuis, je vis en France, j’ai acquis régulièrement la nationalité française. Aujourd’hui, je fais partie, selon l’Insee, des 5,9 millions d’immigrés comptés en 2014 (8,9% de la population totale), qui se subdivisent en deux sous-catégories : 2,3 millions d’immigrés naturalisés et 3,6 millions d’immigrés étrangers. Avec mon épouse, elle aussi immigrée, nous avons eu trois enfants. Ces enfants sont nos descendants (4). Et selon l’étude n°1634 de l’Insee (2), il y en avait 7,3 millions en 2015, soit 11 % de la population française.
En résumé, les 6 millions d’immigrés depuis plus d’un siècle ont donné naissance à 7 millions d’enfants, soit un total 13 millions, près de 20 % d’une population totale de 66 millions d’habitants. Sur ces  66 millions, on compte ainsi près de 9 millions d’immigrés (parents et descendants) ayant la nationalité française et seulement 4 millions d’immigrés de nationalités étrangères. Mais dans le langage des partisans de la droite ou de l’extrême droite, le nombre d’étrangers n’est pas de 4 millions, mais de 13… Ils gonflent les chiffres afin de semer la peur (ils prennent notre travail, nos logements, nos allocations…) et la terreur (ils volent, violent, tuent…). Parmi ces « étrangers », les anti-immigrés oublient que près de la moitié sont des immigrés d’origine européenne, dont certains leaders politiques (comme Sarkozy ou Valls). Et ils oublient que la France compte elle aussi près de 2 millions d’immigrés à l’étranger, qu’on appelle gentiment « les Français de l’étranger » implantés dans une centaine de pays. La balance est certes déficitaire, mais qui peut imaginer un instant la France sans étrangers ou le reste du monde sans « Français »…
Personne ne peut évidemment l’imaginer. En effet, le « melting pot » à la française ne peut plus être détricoté. Selon une autre étude de l’Insee, 39 % des enfants qui naissent aujourd’hui en France ont au moins un parent immigré sinon un grand-parent immigré (5). Cette proportion ne cessera de grandir par le simple effet du mariage et de la procréation… Dans deux ou trois générations, les immigrés de la première vague auront disparu naturellement. Resteront leurs descendants, et les descendants de leurs descendants…
(1)   L'Institut national de la statistique et des études économiques est une direction générale du ministère de l'Économie et des Finances. Il a pour mission de collecter, analyser et diffuser des informations sur l'économie et la société française sur l'ensemble de son territoire. Il conduit ses travaux en toute indépendance professionnelle. Pour mener à bien ses missions, il mobilise des compétences variées et recrute chaque année pour de nombreux métiers des fonctionnaires et des contractuels. https://www.insee.fr
(2)   Être né en France d’un parent immigré : Une population diverse reflétant l’histoire des flux migratoires. Publications grand public. Collection « Insee Première », no 1634. Parution le 08/02/2017. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2575541
(4)   Définitions de l’Insee : Immigrés : la population immigrée est constituée des personnes nées étrangères à l’étranger et résidant en France. Elle comprend donc en partie des personnes qui, depuis leur arrivée, ont acquis la nationalité française. À l’inverse, elle exclut les Français de naissance nés à l’étranger et résidant en France et les étrangers nés en France. Descendant d’immigré(s) : un descendant d’immigré(s) est une personne née et résidant en France ayant au moins un parent immigré. Cette définition ne comprend pas les personnes elles-mêmes immigrées (notamment celles qui ont migré avec leurs parents).
(5)   Les immigrés, les descendants d'immigrés et leurs enfants. Etude Insee, publiée le 16/11/2011. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1373887?sommaire=1373905&q=descendants


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