Cinq ans après la chute du régime autoritaire de Ben Ali, la Tunisie n'arrive pas à s'en sortir. La déliquescence de l’État et l'anarchie des revendications (en partie justifiée et en partie manipulées par des chapelles syndicales et/ou politiques) sont la preuve manifeste de l'échec de toute la classe politique. Le pays est plus que jamais miné par la concussion et la corruption. La volonté d'accéder au pouvoir et d'y rester coûte que coûte est devenue une priorité, l'intérêt particulier primant sur l'intérêt général, d'où l'absence réelle d'une stratégie nationale de redressement économique, de lutte contre les inégalités sociales et régionales flagrantes , contre les fraudes fiscales, contre la contrebande, contre le chômage endémique et... contre le terrorisme. En fait, tout s'est aggravé depuis 2011, sauf la liberté qui est bien galvodée (incompétence, irresponsabilité...), le laisser-faire qui est devenu la règle, le népotisme qui est de retour ... Le Tunisien se sent "absolument" libre d'accuser qui il veut, comme il veut; de faire ce qu'il veut, où et quand il veut. Cette anarchie est visible à l’œil nu pour l'observateur même non averti.
Dans la Tunisie de 2016, l'extrême richesse et l'extrême pauvreté s'étalent devant les yeux de tous : les grosses voitures de luxe et les mendiants courent les rues. La valeur "travail" a cédé la place à la paresse et à la cupidité. L'enseignement secondaire est miné par une classe d'enseignants sans conscience qui limitent leur travail officiel au strict minimum et exigent de leurs élèves sous peine de sanction (mauvaises notes) de s'inscrire à leurs cours particuliers... L'Etat n'a rien fait pour stopper cette pratique dangereuse. Ces "profs" indignes s'enrichissent indûment, comme d'autres agents sans scrupules (douaniers, procureurs, juges, policiers...). Tous agissent au vu et au su de tout le monde. Des hommes d'affaires louches, bien connus sur la place publique, se mêlent des affaires politiques en proposant, motus et bouche cousue, leur aide financière à des hommes et à des partis politique.
Rien n'a été vraiment fait pour lutter contre les corrompus notoires de l'ère Ben Ali, la plupart ont été disculpés faute de preuves (sic). Ce qui accroît le sentiment populaire d'une justice aux ordres. Rien n'a été également fait pour juger les milliers de présumés terroristes arrêtés depuis trois ou quatre ans. Pas un procès public n'a eu lieu, pas une condamnation annoncée !
Les Tunisiens ont été gavés de discours et de débats télévisés. Mais les promesses n'ont pas été tenues. Au contraire, le parti politique dit modéré, Nidaa Tounes, arrivé en tête des élections de 2014, a trouvé bon de s'allier avec le parti qu'il honnissait pendant la campagne électorale, l'islamiste Ennahda. Cette alliance a empêché toute investigation sur les gestions catastrophiques précédentes : noyautage de l'administration grâce à des recrutements politiques; indemnisation des ex-militants emprisonnés sous les règnes de Bourguiba (1956-1987) et de Ben Ali (1987-2011), en premier les islamistes; redistribution des biens de l'Etat. Ces largesses pèsent énormément sur le budget de l'Etat. Les laissés-pour-compte regardent effarés la montée en puissance d'une néo-classe politique avide de pouvoir et d'argent. Sans vergogne.
Les PME auraient pu devenir le levier de l'emploi en Tunisie. Mais non !  Elles sont impitoyablement redressées par le fisc (n'y échappent que celles qui ont le bras long), obérées par des charges sociales en forte croissance. Autres gisements d'emplois, des milliers d'entreprises étrangères ont déserté le pays ou  ont renoncé de s'y installer à cause officiellement de l'insécurité, mais surtout de l'anarchie sociale et de l'incurie du pouvoir politique.
Au contraire, la contrebande ("contra" en langage tunisien) et le commerce parallèle ou clandestin (fripes, essence, électroménager, pièces auto...) tournent à plein régime, sans frein. Le constat est fait, y compris par le gouvernement. Mais, sur le terrain, les choses ne changent pas. Incapacité. La "force obscure" est au pouvoir dans le pays du Jasmin. La "révolution" tunisienne, qui a émergé du peuple, sans leader, est plus que jamais en danger de mort. Les maîtres mots "Dégage, Dignité" ont été vidés de leur sens par des dirigeants sans flamme et sans vision, des terroristes pseudo-islamistes, des opportunistes des tout acabit et de vrais affairistes. Désormais, il faudrait du temps, beaucoup de temps, de lucidité et de courage, pour remettre le pays sur les rails d'un développement éclairé. Ce pays qui a été honoré par le Nobel de la Paix mérite un autre destin que la gabegie et la chienlit.