lundi 1 mai 2017

Terrorisme : la lutteuse tunisienne...

Lors de son audition le 21 avril dernier, à l’Assemblée nationale, par la « Commission d'investigation concernant les réseaux impliqués dans l'envoi des jeunes tunisiens vers les zones de combat », le ministre tunisien de l’Intérieur, Hédi Mejdoub a rendu public quelques faits qui vous laissent pantois, qui font froid au dos : le nombre de cellules de recrutement et d’acheminement de Tunisien(ne)s vers les zones de combat de Daesh (en Libye, Syrie, Irak…) qui ont été démantelées est passé de 100 cellules en 2013, à 197 en 2015 et 245 en 2016. Soit au total 542 cellules. Selon lui, le nombre de personnes traduites à la Justice a atteint 339 en 2015 et 245 en 2016, soit un total de 584.
Mais le ministre ne dit absolument rien sur le devenir de ces personnes arrêtées : ont-elles étaient jugées ? libérées ? sont-elles encore détenues ? On ne sait également rien sur le sort de ces milliers de « terroristes » arrêtés par les gouvernements successifs depuis 2012. Le Premier ministre Youssef Chahed n’a-t-il pas reconnu, lors de son dernier entretien télévisé sur la chaîne nationale (16/4), que la « Justice tunisienne » est très (trop) lente, qu’elle manque de moyens, mais qu’il va y remédier en renforçant ses moyens dans les mois et années à venir ! Les choses pourront s’accélérer si, par malheur, le terrorisme frappe à nouveau…
Le ministre estime que le nombre de Tunisiens « djihadistes » est de l’ordre de 4 600 dont 3 000 combattent toujours (1 800 en Syrie, 900 en Libye et 300 ailleurs), 800 auraient regagné le pays (il ne précise pas si ces derniers ont été tous arrêtés ou laissés en liberté) et 800 autres décédés sur place au combat ou autrement (on sait que Daesh tue ses déserteurs). Soit un taux de mortalité de seulement 17%...
Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Mais ils sont indicatifs du danger qui guettent la Tunisie de la part de ses propres enfants égarés, enturbannés, manipulés, drogués, attirés par le paradis et les vierges du ciel…
Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que le ministre ajoute, l’air de rien, que grâce aux efforts sécuritaires, 27 371 personnes ont été empêchées de quitter le territoire depuis 2013, avant cette date, il n’y avait pas de contrôle. C’est dire le « potentiel » d’attraction que les sbires de Daesh exercent encore et toujours sur la jeunesse tunisienne.
Ceci explique cela : cette « force obscure » cherche aujourd’hui à écarter l’instigatrice de cette Commission parlementaire, la députée de Tunis, Leïla Bougatef Chettaoui, 50 ans, qui vient de démissionner de Nidaa Tounes, et qui est donc désormais indépendante. Elle se bat seule, contre tous, en particulier ceux de son propre parti, qui « va, dit-elle, droit dans le mur ».
Membre de la Commission, elle s’attend à être limogée par son rival de Nidaa Tounes, Soufiane Toubel, 41 ans, député de Gafsa (que certains accusent d’être un ancien agent de la propagande de Ben Ali). « Ces gens (ndlr : la direction de Nidaa Tounes) n’ont plus aucun principe, de garde-fou, c’est fini, tout est possible. »
Lors de son passage à l’émission de « Midi Show » sur les ondes de Mosaïque FM, le 1er mai, elle a également dénoncé le fait que la Tunisie ait accueilli en 2012 (ndlr : sous le gouvernement Marzouki-Jebali ) un   « Mufti de Daesh » (dont elle n’a pas dit le nom).
 Je vous résume : « Ce mufti, on lui avait déroulé le tapis rouge et on l’a autorisé à se déplacer dans divers gouvernorats du pays où il avait attiré un premier groupe de Tunisiens candidats au « djihad ». Ce groupe a été rassemblé à l’intérieur d’une mosquée sous la direction du « mufti » qui les a embrigadés. Après ce lavage de cerveau, ce groupe a été emmené en Libye où il a été entrainé dans trois casernes sous le commandant du rebelle libyen Abdelhakim Belhaj (dont le nom a été révélé par des membres de ce groupe arrêtés en Tunisie après leur retour de Syrie et de Libye. »
Qui a autorisé ce « mufti » à entrer et à se balader en Tunisie ? Qui l’a surveillé ? Y a-t-il des rapports de la police ? Toutes ces questions, elle va les poser aux autorités qu’elle s’apprête à saisir d’une enquête…

Photo : Leïla Chettaoui, lors de son émission à la Radio Mosaique FM (DR)