Les vociférations actuelles des Arabes contre la décision de Trump de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem sont affligeantes et, comme toujours, inefficaces. Sauf pour les Palestiniens – les seuls qui se battent encore au risque de leur vie.
1.- Pourquoi affligeantes ?
Parce que la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël remonte à octobre 1995. Cette décision a été votée à l’unanimité ou presque du Congrès américain sous la présidence de Bill Clinton (eh oui !), deux ans après les accords de « paix » dits d’Oslo (septembre 1993). Voir le texte en anglais de cette loi américaine « Jerusalem Embassy Act » (en cliquant sur ce lien : https://www.congress.gov/104/plaws/publ45/PLAW-104publ45.pdf). Les Arabes n’avaient pas alors sérieusement protesté, parce qu’une clause dérogatoire permettait au président américain de reporter de six mois en six mois la mise en application de cette loi. Donc, Clinton, Bush, puis Obama, ont tous signé des reports successifs, y compris Trump en juin 2017 par tactique : il fallait que les Arabes croient en lui. La plupart l’ont bien accueilli après son élection, en particulier les Egyptiens et les Saoudiens. Ils n’aimaient pas Obama. Les Saoudiens ont même offert à Trump des contrats de 380 milliards de dollars lors de sa première visite à Riyad. Faut-il rappeler ici que les Saoudiens et les Américains ont signé un pacte de solidarité et de protection mutuelles en février 1945 à bord du navire militaire américain, l'USS Quincy en mer Rouge. Le roi saoudien d’alors – Ibn Saoud en personne – était arrivé à bord du navire américain avec des agneaux vivants destinés au « méchoui party » avec le président Roosevelt... Ce pacte est toujours en vigueur.
Voir photos :
Faut-il rappeler aussi que Trump
a fait du transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem une des
promesses de sa campagne électorale. Il a pris le temps de réfléchir avant de
décider le 6 décembre 2017.
Pourquoi le lui reprocher une
fois il est passé à l’acte ? Si les rues « arabes » et « musulmanes »
ont protesté avec véhémence, les Arabes qui nous dirigent ont protesté en
prenant des pincettes : pas un mot au-dessus de l’autre ! Lisez le
communiqué de la « Ligue arabe » diffusé le 10 décembre : réunis au
Caire, les ministres arabes des Affaires étrangères demandent à Trump d’annuler
sa décision… Et c’est tout. Aucune action n’est annoncée au cas où Trump refuse…
Il est trop loin le temps de la « guerre
du pétrole » déclenchée en octobre 1973.
2.- Pourquoi inefficaces ?
Parce que les Etats-Unis ne
feront rien – comme depuis 1948 – contre Israël. Jamais, oh jamais ! Parce
qu’Israël se croit dans son bon droit « biblique », donc inaliénable
et indiscutable !
En fait, les Juifs ne sont ni les
premiers habitants de cette terre palestiniennes, ni les derniers…
Cette bande de terre
méditerranéenne (appelée Palestine par le premier historien-géographe du monde,
Hérodote, Ve siècle av. J.-C.) était déjà occupée par les Cananéens… Les Egyptiens
antiques (celle des Pharaons) les considéraient comme leurs ennemis (le nom de
Jérusalem a été retrouvé sur une de leurs tablettes en hiéroglyphes). Ils finissent
par les envahir (XVIe siècle av. J.-C.).
Les premiers israélites de l’Histoire
apparaissent vers le XIIIe siècle av. J.C. : ils sont identifiables par les
Cananéens parce que leur tribu n’élève pas les porcs et ne consomme pas leur
viande. Sous domination égyptienne, ils deviennent les esclaves des Pharaons et
ne doivent leur libération qu’à Moïse qui les incitent à quitter l’Egypte
(Exode) pour retourner à Canaan… Là, ils s’organisent et créent leur premier
royaume avec le roi David sur une petite cité-Etat (selon des historiens, la
position géographique de cette cité se trouvait en dehors de Jérusalem). Le
royaume ne survivra que deux siècles, pour tomber entre les mains de l’empire
assyrien (720 av. J –C.). La Bible chrétienne donne une vision assez négative
du royaume, sa population étant accusée de s'être éloignée de l'enseignement de
Moïse en tombant dans l'idolâtrie.
Bref, la terre de Palestine ne
peut appartenir exclusivement aux Hébreux. Puisque d’autres peuples y habitèrent
avant eux et après eux pendant des périodes plus longues que la leur. Elle a
été conquise par les Mamelouks, les Perses, les Byzantins, les Romains, les
Chrétiens, les Musulmans, les Ottomans, les Anglais… Et c’est sous l’effet des
premiers pogroms en Europe (XIXe s.) que le mouvement sioniste, qui venait de
se créer, entama une politique efficace pour convaincre les Juifs d’Europe d’immigrer
en Palestine. L’afflux massif de ces migrants provoqua des affrontements avec
les Arabes et les Anglais. Un premier groupe terroriste juif – l’Irgoun – a
même été créé pour la cause… Les Anglais ont fini par obtenir de la SDN
(Société des Nations, ancêtre de l’ONU) le mandat d’administrer la Palestine et
d’y créer un « foyer national juif ».
Mais les Juifs, de plus en plus
nombreux et armés, ne se contentèrent pas de ce « cadeau ». Ils se
sont préparés sérieusement à la guerre en vue de la création d’un Etat fort et
invulnérable (il a pu ainsi se doter de l’arme atomique avec un programme lancé
dès 1949). Les Anglais ne sont pas parvenus à endiguer le flux des migrants
juifs ni à les désarmer. Après la Seconde guerre mondiale, l’ONU vota enfin une
résolution sur le partage de la Palestine en deux Etats (1947). Les Arabes
refusèrent et déclarèrent la guerre au nouvel Etat naissant (1948). Une guerre
qu’ils perdirent, comme ils perdirent toutes les guerres qui s’en suivirent
(1956-1967-1973). Après ces échecs arabes cuisants, les Palestiniens reprirent
leur destin en main, en lançant la 1ere Intifada (1987), puis la deuxième, et
la troisième est en perspective…
Depuis 1973, rien n’y fait. Les
extrémistes d’Israël ont tué dans l’œuf le dernier plan de paix d’Oslo en
assassinant leur Premier ministre Rabin, en novembre 1995. Ces extrémistes veulent
toute la Palestine biblique – ils ne baisseront jamais leurs armes. Avec le
soutien direct des Etats-Unis et tacite de l’Europe, qui « rembourse »
ainsi sa « dette » vis-à-vis des Juifs dont elle s’était bien débarrassée
(les pogroms).
Pour revenir à la question de Jérusalem
« à qui appartient-elle ? », la réponse – si on est vraiment laïc
- ne peut être biblique, i.e. la « Terre promise » par le prophète Moïse,
dont l’existence historique n’a pas été prouvée à ce jour. Les premiers peuples
indigènes (les Cananéens) ont disparu. Ceux qui les ont remplacés et qui s’y
étaient établis durablement ne peuvent aujourd’hui être « délogés »
par les descendants des Juifs qui, depuis plus de 2000 ans, s’étaient exilés pour
vivre en Europe ou ailleurs. Ce « droit à la terre ancestrale » est
un droit universel, comme pour les Indiens d’Amérique, les Aborigènes d’Australie,
les Pygmées et les Bushmen d’Afrique, les Tibétains, etc. Donc, la Palestine ne
peut appartenir aux seuls Juifs.
L’ONU, quand elle fait son
partage en 1947, a fait au mieux en préconisant la création de deux Etats
indépendants et en donnant à Jérusalem un statut à part sous contrôle
international. Ce plan avait été accueilli avec joie par les Juifs (600 000
vivant alors en Palestine), mais rejeté par les Arabes de Palestine (1 200 000)
ainsi que les Etats de la Ligue arabe. Pour les Etats européens, c’était une
bonne chose : ils pouvaient enfin permettre aux 250 000
Juifs qui attendaient impatiemment dans les camps de réfugiés en Europe
et à Chypre de gagner enfin la Palestine.
On ne peut ni refaire ni défaire l’Histoire,
sauf par la force (des Etats ont disparu de la carte pour renaître ensuite,
après une révolution, une guerre d’indépendance). Et si la force n’est pas avec
vous, il faut savoir composer…
L’Etat d’Israël, qui fêtera le 14
mai 2018 le soixante-dixième anniversaire de sa fondation, est un devenu un fait
historique indéniable. Il faut le reconnaître. Et les Arabes palestiniens ne
peuvent, s’ils veulent un jour avoir gain de cause, qu’en prendre de la graine.
Ils peuvent s’inspirer de la conduite même des Juifs qui avaient méthodiquement
préparé leur retour à la « maison » en se dotant d’une Organisation
sioniste mondiale en 1897. Ils ont mis cinquante ans pour se doter de leur Etat
en vainquant les Arabes et les Anglais.
Les juifs d’Europe avaient
commencé d’abord par acheter des terres en Palestine (sous la colonisation
ottomane), mouvement lancé et financé par le baron français Edmond de
Rothschild. Les Palestiniens ont plus que jamais besoin d’une direction avisée,
intègre, patriotique, qui trace une vision et une stratégie à long terme*. Ils
ont une arme de dissuasion massive et pacifique : une démographie bien
supérieure à celle des Juifs. Fini le temps des cailloux et des roquettes.
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* Je ne peux m’empêcher ici de rappeler le discours courageux et lucide que
le prédisent tunisien Habib Bourguiba, avait prononcé à Jéricho, en Palestine,
le 3 mars 1965. Il avait pointé du doigt la faille des Arabes : le mauvais
leadership (« khalel fil-al kiyada ») ; la prévalence de la
passion et des sentiments (« al-atifa »), la politique du « tout
ou rien », les surenchères et l’absence d’unité dans la force. Ecoutez-le en
cliquant sur ce lien :