mardi 25 octobre 2011

Résultats partiels sur 16 circonscriptions : Ennahdha largement en tête !

J'ai compilé les résultats officiels préliminaires de 16 circonscriptions électorales, dont 10 en Tunisie et 6 à l'extérieur (sur 33, dont 27 en Tunisie et 6 à l'étranger). Elles pèsent 87 sièges sur un total de 217, soit 40 % du total.
Les 16 sont : Béja, Jendouba, Sousse, Sfax (1 et 2), Nabeul (1 et 2), Tataouine, Gabès, Kébili ; et à l'extérieur : France (1 et 2), Allemagne, Italie, Amériques et reste de l'Europe, pays arabes et reste du monde.
Ces résultats sont indicatifs de la tendance : Le parti islamiste Ennahdha, avec déjà 37 sièges (sur 87) soit 42,5 % des sièges attribués, est bien parti pour dominer la future Assemblée constituante. Sans compter les partis ou autres listes proches de cette mouvance islamiste. Voici la répartition des 87 sièges :


Partis
Nombre de sièges
En %
Ennahdha
37
42,5
Parti du Congrès pour la République CPR (El Mo'ttamar)
14
16,1
Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement (El Aridha)
11
12,6
Ettakol
10
11,5
Parti démocratique progressiste PDP
5
5,7
Parti de l'Initiative (el Moubadara)
2
2,3
Affak Tounes
2
2,3
Militantisme social
1
1,1
Mouvement des patriotes démocrates
1
1,1
Pôle démocratique moderniste (El Qotb)
1
1,1
Alternative Revolutionnaire (POCT)
1
1,1
La voix de l'Indépendant
1
1,1
Pour un front national tunisie
1
1,1
Sièges attribués dans 16 circonscriptions (sur 33)
87
100,0

A suivre….
Samir GHARBI




































Elections tunisiennes


Une analyse des premiers résultats à l’étranger
Les Tunisiens de l’étranger ont eu droit à 18 sièges, soit 8,3 % du total (217). Selon une synthèse des résultats (tableau ci-dessous), le parti islamiste Ennahdha (traduit incorrectement par Renaissance) rafle 9 sièges (50 %), dont 4 en France. Mais on ne sait pas encore avec quel nombre de suffrages, ce résultat a été obtenu. Voici le tableau que j’ai reconstitué avec les premiers résultats annoncés par les autorités électorales tunisiennes ce matin (répartition du nombre de sièges).
PARTIS / CIRCONSCRITIONS
France
(10 sièges)
Allemagne
(1 siège)
Italie (3 sièges)
Pays arabes (2 sièges)
Etats-Unis et autres (2 sièges)
TOTAL (18 sièges)
Ennahdha
4
1
2
1
1
9
Congrès pour la République (CPR)
2
0
0
1
1
4
Ettakol
2
0
1
0
0
3
El Aridha (Pétition populaire pour la Liberté, la Justice et le Développement)
1
0
0
0
0
1
Pôle démocratique moderniste
1
0
0
0
0
1

C’est le blog de la circonscription électorale (France 1) – voir son site :  http://iriefrance1.blogspot.com/ - qui a été la meilleur dans la publication de ses résultats. Il a donné, le 25 octobre, un tableau précis des inscrits et des votants en nombre et en pourcentage pour chaque liste. Bravo !
Les autres circonscriptions ne donnent rien… Même l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE), la mieux équipée (sic), n’a publié, jusqu’à ce matin, que des résultats incomplets des pays étrangers en donnant le nombre de sièges gagnés par telle ou telle liste, en précisant parfois le pourcentage. Son site est d’une pauvreté affligeante (http://www.isie.tn).
On ne connait rien de consistant sur le nombre et la répartition des listes candidates en Tunisie et à l’étranger, le nombre de votants, etc. Les outils modernes de transmission et de communication ne sont, apparemment, pas encore à la portée de l’ISIE. Espérons que les Tunisiens auront une meilleure communication lors des prochaines élections.
Le système de vote choisi par les « autorités provisoires » défavorise – par sa proportionnelle biaisée et son découpage électoral alambiqué– les petits partis.
Exemple : en Allemagne, avec seulement 42,77 % des suffrages exprimés, le parti Ennahdha a pris le seul siège disponible (les 14 autres listes qui ont obtenu 57,23 % des votes sortent sans rien).
Autre exemple contradictoire : en France, avec un peu moins de 50 % des voix (45,8 % sur la circonscription France 1 et 49,88 % sur celle de France 2), Ennahdha obtient 4 sièges, soit 40 % des sièges (4 sur 10). Quatre autres partis obtiennent 6 sièges. Et toutes les autres listes (43) quittent bredouille.
Le système de répartition des sièges paraît également injuste quand on compare les résultats :
- Pour les pays arabes : Ennahdha gagne 1 siège avec 45,8 % des voix alors que le CPR gagne le même siège avec seulement 14,52 % des voix.
- En France (2), El Aridha gagne 1 siège avec 16,86 % des voix alors que Ettakol gagne le même siège avec 12,6 %.
Il est certain que tous les systèmes électoraux présentent des avantages et inconvénients. Mais chaque système est choisi pour un but bien déterminé : le système tunisien (« provisoire ») permet d’écrémer les partis (quatre ou cinq grand partis) et d’éliminer tous les autres « petits » partis et indépendants. Il créé donc un grand nombre de déçus ou de mécontents parmi les centaines de listes perdantes.
Le parti Ennahdha sort gagnant (chef de file de l’Assemblée constituante) a utilisé un formidable rouleau compresseur pour couvrir tout le territoire tunisien et toutes les pays d’immigration tunisienne. Il dispose de moyens humains et financiers les plus importants de tous. Sa structure militante, aguerrie par trente ans de lutte clandestine, parfois au grand jour et parfois violente (1981-2011), pénètre toutes les franges de la société tunisienne, et pas seulement les franges religieuses. Espérons qu’il saura rassembler, murir dans la légalité et le vrai combat démocratique politique, pour devenir un parti comme les autres et tirer la leçon de l’expérience européenne des partis dits chrétiens démocrates. La religion ne peut servir de programme en politique. Elle doit être seulement une sorte de bouclier moral contre la corruption, l’injustice, les inégalités (entre les hommes et les femmes, entre les régions, entre les entreprises) et tous les autres abus. Avec ce rappel, en Islam, seul Dieu est juge. Aucun musulman ne peut (ne doit) dicter aux autres sa propre façon de penser, sa propre façon de pratiquer la religion (prier, jeuner…), de s’habiller… Et si les musulmans pratiquaient seulement la moitié des préceptes coraniques – exemples : ne pas tricher, ne pas escroquer, ne pas voler, ne pas abuser des faibles, ne pas calomnier… - ils vivraient dans un monde bien meilleur.
Samir GHARBI

jeudi 3 février 2011

Pour la vérité et la réconciliation en Tunisie


La Tunisie est sortie de la dictature le 14 janvier. Mais les blessures ne se refermeront pas sans passer par la case « vérité » sur ce qui s’est passé. La Tunisie, comme l’ont déjà fait une trentaine d’autres pays dans le monde, se doit de constituer une « Commission de la vérité et de la réconciliation » (CER) ou, comme ce fut le cas au Maroc, une «Instance Equité et Réconciliation (IER).
Pourquoi ?
Le débat sur la présence ou non d’anciens membres du régime Ben Ali dans le gouvernement de transition a été tranché de manière forte avec le démantèlement du sit-in populaire à la Kasbah. Mais les rancœurs et les interrogations demeurent et demeureront à jamais dans les esprits. Outre les trois commissions qui ont été chargées de proposer des réformes et de trier les plaintes contre l’ancien régime (avant de les passer à la Justice), il faut que les responsables politiques, les hommes d’affaires, les juges, les avocats et autres, bref, tous ceux qui ont participé de loin et de près au maintien de l’ancien régime, voire à sa prospérité, se confessent et « vident » ce qu’ils ont sur leur cœur. C’est bien pour eux et c’est bien pour la Tunisie entière afin que l’on dise « plus jamais la dictature ». Si parmi les responsables, il y aura des coupables, c’est à la Justice indépendante de juger. Et de condamner chacun selon ce qu’il a fait.
Un Premier ministre, aussi intègre soit-il, ne peut poursuivre sa mission de refonte de la Tunisie vers la démocratie sans accomplir sa propre rédemption. C’est douloureux, mais indispensable. Mohamed Ghannouchi a été promu « ministre » par Ben Ali en octobre 1987. Depuis, par devoir, il a servi Ben Ali jusqu’au 14 janvier 2011. Et il a même dit avoir du « respect pour lui » quand il a accepté de lui parler au téléphone après son départ.
Personne ne comprend pourquoi Ghannouchi s’accroche au pouvoir. Est-ce pour servir l’intérêt national d’une autre manière ? Pour se refaire une virginité politique ? Ou pour éviter l’effondrement total du système Ben Ali qui, on le sait aujourd’hui plus que hier, a mis sous sa tutelle des centaines de milliers de Tunisiens dans toutes les professions, dans toutes les régions et dans toutes les hiérarchies.
J’ai parlé de M. Ghannouchi, mais je peux aussi parler de Fouad Mebazaa ou de Mohamed Nouri Jouini. Ce dernier, intègre et compétent, a fait, il ne faut pas oublier, ses premières armes à l’intérieur même du Palais de Carthage, comme conseiller, membre du fameux « Shadow Cabinet ». Lui aussi se doit de faire sa « confession » devant la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). Il se libèrera du lourd poids du passé et pourra ainsi mieux servir la Tunisie avec un cœur léger.
La Tunisie qui a fait sa Révolution devra faire recouvrer sa mémoire pour mieux bâtir son présent et son avenir. Elle devra suivre l’exemple de l’Afrique du Sud après l’apartheid, de l’Allemagne après Hitler, du Maroc après Hassan II, du Pérou, du Guatemala, etc.
La CVR ou IER sera chargée de recenser toutes les violations des droits de l’homme et du droit tout court  afin de permettre une réelle réconciliation nationale.